La gestion des écosystèmes dans les milieux marins, agricoles et forestiers est primordiale face au défi climatique, souligne Laura Buis. Elle peut soit amplifier soit atténuer le réchauffement climatique global et ses impacts.

Même en maintenant la hausse des températures moyennes en dessous de 2 °C d’ici la fin du siècle, 25 % des espèces animales et végétales pourraient disparaître dans les régions les plus riches en biodiversité. Ici, un "Rouleau Indien", Parc National de Kanha, Inde. UN Photo/John Isaac / Flickr Cc
Même en maintenant la hausse des températures moyennes en dessous de 2 °C d’ici la fin du siècle, 25 % des espèces animales et végétales pourraient disparaître dans les régions les plus riches en biodiversité. Ici, un "Rouleau Indien", Parc National de Kanha, Inde. UN Photo/John Isaac / Flickr Cc

Les questions de lutte contre le changement climatique et d’érosion de la biodiversité sont souvent abordées de façon cloisonnée. Et pourtant, elles sont indissociables l’une de l’autre car les écosystèmes terrestres et marins façonnent le climat, et en dépendent. À l’aube de l’année 2020, placée sous le signe de la préservation de la biodiversité dans l’agenda politique international, il est urgent de replacer ces écosystèmes en tant qu’élément de réponse essentiel dans la lutte contre le changement climatique.

 

Partout dans le monde, les écosystèmes se dégradent

C’est l’un des messages les plus alarmants du rapport de l’IPBES. Selon ses auteurs, la planète serait à l’aube de la sixième extinction de masse, la première dont l’homme est responsable.

Les scientifiques indiquent que « nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier ». Tout en ajoutant qu’«il n’est pas trop tard pour agir mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial ».

Les principales pressions qui pèsent sur les écosystèmes proviennent des activités économiques, de l’extension des cultures et des pâturages, des pratiques agricoles et forestières non durables, de l’expansion urbaine ainsi que du développement des infrastructures et industries extractives. Toutes engendrent directement la dégradation des terres et de la biodiversité.

 

Le changement climatique, facteur de dégradation supplémentaire

Liée au doublement des émissions de gaz à effet de serre, la hausse des températures moyennes d’au moins 0,7 °C à l’échelle de la planète depuis 1980 entraîne des bouleversements majeurs sur les écosystèmes : perturbation des saisons de végétation, modification des aires de répartition des espèces, disparition des espèces et des habitats naturels, acidification des océans et blanchissement des récifs coralliens, perte de diversité génétique, etc.

Selon une étude du WWF, même si nous parvenions à respecter les engagements pris en 2015 dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat en maintenant la hausse des températures moyennes en dessous des 2 °C, des pertes massives de biodiversité auraient lieu. 25 % des espèces animales et végétales pourraient ainsi disparaître dans les régions les plus riches en biodiversité et ce chiffre atteindrait même près de 50 % si le climat se réchauffait de 4,5 °C. En cause : l’incapacité de ces espèces à s’adapter suffisamment rapidement au changement des conditions climatiques, l’impossibilité de migrer à temps vers un habitat plus adapté et la pénurie de ressources.

 

Le maintien d’écosystèmes fonctionnels, une partie de la solution

Au-delà de la perte « biologique » massive, la dégradation des écosystèmes entraîne :

  • une augmentation des émissions de gaz à effet de serre et la réduction des fonctions de séquestration du carbone de la biosphère (océan, sols et forêts), accentuant ainsi le réchauffement climatique ;
  • une augmentation des impacts des événements climatiques extrêmes comme les inondations, les sécheresses, les canicules, les tempêtes.

Source : IUCN, 2019, « Nature-based Solutions for Climate Change Adaptation & Disaster Risk Reduction »

 

Il s’agit donc d’un véritable cercle vicieux. Mais posons le problème sous un angle différent : la manière dont nous allons gérer les écosystèmes – notamment dans les milieux marins, agricoles et forestiers – peut amplifier ou atténuer le réchauffement climatique global et ses impacts.

Les écosystèmes et leur préservation font en effet partie de la solution vis-à-vis de la question climatique. D’après l’IPBES, 30 % des émissions de gaz à effet de serre sont aujourd’hui éliminées par les écosystèmes (océans, sols et forêts).

Ils jouent également un rôle de protection en servant de tampon pour le climat local en réduisant les impacts des événements climatiques extrêmes comme les tempêtes, les sécheresses et la montée du niveau de la mer. Par ailleurs, ils fournissent des services essentiels pour aider les hommes à s’adapter : régulation de la qualité de l’air et de l’eau, régulation de la fertilité des sols, lutte contre les maladies, etc.

 

Des écosystèmes multiservices à préserver

Prenons le cas des zones humides côtières. Mangrove, marais et herbiers côtiers, tous ces écosystèmes stockent l’équivalent de 200 millions de tonnes de carbone chaque année. Cela représente les émissions de 150 millions de voitures. Le processus de photosynthèse permet de produire de la matière végétale à partir de l’énergie du soleil et du CO2 présent dans l’atmosphère. Cette matière végétale (racines, feuilles, branches, etc.) se décomposera ensuite dans les sols sous forme de matière organique riche en carbone.

Par ailleurs, ces écosystèmes rendent de nombreux services. Ils réduisent la puissance des vagues et donc l’érosion du littoral souvent aggravée par le changement climatique. Ils participent à l’épuration des eaux en agissant comme un filtre, servent de nurserie pour les espèces juvéniles car les prédateurs ne peuvent pas passer entre les racines des palétuviers. Enfin, ils assurent l’approvisionnement des populations locales en matériaux de construction, en aliments et même en médicaments.

Or, dans de nombreux cas, ces écosystèmes sont détruits ou dégradés par les activités humaines : aménagement d’espaces agricoles, construction d’hôtels, pollutions, etc. Cette dégradation bloque l’action de pompe à carbone nécessaire pour éliminer une partie des gaz à effet de serre de l’atmosphère. Parfois même, elle libère le carbone stocké dans les sols et la végétation. Au final, ces écosystèmes ne sont plus en mesure de jouer leur rôle de protection du littoral et de fournir les autres services écosystémiques.

 

Trois niveaux de réponse au problème climatique

En croisant les recommandations du GIEC et de l’IUCN (International Union for Conservation of Nature), nous pouvons définir trois niveaux de réponses au problème climatique basées sur des écosystèmes, aussi appelées « solutions fondées sur la nature » :

  • la préservation d’écosystèmes fonctionnels et en bon état écologique ;
  • la gestion durable des écosystèmes pour les activités humaines (agriculture, pêche, aménagement du territoire, etc.) ;
  • la restauration d’écosystèmes dégradés.

En tout état de cause, limiter la hausse des températures moyennes de 2 °C en 2100 est indispensable pour préserver la biosphère. L’efficacité de ces solutions fondées sur la nature dépend fortement de notre capacité à maintenir le niveau de réchauffement global : plus les impacts du changement climatique seront importants, moins les écosystèmes auront la capacité de s’adapter et, par conséquent, de remplir leurs fonctions de régulation du climat et de protection.

On ne le répétera donc jamais assez : il est urgent d’agir pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Mais cet effort passera également par une exploitation durable des ressources naturelles.

L’année 2020 sera celle de la convergence entre les agendas internationaux sur le climat et sur la biodiversité avec, entre autres, le Congrès de l’UICN, la COP15 biodiversité à Kunming (Chine) et la COP26 climat en fin d’année. Ces jalons politiques seront autant d’occasions pour la communauté internationale de prendre de nouveaux engagements ambitieux autour de ces deux enjeux. Des enjeux, on l’aura compris, indissociables l’un de l’autre.

 

 

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