Le nombre d’épidémies de maladies infectieuses n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies en lien avec les changements planétaires globaux. Pour interrompre ce cycle, le développement agronomique doit concilier des objectifs de résilience écologique, sociale et sanitaire.

Un feu illégalement allumé dans la réserve de forêt amazonienne, au sud de Novo Progresso dans l'État de Para, au Brésil, le 15 août 2020 (Photo de CARL DE SOUZA / AFP)
Un feu illégalement allumé dans la réserve de forêt amazonienne, au sud de Novo Progresso dans l'État de Para, au Brésil, le 15 août 2020 (Photo de CARL DE SOUZA / AFP)

L’émergence de nouveaux agents infectieux qui se traduisent par des épidémies affectant les humains, les animaux et les plantes sont en nette augmentation ces dernières décennies. Or non seulement le nombre d’épidémies ne cesse d’augmenter, mais leur globalisation apparaît comme une tendance remarquable. Les conséquences sociales et économiques très profondes des crises sanitaires engendrées par ces épidémies nécessitent de s’interroger sur les causes profondes afin d’éviter leur répétition.

 

Les causes de l’augmentation des épidémies

L’émergence et l’extension des épidémies de toute maladie infectieuse débutent toujours avec une transmission initiale dans un contexte socioécologique local donné. Une phase suivie par leur expansion du fait de la globalisation des transports et des échanges. Cependant, l’interdépendance du local et du global est encore peu prise en compte par les politiques publiques. Les causes de cette grande accélération des épidémies sont pourtant à rechercher dans celle de l’élevage et dans la conversion massive des surfaces forestières.

Les chiffres de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) attestent d’un accroissement important de la production de bétail et de volailles au niveau mondial. La biomasse totale du bétail sur la planète est maintenant plus importante que celle de tous les humains, tandis que le nombre total des volailles dépasse celui de tous les oiseaux sauvages. L’augmentation du nombre d’épidémies notifiées chez les humains depuis le début des années 1960, comme chez les animaux de rente (depuis l’année 2000), est statistiquement corrélée à l’augmentation du nombre d’animaux élevés. L’importance croissante de l’élevage sur la planète met de plus en plus en danger la santé humaine et animale, tout en menaçant la biodiversité.

L’augmentation des épidémies de maladies zoonotiques ou vectorielles – telles les épidémies de paludisme, de leishmaniose ou encore d’Ebola – a lieu dans un contexte mondial de changement du couvert forestier depuis le début des années 1990. Ce changement est majoritairement lié à la production des protéines végétales nécessaires à l’élevage en expansion, mais aussi à l’augmentation de la production d’autres plantations commerciales (comme les palmiers à huile).

 

 

Enfin, la crise de la biodiversité s’accompagne d’une perte du service écosystémique de régulation de la transmission des agents infectieux. La déforestation et les pertes de biodiversité favorisent en effet la multiplication des réservoirs et des vecteurs de ces agents, dont les populations ne sont plus régulées par les prédateurs et compétiteurs. Les habitats à la diversité biologique appauvrie et simplifiée par l’intensification agronomique perdent leur résilience écologique, comme leurs capacités à supporter les aléas climatiques, ainsi que leur résilience aux épidémies. Résultat, les dynamiques épidémiologiques progressent et les épidémies augmentent.

Il devient nécessaire, dès lors, de concevoir des territoires et des paysages écologiquement fonctionnels contribuant à la biodiversité, à la sécurité alimentaire et à la santé des humains et de leurs productions animales et végétales.

 

Promouvoir la revégétalisation de notre alimentation

Les mesures prises jusqu’à présent par les différents gouvernements et organisations internationales ont mis l’accent sur la prévision et la préparation aux épidémies en promouvant principalement la surveillance et la biosécurité. Sans remettre en question cette nécessaire surveillance, il convient de proposer de nouveaux objectifs de développement de l’agriculture et des échanges internationaux à même de répondre aux objectifs de sécurité alimentaire, de conservation de la biodiversité et de santé.

La part de l’élevage dans l’alimentation humaine doit être reconsidérée. Une revégétalisation de notre alimentation peut devenir un objectif de santé publique primordial avec la réduction attendue des maladies cardio-vasculaires et autres maladies de civilisation. Une réduction de l’alimentation carnée aura des effets bénéfiques sur l’environnement, la déforestation et la biodiversité, tout en permettant de diminuer les risques sanitaires zoonotiques. Mais pour être réellement efficace, une telle politique de santé publique doit s’accompagner de politiques de développement local à même de favoriser des territoires agricoles multifonctionnels et diversifiés, riches en biodiversité et supports du bien-être humain.

 

Face aux dysfonctionnements entre santé en environnement, l’approche prometteuse de « One Health »

Les émergences et les épidémies sont les manifestations de dysfonctionnement des systèmes socioécologiques. L’approche « One Health » – initialement portée par le trio OMS, FAO et OIE (Organisation mondiale de la santé animale), trop centrée sur la biosurveillance et la biosécurité – a évolué en quatuor avec l’association, le 12 novembre 2020, du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

Avec l’arrivée du PNUE, la santé des écosystèmes va être pleinement reconnue comme soubassement de la santé humaine et de la santé animale. La nouvelle approche One Health-Environnement nécessitera cependant de mettre en œuvre un dialogue et des actions intersectorielles afin d’inclure toutes les politiques – agriculture, conservation de la biodiversité, développement, santé publique, santé animale, urbanisation, économie et sécurité.

 

Mettre fin aux épidémies : le besoin vital d’une nouvelle expertise plurielle

Les politiques de développement des agricultures locales, basées sur les concepts de l’agroécologie et de l’écoforesterie, nécessitent de reconsidérer les échanges marchands au niveau mondial et leurs effets dans la globalisation des crises sanitaires. Démondialiser et relocaliser les productions agricoles dans les terroirs requièrent de mettre en place des politiques internationales en appui aux politiques nationales. Le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020, qui sera adopté lors de la Conférence des Nations unies sur la biodiversité durant l’année 2021 à Kunming (Chine), doit ainsi permettre de promouvoir des objectifs et des engagements liant biodiversité et santé.

Dans le cadre de cette approche, caractérisée par la nouvelle gouvernance santé-environnement, les frontières disciplinaires et sectorielles, ainsi que les clés de leur décloisonnement, devront être identifiées. Il s’agit de permettre le développement de politiques collaboratives, coconstruites entre communautés de citoyens, scientifiques et administrations.

La vision traditionnelle d’« éducation » des citoyens, de communautés, mais aussi des praticiens et des décideurs doit également évoluer vers une compréhension partagée des connaissances, des représentations et des valeurs portées par l’ensemble des acteurs. Une expertise plurielle devra ainsi intégrer les savoirs scientifiques et les formes de connaissances basées sur l’expérience et le vécu des populations, et pas seulement sur ceux des administrations publiques. De cette nouvelle approche liant étroitement santé et environnement dépend notre capacité à éviter les futures crises sanitaires liées aux épidémies.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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