Soutenir le commerce régional et financer des projets d’infrastructures en Afrique : telle est la mission du TDB Group. Fondée en 1985, cette banque de développement intervient aujourd’hui dans vingt pays d’Afrique de l’Est et du Sud.

The city of Cape Town at the foot of Table Mountain. Credit / Copyright: Cyril Le Tourneur d'Ison
The city of Cape Town at the foot of Table Mountain. Credit / Copyright: Cyril Le Tourneur d'Ison

Soutenir le commerce intra-africain et financer des projets d’infrastructures : telle est la mission de l’Eastern and Southern African Trade and Development Bank, une banque de développement fondée en 1985 sous le nom de PTA Bank, rebaptisée en mars 2017 TDB Group. L’institution, en plein essor, a signé le 12 avril 2017 avec l’Agence française de développement (AFD) une facilité de crédit de 75 millions de dollars et une subvention de 0,5 million de dollars en vue de renforcer les infrastructures dans le sud et l’est de l’Afrique, dont le mauvais état fait obstacle à la croissance et à la compétitivité du continent.

Le TDB Group reflète le dynamisme de sa zone d’intervention, les vingt pays membres du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa), soit toute la moitié orientale du continent. Il compte trente-deux actionnaires, des institutions souveraines ou financières, parmi lesquelles la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque populaire de Chine. Décentralisée, cette banque opère depuis cinq pays simultanément et a étendu en 2015 son rayon d’action à la République démocratique du Congo (RDC), comme l’explique son PDG Admassu Tadesse, l’un des intervenants du colloque « Tout Afrique : les enjeux d’une approche continentale » organisé par l’AFD le 12 avril 2017 à l’Institut du monde arabe.


Qu’implique la taille de la région couverte par le TDB Group en termes de vision et de choix stratégiques 
?

Nos activités nous permettent d’être partout sans difficulté sur un vaste espace qui représente 537 millions d’habitants et 758 milliards de dollars de PIB. Les transactions financières sur lesquelles nous travaillons sont par nature très modernes dans leur approche et s’inscrivent dans un cadre légal relevant de la loi britannique, avec des tribunaux d’arbitrage internationaux. Même si nous couvrons un vaste nombre de pays, nous opérons dans le secteur « B to B » (Business to Business) et « B to G » (Business to Government). La taille moyenne de nos transactions est assez élevée, entre 10 et 80 millions de dollars et rarement moins de 1 million de dollars.

Nous agissons comme partenaire dans des montages financiers impliquant d’autres sources de financement. Le TDB Group a notamment participé au financement du plus grand parc éolien africain, Lake Turkana Wind Power, aux côtés de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de la BAD. Nous n’opérons jamais seuls mais toujours en cofinancement, et nous évitons de financer un projet dans son intégralité – sauf s’il est assez petit, en prenant des parts de capital.

 

Êtes-vous spécialisés dans un type de financement particulier ?

Nos financements sont surtout destinés au commerce intra-africain, avec près de 2,5 milliards de dollars de prêts en cours en 2016 sur le court terme. Le TDB Group opère aussi sur le long terme pour des projets d’infrastructures en Afrique (800 millions de dollars de prêts en cours en 2016). Très divers, ceux-ci vont du producteur d’électricité Ndola Energy en Zambie (20 millions de dollars) à la Sudanese Sugar Company au Soudan (21 millions) en passant par l’Autorité portuaire du Kenya (11 millions).

Nous avons une préférence, qu’il s’agisse du commerce ou des infrastructures, pour les secteurs créateurs d’emploi contribuant au développement social – agro-industrie, immobilier, tourisme, transports, etc. Nos efforts de diversification dans le financement des exportations ont par ailleurs conduit à une croissance remarquable de nos activités. Le volume des prêts a augmenté de 32 % par an depuis 2011 et la marge d’intérêts nette de 43 %.

Ce qui nous rend très spéciaux, en tant qu’institution régionale, tient au fait que nous ayons des relations très étroites avec beaucoup des pays couverts. Nous sommes respectés en tant qu’acteur neutre et médiateur prêt à observer les opportunités d’investissement et de financement en Afrique sous un angle collectif, et non national. La plupart des pays dans lesquels nous sommes présents détiennent des actions dans la banque. Chacun a donc sa voix au chapitre, sans déséquilibre. La part de l’Égypte (7,22 %), une économie géante à l’échelle de l’Afrique, est égale à celle du Kenya, de l’Éthiopie, du Zimbabwe, de la Zambie et de la Tanzanie.

 

Le TDB Group s’intéresse-t-il aux projets verts, liés au changement climatique ou aux énergies renouvelables ?

Oui, nous en avons financé plusieurs, à hauteur de 28,7 millions de dollars aux côtés d’Exim India, par exemple, en faveur d’un projet de parc éolien de 29,4 mégawatts à Maurice.

En décembre 2016, nous avons signé une ligne de crédit de 100 millions de dollars aux côtés de la banque allemande KfW pour soutenir l’expansion des infrastructures routières et d’approvisionnement en énergie et en eau en Afrique orientale et australe. Une part de ces financements ira à des projets d’énergies renouvelables qui s’inscrivent dans les politiques nationales de diversification de l’approvisionnement énergétique. Parmi ces projets : Turkana Wind Power au Kenya ou la petite centrale hydraulique de 5,5 mégawatts dénommée Hydromax Minihydro en Ouganda, dans le cadre d’un partenariat public-privé.

Pourquoi la banque exerce-t-elle ses activités depuis cinq pays ?

Parce qu’ils représentent des hubs sous-régionaux et que notre banque opère de manière décentralisée. Le Burundi a toujours abrité le siège du TDB Group depuis sa création en 1985 sous le nom de PTA Bank. Dans la région, les organisations internationales se concentrent souvent à Nairobi et Addis-Abeba. La banque a donc choisi le Burundi par souci de rééquilibrage – un pays où la crise politique (guerre civile de 1993 à 2002 et nouveaux troubles politiques depuis avril 2015, ndlr) est intervenue par la suite.

La décision de décentraliser la banque a été prise au début des années 2000, avec des bureaux au Kenya, de manière à rayonner dans toute l’Afrique de l’Est, puis au Zimbabwe à partir de 2007 pour desservir l’Afrique australe et en Éthiopie pour couvrir la Corne de l’Afrique. La banque a deux sièges sociaux depuis décembre 2016 : l’un au Burundi et l’autre à Maurice, un pays qui nous permet de nous rendre aisément partout et dont le profil est très fort en tant qu’économie la plus performante du continent.

 

Est-ce compliqué d’opérer dans des pays en crise ?

Au Burundi, la banque a dû réduire ses effectifs durant les périodes d’instabilité et ses opérations y sont aujourd’hui minimales. Les crises politiques s’avèrent cycliques alors que les perspectives économiques doivent s’envisager sur le long terme. C’est pourquoi nous allons ouvrir un bureau à Kinshasa, capitale d’un pays qui traverse lui aussi des turbulences politiques. La RDC, qui a rejoint le TDB Group en 2015, a un fort potentiel mais présente des lacunes aussi bien en termes de marché que d’institutions étatiques.

 


Ce pays a besoin de financements et n’est pas couvert par des institutions comme la nôtre. Nous cofinançons déjà, à hauteur de 80 millions de dollars, avec la Société financière internationale (SFI) du groupe Banque mondiale une usine de ciment située à 100 kilomètres au nord de Kinshasa. Elle a nécessité un investissement majeur pour la RDC de 170 millions de dollars. Ce projet flambant neuf d’une capacité de production de 1 million de tonnes par an est mené par un opérateur sud-africain (Pretoria Portland Cement) avec un partenaire congolais (Barnet).

 

Le fait que vous ayez longtemps travaillé au sein de la DBSA à Johannesburg change-t-il beaucoup la donne dans l’expansion de TDB Group ?

Au cours des cinq dernières années, la banque a en effet connu une croissance de 300 % de ses actifs (4,5 milliards de dollars) en raison des partenariats noués avec d’autres banques de développement. Les relations avec l’AFD et Proparco ont commencé le jour où je suis entré dans la banque !

Dix nouveaux actionnaires ont rejoint le TDB Group ces cinq dernières années. En outre, de nombreux partenariats de financement stratégique ont été conclus avec de grandes institutions telles la BEI, la Banque d’exportation et d’importation de Chine (China Exim), la banque allemande KfW, la Banque brésilienne de développement (BNDES), l’Industrial Development Corporation (IDC) sud-africaine, l’AFD et l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).

Mon expérience fait par ailleurs que bien des banques sud-africaines sont aussi nos partenaires, même si l’Afrique du Sud ne fait pas partie du Comesa. Ce pays dispose d’institutions financières réputées que nous respectons beaucoup. Absa, First National Bank, Standard Bank, Investec… Nous travaillons avec toutes ces banques, mais aussi avec des Européens et des Chinois.

 

L’émergence des investisseurs chinois, qui se trouvent depuis 2000 parmi vos actionnaires, change-t-elle votre stratégie ?

Ces partenaires s’avèrent très précieux, car professionnels et orientés vers le commerce – et non la politique. Notre actionnaire chinois, la Banque populaire de Chine (8,68 % des parts de TDB Group), ne nous dicte jamais de ligne de conduite et n’exerce pas la pression dont on soupçonne parfois les opérateurs chinois.


De même, les lignes de crédit en provenance de la Chine ne sont pas forcément conditionnées à l’importation d’équipements chinois, alors que ce pays sait en fournir. Une pratique courante à travers le monde, on l’oublie souvent, fait que certains accords financiers reposent sur ce type d’incitation. Nous avons par exemple cofinancé l’importation de deux Airbus pour RwandAir l’an dernier, en partenariat avec des institutions bancaires allemandes et françaises. Lorsque nous avons financé l’achat d’avions Boeing pour plusieurs compagnies aériennes africaines, nous avons également obtenu des financements américains.

De leur côté, l’USAID, la KfW Development Bank allemande ou l’AFD accordent des financements qui ne sont pas liés à des débouchés pour les firmes de leurs pays respectifs, mais qui dépendent avant tout de deux grands critères : les bonnes pratiques de passation des marchés et l’intérêt des projets pour les pays concernés. Les Chinois ont des institutions financières fortes, capables de repérer les transactions intéressantes en offrant des ristournes sur leurs taux d’intérêt que nous ne pouvons pas pratiquer. Notre relation est très souple et franche avec la Chine, qui nous encourage à construire des partenariats forts avec d’autres pays – contrairement à ce que l’on pense souvent. C’est une relation saine et ouverte en réalité.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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