Le secteur privé peut permettre de répondre au déficit électrique qui freine le développement économique de l’Afrique subsaharienne. Les initiatives existantes l’attestent. Pour l’aider à se développer les Etats doivent améliorer leur planification et surtout facturer l’électricité à son juste prix.

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Le secteur privé, réponse au déficit électrique

En Afrique subsaharienne, la faiblesse de la production électrique limite l’accès des populations à un service de base et constitue un frein important au développement économique de la région. Les financements nécessaires pour augmenter les capacités installées sont considérables. Ils ne peuvent reposer uniquement sur les États. Le secteur privé semble donc tout indiqué pour répondre à ce besoin de financement. Sa part dans la production électrique reste toutefois marginale. Car beaucoup de pays n’ont pas pu (ou pas voulu) engager les réformes nécessaires au développement du secteur privé – l’énergie reste un secteur hautement stratégique et très sensible d’un point de vue social. De leur côté, les entreprises privées hésitent à investir dans des environnements qu’elles jugent peu transparents. Elles ont souvent comme unique client des sociétés nationales d’électricité peu solvables – ce qui n’encourage pas la prise de risque. Et pourtant, les exemples du Kenya, de l’Afrique du Sud ou de la Côte d’Ivoire montrent que le secteur privé peut apporter un réel savoir-faire technique et favoriser la diversification du mix énergétique. Sans compter qu’il est souvent plus performant que le secteur public. Certes, le coût de production « privé » est parfois plus élevé ; mais les études montrent qu’il est toujours préférable, d’un point de vue économique, de produire cher que de ne pas produire du tout.

Ce que peuvent les États

Les États doivent avant tout assainir l’état financier des sociétés nationales d’électricité. Pour cela, il faut vendre l’électricité à son juste prix. Les autorités publiques rechignent en général à facturer son prix réel – notamment pour des raisons sociales. Mais cette approche, si elle peut sembler légitime, n’atteint pas forcément son but : les subventions qu’elle implique ne bénéficient pas toujours à ceux qui en ont le plus besoin. Sans compter le fait qu’elle n’est pas viable à long terme : un opérateur public qui ne peut couvrir ses coûts n’a pas les moyens d’augmenter ses capacités de production, ce qui l’oblige à recourir à de coûteux générateurs d’urgence plus chers qui aggravent encore sa situation financière. Les autorités publiques doivent également créer un cadre de concurrence et contractuel clair et lisible, reposant sur la présence d’un régulateur indépendant, des processus transparents d’attribution des marchés et sur la séparation des fonctions de distribution, de transport et de production. Ces éléments rassurent les investisseurs, et sont indispensables pour assurer l’équilibre entre la rentabilité des acteurs privés, d’une part, et l’impact économique et développemental des projets pour le pays, d’autre part.

Sortir de l’urgence

Les États doivent aussi concevoir des plans de développement des capacités à moindre coût et à moyen terme – il est indispensable de sortir de l’urgence. Les coûts de production des producteurs indépendants sont réputés pour être comparativement élevés. C’est vrai quand ces projets sont développés dans l’urgence pour pallier un déficit de capacité mal anticipé. Mais quand ils s’intègrent dans un plan de développement à long terme et qu’ils ne se substituent pas à des projets publics moins chers, leur impact est tout à fait positif. La planification permet également aux États d’investir sur des options de long terme, comme les énergies renouvelables, qui ont l’avantage d’améliorer l’indépendance énergétique des pays mais nécessitent des investissements importants en amont. Le chemin à parcourir est encore long ; la prise de conscience de l’intérêt que présente le secteur privé prend du temps. Dans ce contexte, le rôle des bailleurs de fonds reste essentiel pour soutenir les projets du secteur privé et accompagner les États dans la mise en place d’un cadre favorable au développement des producteurs indépendants d’électricité.

NDLR : Cette tribune émane du numéro 18 de la revue Secteur Privé et Développement, réalisée par Proparco.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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