La marque de savon Lifebuoy du groupe Unilever est au cœur d’un partenariat public-privé de développement visant à promouvoir des gestes essentiels d’hygiène, comme le lavage des mains au savon, dans des zones rurales du Bangladesh et du Pakistan.

Avinish Jain, Social Mission Manager, Lifebuoy, Unilever.
Avinish Jain, Social Mission Manager, Lifebuoy, Unilever.

Unilever entend améliorer les comportements en matière d’hygiène d’un milliard de personnes d’ici 2020 grâce à sa marque de savon Lifebuoy. En 2014, la société a rejoint un consortium financé par le département de Développement international du Royaume-Uni (DfID, Department for International Development) visant à améliorer la santé et l’hygiène de 6,6 millions de personnes au Bangladesh et au Pakistan. Quels enseignements peut-on tirer de ce partenariat public-privé (PPP) jusqu’ici ? Découvrez quelques éléments de réponse dans notre entretien avec Avinish Jain, responsable de la mission sociale Lifebuoy chez Unilever.

Comment est née l’idée de ce partenariat ?

Le DfID a lancé un appel d’offres pour le financement d’un projet destiné à améliorer le secteur Eau, Assainissement et Hygiène (WASH, Water, Sanitation and Hygiene) dans des pays spécifiques, notamment au Pakistan et au Bangladesh. Il encourageait les candidatures basées sur un consortium de partenaires publics et privés pour le financement, afin d’optimiser l’impact de ces programmes de développement.

Lifebuoy dirige l’un des plus grands programmes au monde de sensibilisation aux bonnes pratiques d’hygiène – axé sur le lavage des mains – grâce à son modèle fondé sur des données et largement éprouvé. Forts de cette expérience et compte tenu de notre objectif d’agir dans l’intérêt public en sensibilisant un milliard de consommateurs aux bonnes pratiques d’hygiène, nous étions en contact avec plusieurs ONG intéressées par un projet de partenariat public-privé en faveur du développement. Nous avions déjà collaboré avec des organisations, mais ce projet de consortium était le premier du genre pour Lifebuoy. Nous avons alors décidé d’élaborer une offre commune avec Plan International et WaterAid. La première est une ONG spécialisée dans l’amélioration des conditions de vie des enfants, la seconde améliore l’accès à l’eau salubre, à l’assainissement et à l’hygiène. Ces deux organisations s’appuient sur d’importantes activités de sensibilisation communautaire et de solides relations avec les gouvernements.

Quel est le principal objectif de ce partenariat ?

Le principal objectif est de promouvoir l’utilisation durable des toilettes hygiéniques par les ménages et le lavage des mains au savon aux moments clés auprès des communautés rurales du Pakistan et du Bangladesh. Au total, le programme cible 6,6 millions de personnes. La contribution de Lifebuoy doit changer les comportements en matière d’hygiène de 4,1 millions de personnes au Bangladesh et de 750 000 personnes au Pakistan.

Les partenaires du consortium travaillent actuellement de concert pour élaborer un projet WASH ayant un impact tangible, mesurable et durable, capable à terme d’améliorer la santé et le bien-être des communautés ciblées. Le lavage des mains compte parmi les investissements les plus rentables que l’on puisse faire en matière de santé publique. L’année de vie corrigée du facteur invalidité (AVCI) est une unité de mesure qui combine le nombre d’années de vie perdues plus le nombre d’années de vie vécues avec un handicap, afin de définir la charge globale d’une quelconque maladie. Ces données nous aident à mesurer l’efficacité des interventions sanitaires et à les comparer. Il a été démontré que le lavage des mains au savon constitue l’un des moyens les plus efficaces pour prévenir des AVCI associées à des maladies diarrhéiques et à la pneumonie, les deux principales causes de décès chez l’enfantLifebuoy vise à promouvoir le lavage des mains et à produire un impact sur la mortalité infantile en réduisant les maladies évitables telles que la diarrhée et la pneumonie.

Quel est votre intérêt à participer à un tel consortium ?

Un consortium permet à chacun des partenaires d’apporter son expertise respective.

Changer les comportements relatifs à l’hygiène des mains exige des efforts de collaboration considérables de la part de tous les secteurs de la société afin de faire évoluer des habitudes profondément ancrées. Aussi les partenariats public-privé s’avèrent-ils efficaces grâce à une approche plus holistique des programmes en la matière. En partageant nos compétences et nos expériences avec nos partenaires à travers des activités et des campagnes d’information, nous continuons de renforcer l’expertise en matière de sensibilisation du public à l’importance du lavage des mains au savon et de l’évolution des comportements. Nous travaillons ensemble dans le but de communiquer auprès des populations les plus difficiles à atteindre, d’influencer les politiques déterminantes pour inculquer les bonnes pratiques d’hygiène des mains à grande échelle et de suivre et d’évaluer nos programmes. Lifebuoy a pu développer ses programmes en œuvrant avec les gouvernements, les écoles et les enseignants. Les partenariats de ce type aident à mettre en œuvre des modèles durables.

Selon vous, comment les partenariats public-privé peuvent-ils contribuer à résoudre des problèmes de développement et de santé publique ?

Les diverses organisations et institutions ont une expérience et une expertise dans certains créneaux. Or tous les problèmes de santé publique ont de multiples composantes ; travailler de concert avec des partenaires de différents horizons autorise une approche plus globale du problème.

Le secteur privé a une bonne compréhension des consommateurs qui, conjuguée à de solides compétences en marketing, lui permet de trouver des solutions innovantes.

De leur côté, les ONG ont une connaissance approfondie de la réalité du terrain et des normes et sont rompues à la collaboration avec les gouvernements à travers leurs réseaux étendus. Elles peuvent aussi largement influencer les politiques.

En utilisant ces leviers, les partenariats public-privé peuvent combiner différentes perspectives et compétences pour produire l’impact de développement réel et durable visé par ce type de programmes. Les programmes peuvent être davantage mis en phase avec les consommateurs, adaptés à l’échelle locale et générer un effet bien plus important. Moyennant une planification minutieuse, ils réunissent les meilleurs acteurs de chaque secteur, des responsables politiques aux experts marketing en passant par les spécialistes des mesures, préparant ainsi le terrain à des interventions réellement efficaces.


 

Qu’est-ce que Lifebuoy a apporté à ce partenariat public-privé ?

Lifebuoy apporte son expertise en matière de marketing et de changement de comportement, sa connaissance des consommateurs et une couverture géographique considérable. Leader mondial du savon antibactérien[1], la marque est présente dans plus de 58 pays. Notre programme « L’école des 5 » (« School of 5 ») a changé les pratiques des enfants d’Asie, d’Amérique latine, d’Afrique et du Moyen-Orient en matière d’hygiène des mains. Depuis 2010, nous inculquons ces notions à plus 337 millions de personnes. Notre modèle de changement de comportement a été développé par un ensemble de spécialistes des enfants, d’universitaires et d’experts en marketing et en santé publique. Il a été soumis à des évaluations et est fondé sur des résultats probants.

Grâce à nos innovations constantes telles que le savon qui change de couleur après le temps de lavage nécessaire, nous stimulons ce geste et le rendons plus ludique pour les enfants, ce qui les incite à prendre de bonnes habitudes dès le plus jeune âge. Nous diffusons des messages sur l’hygiène et la protection contre les germes dans toutes nos opérations marketing en nous assurant qu’ils soient percutants et faciles à comprendre. En tant que partie intégrante d’un grand groupe, nous avons également accès à des capacités de recherche importantes, aux chaînes d’approvisionnement et à la logistique, ainsi qu’à des processus efficaces et à une expertise de la gestion. Enfin, Lifebuoy a beaucoup d’expérience dans l’organisation de projets de grande envergure et aux délais serrés, un atout inestimable pour les interventions dans le domaine du développement et de la santé publique.

Quels sont les défis à relever pour mener à bien un partenariat public-privé ?

Il convient de s’assurer que vous poursuivez le même objectif que vos partenaires et de reconnaitre les différentes expertises que chacun apporte au projet. Notre consortium public-privé a été centré principalement sur l’amélioration de l’hygiène et d’autres comportements WASH, notamment le lavage des mains au savon, et cet objectif commun impliquait la volonté de collaborer dans l’intérêt du programme et de ses bénéficiaires, malgré nos méthodes de travail différentes. Cela importait plus que tout.

Il est essentiel de s’entendre, le plus en amont possible, sur les paramètres, le langage, les résultats escomptés, les contingences et les mesures, et de prévoir le temps nécessaire pour la prise de décisions concertées. Mais il est aussi très important de bien comprendre ses partenaires, ainsi que leurs objectifs secondaires. Par exemple, Plan International possède sa propre politique relative aux enfants sur laquelle on nous a demandé de nous aligner. Chaque partenaire doit connaitre les objectifs secondaires des autres partenaires, pour que chacun soit satisfait.

Cette première expérience a été très formatrice au niveau de la communication et de la collaboration et nous tiendrons compte de ces enseignements dans les projets à venir. Par exemple, il convient de définir clairement ce que votre organisation entend par résultats souhaités. Dès le début de la collaboration, on doit communiquer souvent et efficacement afin d’éviter toute confusion et d’aborder les problèmes potentiels.

Idéalement, il faut bien communiquer avec les bailleurs de fonds afin de pouvoir ajuster son approche au fur et à mesure que le projet évolue et que l’on découvre immanquablement (!) des réalités inattendues.


 

Pourquoi l’hygiène est-elle est un indicateur important pour les Objectifs de développement durable ?

Nous avions préconisé d’inclure un indicateur d’hygiène dans la version finale des Objectifs de développement durable (ODD) parce que le lavage des mains au savon est l’une des interventions les plus rentables et efficaces en matière de santé publique.

L’introduction d’un tel indicateur permettra d’inscrire le lavage des mains au savon parmi les priorités des politiques nationales et locales dans le monde et d’en faire une mesure préventive courante plutôt qu’un sujet de réflexion après coup. Le volet « Hygiène » des programmes WASH ne doit pas être oublié. Il a une incidence sur le bien-être des individus et des communautés, mais également sur l’économie et les résultats scolaires. Il s’avère réellement essentiel pour des milliards de personnes.


 

[1] Cf. Nielsen : Scantrack and Retail Index Services for the Skin Cleansing Category (Bar, Liquid Soap, Shower): Anti-Bacterial/Health Brands Volumes Sales 12 months to March 2015.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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