La pollution sonore dans les océans est méconnue, car impalpable et invisible. Pourtant, elle est ressentie par les animaux. Plus intense sous l’eau que dans les airs, elle menace la faune marine et modifie l’équilibre des écosystèmes naturels.

Plate-forme de forage en eau profonde au large de Balnapaning, en Ecosse en 2016. Stefan Jürgensen / Flickr Cc
Plate-forme de forage en eau profonde au large de Balnapaning, en Ecosse en 2016. Stefan Jürgensen / Flickr Cc

Dans les années 1950, le commandant Cousteau qualifiait les milieux marins de « monde du silence ». Aujourd’hui, les scientifiques parlent de « jungle aquatique sous-marine » : les milieux aquatiques sont devenus extrêmement sonores. Depuis le début du xxe siècle, le bruit produit par les activités humaines dans les océans n’a cessé de croître. Il constitue maintenant une forme de pollution océanique particulièrement néfaste pour la faune.

 

Des océans saturés de bruits anthropiques

Nuisances produites par les navires, sonars militaires, travaux divers, exploration pétrolière, éoliennes et hydroliennes, etc. : sous l’eau, le son est cinq fois plus rapide que dans les airs et les nuisances sonores voyagent à grande échelle.

Selon Nicola Jones de l’Overseas Development Institute, le trafic maritime ajoute 3 décibels tous les 10 ans au volume sonore des océans. Pour la chercheuse, cela équivaut à « un doublement de l’intensité sonore sous-marine ». Et les navires de grande taille ne sont pas les seuls en cause. D’après le rapport Bruit et biodiversité de l’observatoire BruitParis, il faut également prendre en compte l’industrie pétrolière et gazière dont les campagnes géophysiques et les sites d’extraction off-shore produisent des bruits assourdissants. Le secteur militaire utilise quant à lui des sonars puissants, tout comme la pêche industrielle. Enfin, l’installation et le fonctionnement des hydroliennes s’ajoutent au vacarme, avec des effets dévastateurs sur la biodiversité.

 

En mer, le bruit affecte les capacités de survie des animaux et des milieux

De nombreuses espèces de poissons et mammifères marins sont très sensibles au son et en dépendent pour s’orienter, trouver leur nourriture, localiser les prédateurs et communiquer entre eux. Or, plusieurs études scientifiques témoignent de modifications comportementales liées au bruit sous-marin anthropogénique : masquage du bruit anthropique, modifications des comportements de reproduction, de mise-bas, d’alimentation ou encore de repos et troubles des habitudes de plongées qui conduisent à l’échouage et à la mort de certains mammifères marins.

Le bruit a également des impacts sur l’état de santé des animaux. Il affecte le bon fonctionnement de leur métabolisme. La pollution sonore sous-marine est, par exemple, source de stress chronique. Une étude, menée pour la première fois à l’issue des attentats du 11 septembre 2001, prouve le lien direct entre la chute du trafic des gros navires de commerce et la baisse drastique du taux d’hormones de stress chez les baleines de l’Atlantique.

Une perte auditive est aussi imputable au bruit, comme alertent le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), OceanCare et Natural Resources Defense Council (NRDC) : « Si les animaux sont à proximité de la source sismique, celle-ci peut même provoquer des pertes d’audition et des traumatismes auditifs irréversibles. » Chez certains invertébrés, il cause aussi malnutrition et retard de croissance.

 

 

Par ailleurs, les scientifiques notent que les canons à air, utilisés dans l’industrie pétrolière, peuvent décimer un banc entier de zooplancton. Le bruit anthropique modifie ainsi les chaînons de base des écosystèmes aquatiques. De ce fait, il met à mal aussi les équilibres humains, en engendrant notamment l’infructuosité des pêches dans les zones bruyantes.

 

Faire silence : une nécessité vitale encore balbutiante

Depuis 2005, les Nations unies reconnaissent le bruit sous-marin lié aux activités anthropiques comme une source de pollution marine et une menace pour les écosystèmes marins. Toutefois, la pollution sonore sous-marine reste peu étudiée par les biologistes et les écologues car difficile à évaluer.

À ce manque de données scientifiques s’ajoutent des problématiques de gouvernance liées au statut particulier des eaux internationales. Il n’existe pas, en effet, de réglementations, de conventions ou de législations claires pour réguler la pollution sonore dans les océans. Un silence législatif que tentent de contrer des initiatives des gouvernements et de la société civile efficaces, mais isolées.

Ainsi, au sanctuaire du Pelagos, espace maritime faisant l’objet d’un accord entre l’Italie, Monaco et la France, une procédure consultative a été mise en place pour examiner les projets de travaux en mer. Du côté des associations, l’équipe de scientifiques de Oceans Initiative traque les eaux à la recherche de sanctuaires acoustiques. En France, la société Quiet-Oceans a pour mission de « développer l’exploitation des océans en harmonie avec les écosystèmes marins ». L’Organisation maritime internationale a, quant à elle, mis en place la Convention internationale pour la prévention de la pollution sonore (MARPOL). Des initiatives qui encouragent les gouvernements et les entreprises privées à lever, à leur tour, l’omerta sur les dangers du bruit.

 

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