Les technologies immersives peuvent-elles accompagner le développement ? Gabo Arora a fondé le laboratoire de réalité virtuelle des Nations unies et produit des documentaires primés. Son but : optimiser l’impact social des technologies immersives.

Qu’est-ce que la technologie immersive apporte au secteur du développement international ?

Je me concentre toujours sur l’humain dans les histoires. Et je m’intéresse aux aspects d’un problème que je trouve insaisissables pour les médias traditionnels. La technologie immersive permet de saisir ou d’amplifier ces deux éléments qui sont essentiels au développement international. La réalité virtuelle ou technologie immersive permet une compréhension intime et subtile. Elle encourage l’empathie. Les médias traditionnels véhiculent énormément de fausses idées et de stéréotypes sur les réfugiés ou les personnes les moins « privilégiées ». Grâce à la réalité virtuelle, nous pouvons montrer ce à quoi ressemble la vie des gens de manière plus complète et plus nuancée. Ce qui est encore plus important, c’est que nous pouvons les laisser s’exprimer. Leur permettre de nous inviter dans leur monde.

 

Quelles sont les principales applications de la réalité virtuelle ?

La réalité virtuelle peut s’appliquer à tout ou presque. Et tout le monde constitue un potentiel public cible. Faire l’expérience de la réalité virtuelle pour la première fois, peu importe le contenu visionné, c’est être téléporté. Que les contenus de mes films soient significatifs et pertinents dans de nombreux débats politiques et dans de nombreux pays stupéfie les gens qui les voient. Ils me font souvent remarquer qu’ils ne s’attendaient pas du tout à vivre cela. Beaucoup ressentent une connexion qu’ils n’anticipaient pas avec une personne qu’ils pensaient très différente d’eux. L’humanité partagée est ce qui les émeut le plus.

 

 

Comment utiliser la réalité virtuelle pour créer une histoire immersive qui pousse à agir ?

En combinant une narration puissante à cette nouvelle technologie qui a la capacité de nous transporter. Les gens se concentrent souvent sur la technologie, mais c’est la manière créative de s’en servir qui lui donne ce pouvoir si particulier. Tous mes travaux ont été partagés avec les communautés locales. Nous communiquons régulièrement avec elles sur l’impact des films. Il est de ma responsabilité de les tenir informées du fait que leur histoire est parvenue jusqu’aux décideurs, que des personnes qui en temps normal n’en auraient rien su en ont fait l’expérience virtuelle et que cela les a poussé à agir.

« Nous devons nous servir de la technologie immersive pour les grandes causes. Nous devons considérer la technologie comme un droit, plus que comme un produit. »
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Comment avez-vous convaincu l’ONU d’intégrer la réalité virtuelle dans sa stratégie de communication ? Comment s’est déroulée votre collaboration ?

L’ONU s’est montrée convaincue lorsque j’ai prouvé l’impact social de la réalité virtuelle. Et lorsqu’elle a compris qu’il s’agissait d’une toute nouvelle façon de communiquer ses principaux messages. Un nouveau moyen de collecter des fonds et de gagner en reconnaissance, ça motive ! Par ailleurs, la plupart des personnages de mes films ont été choisis grâce au soutien de l’ONU, ou par la USC Shoah Foundation, en ce qui concerne le film The Last Goodbye.

Je cherche des personnes qui font preuve d’une forme de sagesse et de résilience qui suscite la curiosité et l’envie d’apprendre, des personnes qui inspirent les autres par leur courage. Je reste en contact avec toutes les personnes avec lesquelles nous travaillons et elles sont souvent les premières à voir les films. Nous recevons leurs retours et nous nous assurons qu’elles considèrent que leur histoire est racontée de la meilleure façon possible.

 

 

Quel est l’impact social de vos films en réalité virtuelle ?

Tous nos films ont une stratégie d’impact et nous travaillons beaucoup pour mesurer cet impact.

Clouds Over Sidra, un court-métrage en réalité virtuelle sur la crise des réfugiés syriens sorti en 2015, est intégré aux efforts de collecte de fonds de l’UNICEF menés dans 40 pays et a été traduit en 15 langues. Il a permis de doubler la fréquence des dons de manière constante depuis novembre 2015. My Mother’s Wing, notre film de réalité virtuelle sur Gaza, a été présenté en première mondiale à l’université de Tel-Aviv en 2016. Il a aussi été projeté dans les rues d’Israël, ce qui a permis à de nombreuses personnes de prendre conscience d’une situation qui se déroule juste à côté d’eux, mais dont ils sont séparés compte tenu de l’histoire du conflit. The Last Goodbye, sorti en 2017, est notre premier film de réalité virtuelle à l’échelle d’une pièce. C’est aussi le premier témoignage d’un survivant de l’Holocauste à être archivé par la USC Shoah Foundation pour les générations futures.

 

Existe-t-il des freins éthiques ou des réticences à élaborer des récits basés sur la technologie immersive ou la réalité virtuelle ?

Avec la réalité virtuelle, on prend la main sur la conscience d’une personne – il faut en user avec respect. Je pense que nous devons revoir nos attentes vis-à-vis de ces technologies, de ce qu’elles peuvent nous apporter ou apporter à la société. Cela me semble plus nécessaire que jamais compte tenu de la rapidité avec laquelle ces technologies font irruption dans nos vies. Nous devons nous en servir pour les grandes causes. Nous devons considérer la technologie comme un droit, plus que comme un produit. Elle a la capacité de renforcer notre humanité, de nous connecter davantage les uns aux autres, d’améliorer et de renforcer nos communautés. La réalité virtuelle va transformer chaque aspect de nos vies. Il y a peu de doutes à ce sujet. C’est pourquoi il est important que nous continuions à penser ses utilisations sociales, et non seulement ses utilisations à des fins lucratives et de divertissement.

 

 

Quelles sont les futures applications possibles de la réalité virtuelle en matière de développement international ?

Je crois que la formation est l’aspect le plus intéressant et pourtant le moins utilisé de la réalité virtuelle, et sans doute celui qui profiterait le plus au secteur. Les changements de comportement imputables à la réalité virtuelle sont incroyables, selon des recherches menées à l’Université de Stanford. Elle a déjà été utilisée pour combattre les préjugés raciaux, avec des victimes de violences sexuelles ou pour traiter des personnes souffrant de stress post-traumatique. Il reste beaucoup à explorer.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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