Avec la journée mondiale de l’environnement ce samedi et la fin progressive des restrictions de déplacements liées au Covid-19, la question de l’impact du tourisme sur l’environnement se pose à nouveau. Peut-être même plus qu’avant. Pourra-t-on assouvir nos envies d’ailleurs en ayant la conscience tranquille dans le « monde d’après » ?

Des touristes portant un masque chirurgical se promènent près de la fontaine de Trevi au centre-ville de Rome le 19 août 2020. (Photo de Vincenzo PINTO / AFP)
Des touristes portant un masque chirurgical se promènent près de la fontaine de Trevi au centre-ville de Rome le 19 août 2020. (Photo de Vincenzo PINTO / AFP)

La pandémie dont l’impact sur l’industrie du tourisme a été brutal offre l’occasion de repenser nos modèles, entre autres de déplacements, pour bâtir ce fameux « monde d’après ». En théorie. Encore faut-il mettre en place de nouvelles solutions, qui puissent pallier le choc économique qu’a été l’arrêt complet durant des mois du tourisme international, notamment pour les pays du Sud souvent dépendants de cette industrie.

 

La pandémie de Covid-19, un coup d’arrêt pour l’industrie du tourisme

D’après l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), l’ensemble du secteur est entré dans une phase de récession pendant la pandémie de Covid-19. En cause, les confinements divers et fermetures de frontières successives instaurés dans de multiples pays. En 2020, le secteur du tourisme et du voyage représentait 272 millions d’emplois dans le monde, contribuant à 10 % du produit intérieur brut (PIB) global. Son arrêt soudain est problématique pour la plupart des économies, mais davantage encore pour celles des pays en développement. Pour ceux-là, le tourisme est une locomotive économique et son ralentissement a des retombées immédiates sur l’aménagement du territoire, les transports, l’agriculture, l’artisanat et le BTP.

Lui qui représentait par exemple la seconde industrie la plus florissante en Afrique, avec une croissance attendue de 55 % entre 2017 et 2027, s’est arrêté net. Or, une partie des fruits de cette croissance devaient bénéficier, directement ou indirectement, à la préservation de l’environnement. Ont été impactées la gestion des parcs, les conservations communautaires et, plus globalement, l’emploi de quelques 23 millions d’Africains, dont la plupart vivent dans des zones rurales riches en biodiversité. Avec la perte de ces revenus et l’augmentation des pressions alimentaires et socioéconomiques, les populations ont été davantage tentées de recourir à des pratiques peu durables comme le braconnage ou le prélèvement illégal de bois.

 

 

Au Maroc, certains établissements ont vu leur fréquentation chuter de 70 %, en quelques mois… Une baisse d’activité qui a mis en cause l’existence même de bon nombre de commerces. Craignant de ne pouvoir faire face, certains pays comme le Mexique ont été tentés de privilégier l’aspect économique aux préoccupations sanitaires : ils ont laissé leurs frontières ouvertes et instauré des mesures sanitaires aussi souples que possible, sans confinements, sans amendes ni tests Covid pour les touristes. Une politique dont les résultats au niveau des infections et de la mortalité sont aujourd’hui très critiqués.

Pour se relancer, ce secteur si crucial se met aujourd’hui en ordre de marche et compte notamment sur les campagnes de vaccination. À Madrid, la foire internationale du tourisme accueillait, fin mai, près de 5 000 entreprises de 55 pays, 50 000 professionnels et 37 représentations internationales. Son slogan : « Tourism is back ».

 

Le tourisme et l’environnement : faut-il relancer la machine comme avant ?

Seulement voilà, si les raisons de se réjouir de la reprise sont nombreuses, celles de la craindre le sont tout autant. À l’heure où la communauté internationale tente d’éviter un réchauffement qui dépasse le seuil des 1,5°C, relancer une machine qui générera 5 à 6,5 milliards de tonnes de CO2 par an à l’horizon 2025, apparaît quelque peu pyromane.

Pour reprendre l’expression du sociologue Rodolphe Christin, le tourisme tel que pratiqué ces dernières décennies est un « parasite mondophage ». D’autant que, ami un peu traître, il serait un frein à la diversification des activités des pays de destination comme ceux du bassin méditerranéen, cacherait des problèmes de fond, tout en les menant dans l’impasse. Ainsi, tout imprévu – une pandémie par exemple – peut accentuer drastiquement les inégalités entre pays, notamment entre Nord et Sud. Certes, le tourisme va bel et bien reprendre, mais quel tourisme faut-il souhaiter et comment en limiter les externalités négatives ?

 

Le tourisme durable : les nouvelles façons de voyager

Existe-t-il des moyens plus durables de voyager ? Outre le passeport vaccinal, qu’aura changé la crise à l’industrie du tourisme ? Est-ce qu’elle peut nous offrir l’opportunité de repenser ce secteur et nos pratiques ? Tourisme raisonné, sobre, responsable, durable, éco-tourisme… les idées ne manquent pas pour établir de nouvelles normes. Celle, générale, pourrait se résumer ainsi : partir moins et moins loin, mais pour des séjours plus longs, et découvrir ainsi des mondes tout aussi riches et inconnus qu’à l’autre bout du monde. Le tourisme vert exige que l’on préserve mieux la nature en contournant les lieux surfréquentés, en privilégiant les transports doux et les hébergements écoresponsables, en évitant de perturber les habitats naturels, le gaspillage et l’usage de bouteilles en plastique L’objectif est de respecter les sites visités autant que ceux qui y vivent, et de concentrer ses dépenses sur des produits fabriqués sur place.

Tandis que les vacances existeront toujours et qu’il redeviendra naturel de chercher des endroits merveilleux où les passer, une chose est sûre : le tourisme de masse ne pourra pas perdurer sans coûter très cher à l’environnement et au développement. Il devra se réinventer pour ne pas mourir ou faire mourir. Pour cela, il peut compter sur une société civile de plus en plus consciente des impacts d’un secteur qui rime avec plaisir, curiosité, détente et tant d’autres composantes de l’existence qui lui confèrent sa raison et son sel.

 

 

Les opinions exprimées dans ce site sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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