Décarboniser la mobilité, c’est ce qu’ambitionne le groupe Suisse Aaqius, avec ses cartouches à hydrogène. Un pas supplémentaire vers la révolution verte ?  Entretien avec Jean-Baptiste Dementhon, le vice-président d’Aaqius pour la technologie.

© Aaqius
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Comment se présente votre cartouche à hydrogène ?

Nous avons développé une technique de stockage de l’hydrogène qui ne se fait pas sous  la forme d’une bombonne à très haute pression, mais avec un objet de même format qu’une cannette de boisson. Cette cartouche contient de l’hydrogène solidifié, que l’on peut tout à fait distribuer comme un produit de consommation courante – exactement comme des cannettes, dans des distributeurs automatiques ou les supermarchés.

Le prototype que nous avons conçu vise à changer toute la relation avec le carburant ou les bornes de recharge électrique destinées aux véhicules. Ce produit est facile à distribuer, il ne présente pas de danger à la manipulation car l’hydrogène ne s’y trouve pas sous forme de gaz, et il permet d’ajouter de l’autonomie aux moteurs des engins électriques, car l’hydrogène contient plus d’énergie par kilogramme qu’une batterie électrique. Le simple fait de la rendre disponible au supermarché ou de pouvoir se la faire livrer à domicile va tout changer dans l’écosystème de la mobilité. D’où le caractère innovant de la cartouche.

 

L’avez-vous testée, est-elle en usage ?

 Oui, en nous concentrant d’abord sur le marché des scooters électriques. La cartouche peut être installée sur un scooter et transformée en énergie par le biais d’une pile à combustible qui transforme en continu l’hydrogène en électricité, entre la cartouche et le moteur, sans faire de bruit.

Pour les voitures, l’idée serait de s’en servir comme prolongateur d’autonomie. Une cartouche à hydrogène peut prolonger de 150 km l’autonomie d’un moteur électrique. Plus nous monterons en masse avec les camions et les trains, plus notre système sera destiné à prendre en charge des « consommables » électriques à bord pour alléger la consommation électrique principale.

 La cartouche à hydrogène n’est pas encore commercialisée. Pour ce faire, il faudra nécessairement un passage à une distribution massive. Nous sommes en train de structurer l’écosystème de la cartouche autour de trois acteurs industriels qui sont déjà des partenaires : un équipementier automobile la fabriquera ; un groupe important dans le gaz, de type Air Liquide en France, permettra de la recharger plusieurs dizaines de fois ; enfin, des grands distributeurs comme des magasins de proximité pourront la distribuer, dans des lieux plus nombreux et plus faciles d’accès que les stations service.

 

Quels sont les marchés ciblés ?

Puisque nous avons démarré en nous concentrant sur l’application de la cartouche au scooter, nous avons un focus important sur l’Asie. Sur ce continent, on trouve beaucoup de deux roues, mais aussi une plus grande difficulté à mettre en place des infrastructures électriques, comme en Inde par exemple.

Sur la partie qui concerne le stockage d’énergie, les pays du Sud offrent des perspectives intéressantes. Nous avons noué des contacts en Chine, au Taïwan et au Japon. Nous savons que l’Afrique va devenir de plus en plus attractive, mais ce phénomène est encore émergent.

La France représente un autre terrain de prédilection, parce que nous y sommes présents et que le pays se trouve en avance sur les objets connectés et les partages de véhicules comme Autolib’, qui vont nous servir de levier pour notre déploiement.

 

Est-ce dangereux de la manipuler ?

 Non, le stockage de l’hydrogène sous cette forme solide, qui n’est pas du gaz, implique des niveaux de pression faibles dans la cartouche, qu’on peut parfaitement placer dans un distributeur automatique.

Tout le succès de la cartouche va dépendre de son mode de rechargement, soit dans des usines habituées à manipuler de l’hydrogène, soit dans des centrales plus petites qui vont utiliser des énergies renouvelables.

Par exemple, une grande partie de l’énergie solaire ou éolienne est produite en pure perte car on ne peut pas la stocker. On peut très bien imaginer de le faire, pour recharger les cartouches, qu’on pourra ensuite utiliser comme stock d’énergie pour une voiture électrique, ou à plus grande échelle, pour la remettre sur un réseau électrique. Notre solution, baptisée Store H, apporte un mode de stockage innovant, qui implique une nouvelle vision du carburant. Ce n’est plus un liquide qui coule dans vos réservoirs, mais un objet qu’on peut recharger et recycler.

 

Combien coûtera une cartouche à hydrogène ?

 Notre principe chez Aaqius consiste à rendre les technologies abordables pour que nous puissions nous rémunérer sur nos succès. Nous proposons donc des solutions industrialisables, pour récupérer notre mise sur la vente des objets.

La cartouche devra coûter le même prix que la consommation d’essence classique au kilomètre. Le prix des véhicules qui pourront se mouvoir grâce à elle devra lui aussi se situer au même prix que les scooters actuels, entre 1000 et 2000 euros. La cartouche sera réutilisable. Elle peut se recharger des centaines de fois, et en fin de vie, elle peut être recyclée : elle ne contiendra plus qu’une poudre qui ressemble à de l’aluminium ou du magnésium.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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