Les pays du Sud abritent une biodiversité marine cruciale pour l’avenir de nos océans et pourtant menacée par la surpêche. Si depuis des années les gouvernements, les pêcheries, les scientifiques, les ONG et les entreprises se mobilisent pour lutter contre ce fléau, le mouvement doit être amplifié.

Un travailleur vérifie les poissons destinés à l’exportation vers le Japon, la Chine, Brunei, la Thaïlande et la Malaisie dans une structure de Banda Aceh en Indonésie en octobre 2020. Photo par CHAIDEER MAHYUDDIN / AFP
Un travailleur vérifie les poissons destinés à l’exportation vers le Japon, la Chine, Brunei, la Thaïlande et la Malaisie dans une structure de Banda Aceh en Indonésie en octobre 2020. Photo par CHAIDEER MAHYUDDIN / AFP

Dans de nombreuses pêcheries des pays du Sud, la mauvaise gestion des stocks de poissons menace leur durabilité. 60 % des ressources halieutiques mondiales sont exportées depuis les pays en développement et 68 % des bateaux de pêche sont situés en Asie selon la FAO. Plus de la moitié des captures mondiales de poisson sauvage proviennent de pays du Sud comme l’Indonésie, le Pérou, le Vietnam, l’Inde ou la Chine, cette dernière étant le plus gros pays fournisseur de poisson au monde.

 

Des ressources marines cruciales pour les populations

Si la communauté internationale souhaite mettre fin à la surpêche sur l’ensemble de notre planète bleue, il faut en priorité améliorer la recherche et la science ainsi que la gestion des pêches dans les pays en développement. Les ressources marines y jouent un rôle crucial pour la subsistance des populations.  La prochaine Journée mondiale de l’océan du 8 juin visera d’ailleurs à montrer combien l’océan et ses ressources sont essentiels pour plusieurs millions de personnes à travers le monde. Le poisson nourrit près de la moitié de la population mondiale et lui fournit près de 20 % de son apport moyen en protéines. Les pays tels que le Bangladesh, le Cambodge, la Gambie, le Ghana, la Sierra Leone ou le Sri Lanka, dépendent à plus de 50 % du poisson pour leur apport en protéines. Les ressources des océans ne sont pas seulement bénéfiques sur le plan nutritionnel, elles revêtent également une importance sociale, car certaines sociétés sont entièrement structurées autour de l’économie de la pêche. À titre indicatif, 85 % des travailleurs de la pêche se trouvent en Asie, 9 % en Afrique et 4 % sur le continent américain. La survie de millions de personnes dépend donc de l’océan et de ses ressources. Une réalité qui ne fait que s’accentuer à mesure que les populations continuent de s’installer et de se développer le long des littoraux. D’ici 2025, on estime ainsi que 70 % de la population urbaine devrait vivre dans une ville côtière.

 

Il est urgent d’agir pour garantir la durabilité de la pêche

Malheureusement, les pays en développement ne sont pas épargnés par la surpêche. En Afrique, par exemple, le merlu de Namibie a été si intensément exploité pendant plusieurs décennies que le stock était au bord de l’effondrement en 1990. Les pêcheurs ont depuis considérablement amélioré leurs pratiques pour parvenir à une économie de pêche plus durable. Aujourd’hui, l’état du stock de merlu de Namibie est bon et plus de 10 000 emplois sont assurés pour les générations futures. Des pêcheries durables sont donc possibles.

Les populations dépendent du renouvellement des stocks de poissons pour se nourrir et travailler. La pêche durable est un impératif environnemental mais aussi social et économique. L’Objectif de développement durable (ODD) n°14 est inévitablement lié à l’ODD n°2 sur l’élimination de la faim et à l’ODD n°8 sur le travail décent. Ces objectifs doivent être atteints d’ici 2030 : c’est encore possible à condition de redoubler d’efforts.

 

Des avancées encore insuffisantes pour les océans

Dans les pays du Sud, qui regroupent  97 % des petits pêcheurs de la planète, les bateaux sont de plus en plus nombreux à traquer des poissons… de plus en plus rares. La demande en ressources marines est aujourd’hui exceptionnellement élevée. Les pays du Nord ont réduit leur activité de pêche et ont augmenté en compensation leurs importations en provenance des pays du Sud. Ainsi, on estime qu’aujourd’hui 73 % des poissons sont désormais capturés dans les pays en développement, ce qui accentue la pression exercée sur les pêcheries dans cette partie du globe.

Cependant, depuis quelques décennies, des efforts sont déployés dans les pays du Sud pour favoriser la pêche durable. L’Indonésie, par exemple, utilise le potentiel des données et des technologies innovantes pour lutter contre la surpêche. En Amérique latine, seize pêcheries sont reconnues selon les principes environnementaux de l’organisation Marine Stewardship Council (MSC), comme étant durables.. La plus grande pêcherie du monde, celle de l’anchois du Pérou, a lancé deux projets pour améliorer sa durabilité. Au Chili, la pêcherie de merlu austral est maintenant considérée par le MSC comme durable selon ses critères environnementaux, ce qui représente une véritable avancée.

 

 

Le Mexique a également franchi une étape importante : un quart de ses ressources est désormais reconnu comme durable par les critères environnementaux du MSC. En Inde, le réseau Sustainable Seafood Network, lancé en 2020, rassemble des scientifiques, des organisations internationales comme notre organisation, des politiciens, des pêcheurs ainsi que des universitaires. Il vise à populariser des projets d’amélioration des pratiques de pêche et à influencer les gouvernements locaux et à lever des fonds. La plateforme finance aussi des projets d’évaluation et d’amélioration, par exemple pour la pêche aux crevettes et aux céphalopodes au Kerala (Inde). Cela a permis d’améliorer l’évaluation des stocks ou les règles d’exploitation dans certaines pêcheries.

Pendant longtemps, le secteur de la pêche n’a pas accordé suffisamment d’attention à la durabilité des activités dans les pays du Sud. Or, si l’ambition commune à l’échelle mondiale est de mettre fin à la surpêche, cela ne pourra se faire sans prendre en compte cet enjeu majeur.

 

Des solutions locales pour un défi mondial

Pour sauver les océans, il est important de bien connaître les difficultés auxquelles les pays du Sud sont confrontés en matière de financement, de capacités, de données et de gouvernance. Le manque d’infrastructures et de technologies, le morcellement des petites entreprises de pêche et la grande vulnérabilité au changement climatique sont autant d’obstacles à surmonter.

Le financement de l’« économie bleue » doit être considérablement augmenté pour promouvoir des initiatives plus durables et répondre aux besoins des pêcheurs et de tous les acteurs prêts à adopter une approche vertueuse (améliorer la sélectivité des engins de pêche, réduire les prises accessoires…). Le renforcement des compétences des acteurs locaux est également fondamental, car ils sont au cœur de la mise en œuvre des pratiques durables.

Enfin et surtout, il faut améliorer les données scientifiques sur la pêche. Bien souvent, les pêcheries des pays du Sud n’ont pas les moyens de générer les données nécessaires pour mieux comprendre l’impact de leurs activités de pêche. Une approche fondée sur le risque a été utilisée avec succès pour évaluer des pêcheries disposant de peu de données, comme celle du crevette seabob (crevette) du Suriname et celle de la langouste chilienne des îles Juan Fernandez. Des pays comme l’Indonésie, l’Afrique du Sud et le Mexique travaillent également avec un large éventail de parties prenantes, notamment des scientifiques, aux côtés des gouvernements et organisations locaux, afin de rendre l’économie de la pêche durable.

 

Accélérer  la transition écologique

Les données de l’ONU qui figurent dans le Rapport sur les objectifs de développement durable (2020) montrent que la communauté mondiale n’a pas atteint l’objectif visant à mettre fin à la surpêche en 2020 et que des efforts importants restent à faire. D’ailleurs, aucun des objectifs mondiaux en matière de diversité biologique n’a été atteint selon le dernier rapport de l’ONU.

Il est encore temps de reconstruire la vie marine à l’aide de solutions plus intelligentes. Les Nations unies ont reconnu le programme du MSC comme un premier outil important pour mesurer les progrès des pays en matière de pêche durable dans la poursuite de l’ODD 14 mais il convient de passer à la vitesse supérieure : les gouvernements devraient urgemment veiller à ce que les pêcheries soient durablement gérées dans l’intérêt de la préservation des océans, et ce, partout dans le monde… On ne peut pas laisser le fossé de la durabilité se creuser entre pays du Nord et pays du Sud. Ce combat doit être celui de la communauté mondiale pour un seul et même océan.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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