Le bilan des feux géants en Amazonie, en Californie et en Sibérie s’aggrave chaque année et l’été 2020 affiche dans chaque zone un triste record. Relâchement de CO2, fonte du permafrost, disparition des forêts, les conséquences de ces incendies sont critiques pour le climat.

Des pompiers luttent contre le « Hog fire », un incendie si grand qu’il a généré son propre climat, à côté de Susanville en Californie le 20 juillet 2020. (Photo par Josh Edelson / AFP)
Des pompiers luttent contre le « Hog fire », un incendie si grand qu’il a généré son propre climat, à côté de Susanville en Californie le 20 juillet 2020. (Photo par Josh Edelson / AFP)

En Amazonie, un an après les images des incendies qui avaient fait le tour du monde, l’été 2020 affiche un bilan encore plus catastrophique. Selon l’INPE, l’agence spatiale brésilienne, les incendies en Amazonie ont augmenté de 20 % en juin et de 28 % en juillet par rapport aux mêmes périodes en 2019. Au mois d’août, après un démarrage inquiétant, le nombre d’incendies (29 307 foyers) a légèrement baissé par rapport à 2019, mais reste de loin le deuxième chiffre le plus élevé de la décennie.

Moins connu que la forêt amazonienne, le Pantanal connaît lui aussi son pire été. Dans ce sanctuaire de biodiversité situé à cheval entre le Brésil, le Paraguay et la Bolivie, l’INPE a constaté une augmentation de 200 % du nombre d’incendies en 2020, dont la moitié ont été enregistrés au mois d’août.

 

Incendies en Sibérie : l’équivalent d’un tiers de la France en fumée

La Sibérie aussi était en feu cet été. Si les forêts boréales du Cercle arctique s’embrasent régulièrement pendant la période estivale, 2020 est une année record en termes d’étendue et d’intensité de ces incendies. Selon Greenpeace Russie, au début du mois d’août on comptait déjà 21 millions d’hectares de forêt brûlée depuis le début de l’année, ce qui représente un tiers de la superficie de la France. Chargé d’évaluer l’impact des incendies sur la pollution atmosphérique depuis 2003, le service européen de surveillance de l’atmosphère Copernicus (CAMS) chiffre à 145 mégatonnes de CO2 les rejets de feux de forêts dans l’Arctique en juillet 2020. Ces niveaux de rejets indiquent que les incendies des étés 2019 et 2020 ont été particulièrement intenses en comparaison des années précédentes.

 

 

La Californie n’a pas non plus été épargnée : des feux intenses ravagent cet État ouest-américain depuis le 15 août. La NASA considère qu’il s’agit de l’une des pires saisons des feux jamais enregistrées. Selon Calfire, les services de l’État chargés de lutter contre les incendies, 600 000 hectares ont déjà été ravagés. C’est quatre fois plus que les feux de 2019 qui avaient détruit 105 000 hectares.

 

Le changement climatique en cause

Les scientifiques et les environnementalistes désignent le changement climatique comme le principal responsable de l’ampleur historique des incendies californiens, amazoniens et sibériens de cet été. Selon une étude de l’Imperial College London publiée en janvier 2020, le changement climatique augmente la fréquence et la gravité des conditions de déclenchement des incendies : vagues de chaleur, diminution des précipitations, faible humidité, vents violents et orages secs. Les incendies actuellement en cours en Californie seraient ainsi le fruit de la conjonction d’une vague de chaleur, de vents forts et d’une série d’orages. Gavin Newsom, le gouverneur de l’État de Californie, tweetait ainsi le 23 août : « Si vous ne croyez pas au changement climatique, venez en Californie. »

La Sibérie arctique subit elle aussi les effets du dérèglement climatique de manière démultipliée. Le réchauffement y est deux fois supérieur aux autres régions du monde. En juin 2020, la température moyenne y était de + 5 degrés par rapport aux années précédentes. Cette augmentation des températures favorise les départs d’incendies, notamment sur des terres de l’arc arctique habituellement trop froides pour brûler, ce qui inquiète fortement les scientifiques.

 

Au Brésil, le fléau de la déforestation

En Amazonie brésilienne, les incendies sont imputables au changement climatique, mais pas seulement. Les feux sont directement allumés par les hommes pour transformer la forêt en zones de cultures ou de pâturages dédiées à l’élevage. Après la coupe des arbres, les terres sont nettoyées et fertilisées par le feu : c’est la technique des brûlis. Déforestation et feux de forêts sont étroitement liés dans cette partie du monde.

« L’élevage bovin extensif est le principal facteur de déforestation de l’Amazonie. Un peu plus de 65 % des terres déboisées en Amazonie sont aujourd’hui occupées par des pâturages » selon Rômulo Batista, chargé de campagne pour l’Amazonie de Greenpeace Brésil. Sur les 12 derniers mois, la déforestation en Amazonie a augmenté de 34,5 %, et l’augmentation la plus forte concerne les terres autochtones et les zones protégées (76 % et 50 % par rapport à juillet 2019).

Les experts expliquent cette recrudescence par un sentiment d’impunité chez les éleveurs depuis 2019, l’année de l’élection du président Bolsonaro. Impunité réelle si l’on en croit l’agence indépendante Agência Pública qui estime que les amendes adressées aux responsables d’incendies illégaux ont diminué de 34 % en 2019 par rapport à 2018 et de 40 % en 2020 par rapport à 2019. La pandémie de Covid-19 aurait encore aggravé le problème, les patrouilles de la police environnementale ayant été drastiquement réduites par le gouvernement qui en aurait profité pour encourager le développement économique de la région à travers la déforestation.

 

Changement climatique : vers un point de non-retour

Les incendies dans les forêts tropicales et boréales amplifient le changement climatique à l’origine de leur assèchement. En brûlant, elles libèrent de grandes quantités de carbone emprisonnées dans les arbres. En plus de ces émissions de CO2, la perte de surface boisée limite la capacité future de la forêt à absorber le gaz carbonique. Selon une récente étude, la forêt amazonienne pourrait ainsi perdre son rôle de « puits à carbone » et devenir un émetteur net de gaz carbonique.

En Sibérie arctique, en plus du CO2 relâché dans l’atmosphère, les incendies entraînent le dégel du pergélisol, aussi appelé permafrost, une partie du sol censée être perpétuellement gelée. Or, le pergélisol retient prisonniers des gaz à effet de serre au fort potentiel de réchauffement global comme le méthane, 25 fois plus puissant que le CO2. C’est un véritable cercle vicieux qui s’est mis en place : les feux libèrent des gaz à effet de serre qui accélèrent le réchauffement de l’Arctique et installent les conditions pour de nouveaux embrasements spontanés dans les forêts boréales et sur la toundra.

Les incendies records et la déforestation observés cet été soulèvent ainsi des enjeux climatiques globaux très préoccupants. Si la destruction des forêts tropicales et boréales continue de s’accélérer, en nous privant de leur action de régulation du climat, elle pourrait ainsi remettre en cause les efforts en cours de lutte contre le changement climatique.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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