68,5 millions. C’est le nombre de personnes déracinées dénombrées en 2018. Confrontées aux violences, à la perte et à la précarité, les personnes déplacées trouvent dans le soutien psychosocial une source de résilience.

40 millions de déplacés internes, 25,4 millions de réfugiés et 3,1 millions de demandeurs d’asile sont recensés par le Haut Commissariat des Nations  unies pour les réfugiés. Les personnes déplacées ont souvent échappé à des situations dangereuses et ont subi violences et stress. Une fois dans les camps de réfugiés, elles font face à des conditions de vie précaires et à l’incertitude sur leur avenir. Des premiers secours psychologiques au traitement de pathologies psychiatriques plus sévères, les activités de santé mentale déployées en marge des zones de conflits et dans les centres d’accueil les aident à surmonter ces obstacles.

 

« Détresse normale » et atteintes graves, les blessures invisibles de l’exil

Nombre de personnes souffrent des événements vécus dans leur pays d’origine : perte de proches, de biens matériels, violences subies avant et durant la migration. Au Bangladesh, l’accompagnement des réfugiés Rohingyas passe d’abord par des séances collectives leur permettant de prendre acte de leur nouvelle situation. Comprendre qu’ils sont maintenant en sécurité, entamer le deuil de proches victimes de morts violentes… Les troubles de stress post-traumatique sont la « détresse normale » des personnes forcées au déplacement et touchent environ une personne sur cinq parmi ces populations. Selon Guillaume Pégon, de Handicap International, les expériences traumatisantes telles que les guerres ou les violences urbaines multiplient par deux les risques de dépendance à l’alcool et par trois ceux de dépendance à la drogue. Un suivi psychologique dès l’arrivée renforce les chances de surmonter ces troubles.

 

 

Des conditions de vie précaires pour une durée indéterminée

Mais les professionnels de l’accompagnement psychosocial soulignent aussi que les conditions de vie précaires des camps affectent presque autant les personnes réfugiées que les traumatismes subis dans les pays d’origine. Dans le camp de Chatila au Liban, la psychologue de Médecins sans frontières (MSF) Miriam Slikhanian témoigne : « Être réfugié veut souvent dire lutter au quotidien pour trouver de quoi manger ou un endroit où l’on se sent en sécurité. »

Ces situations de précarité sont d’autant plus difficiles à vivre que l’exil constitue une déchéance pour des personnes qui avaient une fonction sociale bien définie dans leur pays d’origine. Se retrouvant sans logement, sans biens matériels, sans famille voire sans accès aux services essentiels, c’est toute l’identité des personnes déplacées que l’exil remet en question. « Quand vous n’avez pas d’identité, même dormir perd son sens », témoigne Jamal.

Aliki Meimaridou, psychologue MSF, note quant à elle l’écart entre les attentes des réfugiés, arrivant en lieu sécurisé plein d’espoirs, et la réalité de leur situation sur place. Sans moyens financiers ni volonté politique de traiter rapidement les demandes d’asile, certains réfugiés peuvent rester bloqués des années durant dans les camps. En Grèce, ils sont 50 000. Jamal en fait partie.

 

Déracinés et « étonnamment résilients »

Il faut cependant se garder de considérer toute la population des déplacés comme « mentalement perturbée », explique Pieter Ventevogel, expert psychiatrique du Haut Commissariat de Nations unies pour les réfugiés : « On pourrait s’exprimer autrement, sans parler de traumatisme. On peut dire qu’ils ont vécu des choses difficiles, qu’ils ont beaucoup perdu… C’est un discours bien moins pathologisant ».

 

« Quand je visite des camps de réfugiés […] je suis surpris par la manière dont les gens sont capables de continuer à vivre et à s’épanouir dans des situations d’adversité. »

Pieter Ventevogel, expert psychiatrique au UNHCR

 

Le soutien psychosocial encourage la résilience, notamment grâce à son approche communautaire. Groupes de parole, d’entraide et soutien intracommunautaire permettent aux personnes réfugiées de recréer un lien social perdu et de retrouver une place ou une fonction définie. Ils encouragent les personnes les plus renfermées à sortir du silence et accompagnent la reconstruction pérenne des populations affectées par des conflits. Au Tchad, en 2012, un projet porté par l’AFD a fait de cet accompagnement une priorité. L’approche communautaire peut adopter différentes formes, dont certaines surprenantes. La thérapie par l’art permet de créer un espace sécurisé pour les jeunes enfants, afin qu’ils reconstruisent une confiance en l’autre et trouvent leurs voix. Des ONG telles que Play International intègrent quant à elles le sport dans la reconstruction psychologique des réfugiés. Au Rwanda, l’installation d’une ferme dans un camp a eu un impact très positif sur les veuves congolaises.

 

Former davantage à l’accompagnement psychosocial

Le nombre de personnes déplacées bat chaque année un nouveau record. Une personne sur 110 dans le monde est déracinée. Sur le terrain, les professionnels du psychosocial obtiennent de bons résultats mais sont formels : il faut davantage de moyens pour faire face à l’augmentation du nombre de réfugiés. Au Bangladesh, la thérapeute Mahmuda est la seule psychologue pour des centaines de milliers de patients potentiels. Comme Pieter Ventevogel, elle considère que former l’ensemble du personnel médical des camps aux premiers soins de santé mentale permettrait de grandes avancées. Une fois ces premiers soins assurés, d’autres formes de thérapie réparatrice pourront se développer, telles que l’art, le sport ou l’élevage.

 

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