Ecoliers au Burkina Faso
Ecoliers au Burkina Faso

Améliorer les conditions de vie des populations est un des objectifs visés par les actions de développement, tels que la construction d’écoles ou de réseaux d’eau potable… Lors de leur élaboration, l’attention est davantage focalisée sur le projet, ses composantes techniques, que sur les bénéficiaires. Dans certains contextes, la capacité à agir (empowerment) de la population, c’est-à-dire sa capacité à réaliser son potentiel, a pourtant été affectée. Ainsi, une expérience traumatisante, comme une guerre ou des violences urbaines, multipliera par 2 les risques de dépendance à l’alcool et par 3 ceux de dépendance à la drogue.

Dans ces environnements, apporter des services de base, tels que l’eau potable, sans accompagnement psychosocial des populations peut-il conduire à une amélioration des conditions de vie des populations ? Comment intégrer une composante psychosociale dans un projet de développement, quand celle-ci apparait nécessaire ? Cette composante complexifie-t-elle le projet ou est-elle nécessaire pour atteindre les objectifs poursuivis  par le projet ? Peut-on mener un territoire sur la voie d’un développement pérenne sans bien-être de sa population ?

Guillaume Pégon, référent technique santé mentale et protection chez Handicap International, répond à nos questions sur ce sujet.

Pourquoi Handicap International a-t-il intégré une dimension psychosociale dans ses projets de développement ?

Handicap International est une organisation de solidarité internationale indépendante et impartiale, qui intervient dans les situations de pauvreté et d’exclusion, de conflits et de catastrophes. Ces situations peuvent générer, au sein même de la population, tout un ensemble de symptômes relevant de troubles mentaux plus ou moins invalidants. De manière plus fréquente, ces situations entraînent une détresse psychologique qui trouve son origine dans le social.  En effet, on peut parler ici de pathologies sociales : ruptures de liens sociaux et familiaux, problèmes relationnels, troubles du comportement, absence de couverture des besoins de base, problèmes liées à la sécurité et à la protection, etc. Cet accompagnement est avant tout une activité relationnelle qui vise à se donner du pouvoir mutuellement.

Handicap International s’appuie sur un modèle écologique de compréhension du handicap : le processus de production du handicap. Ce modèle ne se focalise pas uniquement sur les causes ou les facteurs personnels conduisant à une situation de handicap. Il s’agit plutôt de prendre en compte la manière dont l’environnement constitue un obstacle ou devient un facilitateur pour une personne vivant avec différents types de déficiences et d’incapacités (sensorielles, physiques, intellectuelles ou psychiques). Nous avons donc choisi de travailler plus sur les effets des problèmes de santé mentale dans la vie sociale quotidienne des individus, en premier lieu sur les effets au niveau du tissu communautaire et social, que sur les causes en elles-mêmes.

La communauté possède en elle-même les ressources lui permettant de prendre soin des individus qui la composent. Nous accompagnons la communauté à réactiver, à travers par exemple des groupes d’entraide, les solidarités qui la traversent ou qui l’ont traversée. Par exemple, à l’effraction traumatique qui s’exprime de manière éclatée dans les différentes sphères de la vie quotidienne nous répondons par le renforcement du lien social et du pouvoir d’agir dans le quotidien des personnes à travers la mobilisation de différentes médiations culturelles, sociales, économiques. C’est cette manière de partir de l’environnement d’un individu pour impacter sa santé mentale que nous comprenons comme étant le « psychosocial ». Il serait cependant plus juste de parler d’approche écologique de la santé mentale.

Cette dimension est-elle intégrée dans chaque projet de Handicap International ? Si non, pourquoi ?

Nous proposons des activités psychosociales seulement lorsque les populations que nous rencontrons sont à risque ou montrent des signes de détresse psychologique. Il ne s’agit pas pour Handicap International de « psychologiser » l’aide au développement qu’elle peut proposer.

Comment Handicap International accompagne-t-elle ces populations en détresse psychologique ?

De manière générale, au premier abord, les porteurs de projets pensent que ces activités sont complexes, peu rentables et non pérennes. Par ailleurs, faire de la santé mentale et du soutien psychosocial touche à ce qu’il y a de plus intime dans l’humain. Nous intervenons majoritairement dans des contextes où la norme d’individuation dominante n’est pas celle d’un être humain qui devient lui-même par lui-même, autonome, responsable, émancipé, performant. La norme sociale est plus celle d’un être humain qui devient lui-même parce qu’il se structure à partir de codes moraux et socioculturels dont il ne cherche pas à s’extraire. Sans fétichiser les processus d’individualisation des populations partenaires de nos actions, nous tentons de partir de situations qui leur posent problèmes. Nous les accompagnons pour faire émerger des solutions, en ayant un regard attentif aux ressources disponibles, sur place, et en lien avec le plus d’acteurs locaux possibles. On se rapproche parfois de mécanismes propres au développement local. Cet accompagnement est avant tout une activité relationnelle qui vise à se donner du pouvoir mutuellement. C’est là qu’on pourrait parler d’empowerment, à la fois pour l’ONG, pour les populations en détresse psychologique, mais aussi pour les structures locales qui mettent en œuvre les actions au bénéfice de la population. Une fois cette relation établie, les deux parties sont en confiance et peuvent échanger sur des problématiques plus intimes.

En partant des problèmes en tout genre (économique, culturel, politique, familiaux, etc.) et en proposant un accompagnement centré sur la mobilisation des ressources de la communauté, pratiquer cette forme d’accompagnement psychosocial permet parfois de gagner la confiance des plus sceptiques. D’abord parce qu’ils font l’expérience, pour eux-mêmes, de ce que cet accompagnement peut apporter, notamment en termes de pouvoir d’agir. Et ensuite, parce qu’en travaillant sur les ressources de la communauté, cette approche à un impact à la fois sur la santé mentale des individus qui la composent et sur leurs ressources culturelles, sociales et économiques.

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