À quoi ressemblerait un monde où chaque enfant pourrait aller à l’école ?

Imaginons un monde où les nouvelles infections du VIH sont rares. Où les enfants ont accès à une eau potable propre et à une nourriture adéquate. Les nouvelles mères y survivent à leurs accouchements et peuvent dès lors s’occuper d’éduquer la génération qui les suit. Les communautés vulnérables sont capables de faire face aux chocs économiques et aux catastrophes naturelles liées au climat. Chaque année, les pays les plus pauvres reçoivent 80 milliards de dollars EU pour leur développement. Les parents gagnent suffisamment d’argent pour nourrir leur famille, se constituer des actifs et épargner pour l’avenir.

Tout cela a l’apparence d’une chimère. Pourtant, cette vision pourrait devenir réalité grâce à la formation scolaire. Si chaque enfant pouvait aller à l’école, notre monde serait en effet profondément différent. De fait, le deuxième objectif du Millénaire pour le développement, qui consiste en un enseignement primaire universel, est essentiel à la réalisation de tous les autres OMD.

Il est prouvé qu’une éducation de base est souvent l’une des interventions les plus efficaces en termes de développement, et que son impact va bien au-delà de la transformation de la vie de chaque enfant. Elle mène aussi à des améliorations mesurables en termes de croissance économique, de prévention du VIH, de nutrition, de santé maternelle et infantile, et de prévention des conflits. Les éléments suivants doivent être pris en considération :

  • Aucun pays n’a pu réaliser une croissance économique soutenue sans avoir réalisé un enseignement primaire universel. Chaque année de scolarité permet d’augmenter de 10 % les revenus d’un individu.
  • Si chaque enfant terminait l’enseignement primaire, près de 700 000 cas de VIH pourraient être évités chaque année rien qu’en Afrique subsaharienne.
  • Les enfants dont les mères ont terminé l’enseignement primaire ont 40 % de chance supplémentaires de survivre jusqu’à l’âge de 5 ans et 50 % de chance de plus de recevoir des vaccinations permettant de leur sauver la vie. Ces mères elles-mêmes ont aussi bien plus de chance de survivre à leurs accouchements.

Nous devons construire l’avenir sur la base de connaissances avérées et, en la matière, les éléments dont nous disposons à propos de la formation scolaire sont clairs. Ils ne laissent aucune  ambiguïté sur les choix à opérer, tant pour les pays en développement que pour la communauté mondiale des bailleurs de fonds. Selon l’UNESCO, l’agenda mondial de l’Éducation pour tous, dont l’objectif est d’apporter un enseignement de base à chaque citoyen de chaque société, souffre d’une insuffisance de financement de 16 milliards de dollars EU par an. De nombreux pays en développement, en particulier en Afrique, ont fait la preuve de leur engagement à l’égard de l’Éducation pour tous : au cours des dix dernières années, ils ont augmenté leurs dépenses en matière d’éducation et réalisé des progrès impressionnants en matière de scolarité au niveau du primaire. Mais ils ont été frappés très durement par la crise économique mondiale, et pourraient souffrir en plus de coupes dans les budgets des donateurs.  Dans un environnement où l’aide destinée à l’éducation a tendance à stagner, il faut s’assurer que les rares dollars qui y sont consacrés seront correctement dépensés. La coopération multilatérale, notamment, peut offrir cette assurance. Elle met en effet en commun des fonds pour épauler des pays dont les stratégies nationales en matière d’éducation sont bien conçues. Cependant, le niveau des fonds consacrés à l’initiative fast track de l’Éducation pour tous est dangereusement faible, alors que ce partenariat des bailleurs de fonds internationaux est important pour soutenir l’enseignement de base dans les pays pauvres.

La crise économique mondiale a sévèrement atteint les recettes budgétaires des pays pauvres.  Des recherches entreprises récemment par Oxfam montrent qu’en 2010, ce manque à gagner s’est traduit par des coupes sombres dans les dépenses sociales, dont la formation scolaire a été l’une des principales victimes.

En plus de cette mauvaise nouvelle, le sommet du G8 de cette année au Canada n’a fait que confirmer une tendance à une plus grande austérité budgétaire dans les pays donateurs. Il est clair que les nations du G8 ont l’intention de renier l’aide qu’ils ont promise, ce qui pourrait avoir des effets dévastateurs sur la formation scolaire. Sur les 50 milliards de dollars EU d’aide promise il y a cinq ans lors du sommet de Gleneagles, à peine 30 milliards ont été décaissés. Ces 20 milliards non décaissés, qui ne représentent que 0,0006 % du RNI du G8, constituent cependant une somme suffisante pour permettre à chacun des 72 millions d’enfants dans le monde aujourd’hui exclus du système scolaire d’obtenir une place à l’école.

Si nous échouons en matière de formation scolaire, il sera impossible de réaliser les autres OMD.  En effet, ces objectifs sont tous inextricablement liés les uns aux autres. Un effort sérieux et urgent de la part de la communauté internationale est donc nécessaire pour sauver tous les OMD, en particulier les objectifs liés à la formation scolaire, avant que la date butoir de 2015 ne soit trop proche. La vision d’un monde changé, qui pourtant n’est pas loin d’être réalisable, ne sera jamais qu’une vue de l’esprit jusqu’à ce que les gouvernements honorent les engagements qu’ils ont pris à l’égard des enfants du monde.

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