Secteur Privé & Développement a consacré son numéro 22 à ce sujet. Ci-dessous un extrait des enseignements du Numéro, par Fanette Bardin, rédactrice en chef de la revue, Alice Lucas et Loïc Perret, chargés d’affaires chez Proparco.

Secteur privé 22

De récentes avancées technologiques ont permis de mettre au point des solutions performantes, fiables et plus compétitives pour réduire l’impact carbone de nos économies. Mais leur déploiement à grande échelle dans les pays du Sud se heurte au manque d’expertise locale, aux carences des cadres de régulation et à l’insuffisance des financements locaux et internationaux – un enjeu éminemment critique. La transition vers des sociétés bas carbone nécessite en effet des investissements conséquents, estimés à plus d’un millier de milliards de dollars par an d’ici 2035. Or ces montants sont aujourd’hui loin d’être atteints, malgré la forte croissance des investissements privés – qui représenteraient aujourd’hui deux tiers des financements – et la création du Fonds Vert.

Au vu des enjeux et des montants à mettre en oeuvre, l’architecture financière du climat devra compter aussi bien sur les acteurs traditionnels de l’aide au développement que ceux de la finance « traditionnelle ». Il est en effet particulièrement important que l’industrie financière soit davantage impliquée – même si des obstacles demeurent. Les banques commerciales des pays du Sud ont en effet peu d’expérience dans le financement des projets « verts » et les carences des marchés de capitaux limitent leur capacité à soutenir de telles initiatives – alors qu’elles présentent souvent une forte intensité capitalistique. Les investisseurs interviennent, encore peu, dans la phase amont de développement des projets, et exigent un taux de rendement très élevé dans les pays en développement.

Les petites et moyennes entreprises rencontrent en outre des difficultés à accéder aux marchés financiers, alors qu’elles sont pourtant bien placées pour participer activement à la « décarbonation » de l’économie.

Malgré tout, le secteur financier s’ouvre peu à peu aux opportunités qu’offre la lutte contre le changement climatique. En témoignent par exemple le développement rapide du marché des obligations vertes ou la prise en compte – encore à ses prémices – du risque carbone et du risque climatique dans les modèles financiers traditionnels au Nord.

Enfin, des mécanismes de financements innovants voient le jour – comme par exemple les yieldcos qui permettent aux entreprises de transférer des actifs opérationnels aux marchés financiers et de réduire le coût du capital.

La puissance publique peut jouer un rôle particulièrement important pour renforcer cette dynamique et encourager la redirection des flux d’investissement privés. Les États peuvent développer des politiques publiques incitatives fortes – taxe carbone, incitations fiscales, introduction de normes d’efficacité énergétique ou de portefeuille d’énergies renouvelables, etc. – et un cadre de régulation stable et sécurisant pour les investisseurs – notamment avec des tarifs d’achat fixes. Il est en outre de leur responsabilité de réorienter l’allocation des budgets publics – qui subventionnent encore trop massivement les énergies fossiles.

L’autre enjeu majeur à ne pas négliger est le financement de l’adaptation, dimension incontournable de la réponse au changement climatique auquel les pays en développement seront particulièrement vulnérables.

Le changement d’échelle de la finance climat suppose de renforcer le dialogue entre acteurs. C’est le rôle qu’assument aujourd’hui les institutions financières de développement, en plus de leurs activités de financement. Dans des pays où les initiatives sont encore peu nombreuses, elles apportent des ressources financières de long terme essentielles. Elles peuvent aussi déployer des outils – des prêts subordonnés, par exemple, ou des garanties –, qui permettent d’atténuer les risques pour les autres financeurs. Elles peuvent par ailleurs inciter les banques à développer leurs financements « verts », en offrant des lignes de crédit dédiées. Des appuis techniques peuvent également être proposés aux développeurs de projets, aux fonds d’investissement ou aux États.

Investir dans une économie bas carbone est une condition pour garantir la sécurité et le bien-être des populations dans la durée. Mais cela ouvre également de nouvelles opportunités d’investissement pour le secteur privé. La COP21 devra adresser aux acteurs économiques et financiers un signal clair, les engageant à saisir cette opportunité et à miser durablement et massivement sur la transition vers des économies bas carbone.

 

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