De quoi est faite la terre que nous foulons ? Pour la FAO, la pollution des sols est une bombe à retardement largement ignorée. D’où vient-elle ? Comment la désamorcer ? Pour la Journée mondiale de sols, iD4D fait le point.

Un champ de soja en Argentine (province de Cordoba) est traité avec du glyphosate, un herbicide probablement cancérigène selon l’OMS. (Photo : DIEGO LIMA / AFP)
Un champ de soja en Argentine (province de Cordoba) est traité avec du glyphosate, un herbicide probablement cancérigène selon l’OMS. (Photo : DIEGO LIMA / AFP)

Pesticides, métaux lourds, polluants émergents, pétrole… Les substances polluantes qui imprègnent les couches supérieures de notre planète y restent, parfois très longtemps, avec des conséquences dévastatrices sur la santé, sur l’alimentation et sur la régulation de écosystèmes.

 

Pollution des sols : un danger invisible et méconnu

Sauf lorsqu’il s’agit d’une fuite de pétrole, on ne voit pas la pollution des sols. Elle consiste en la présence anormale de produits chimiques dans la terre, impossible à percevoir et quantifiable seulement à l’aide d’équipements spécifiques. Les polluants sont issus de nos activités agricoles, industrielles, extractives et militaires, de nos déchets ou de nos eaux usées. Ils sont déversés intentionnellement, dans le cas des fertilisants et des pesticides, ou par accident. Depuis quelques années, certains de ces polluants sont aussi dits « émergents » lorsqu’ils proviennent de l’industrie pharmaceutique ou qu’ils sont des perturbateurs endocriniens.

 

 

En fonction de la nature des sols et de celle des substances chimiques polluantes, le degré de gravité de la pollution varie, tout comme la durée de vie du polluant dans le sol. En 2016, une étude avait par exemple révélé un taux encore élevé de Cesium 137 dans les sols européens, trente ans après la catastrophe de Tchernobyl. Parce que les facteurs de variabilité sont grands et qu’il est difficile de déduire des tendances générales sur la pollution des sols, la seule étude globale réalisée sur le sujet date des années 1990.

Les initiatives d’évaluation nationales concernent principalement les pays développés, comme le rappelle la FAO dans son rapport Soil Pollution, a Hidden Reality : « Dans les pays à revenus intermédiaires et bas, l’absence de données et d’information rend l’un des plus grands problèmes mondiaux invisible pour la communauté internationale. » Or, l’utilisation des pesticides ne cesse d’augmenter dans les pays en développement : au cours des dix dernières années, elle a été multipliée par six au Bangladesh, au Rwanda et en Éthiopie, et par dix au Soudan.

 

Qualité des sols, santé du vivant

95 % de la production alimentaire mondiale dépend des services écosystémiques rendus par nos sols, et seuls des sols sains peuvent engendrer des stocks de nourriture de qualité en quantité suffisante. Parce qu’elle réduit les rendements agricoles et qu’elle met en péril la qualité des produits, la pollution des sols menace la sécurité alimentaire mondiale.

Parce qu’elle diffuse des substances toxiques durablement dans nos sols urbains et ruraux ainsi que dans nos eaux, la pollution des sols menace aussi la santé humaine. Les effets du chlordécone sur les populations de la Guadeloupe et de la Martinique continuent de faire l’actualité, vingt-sept ans après l’arrêt de son utilisation dans les monocultures de banane. L’étude Kannari de Santé Publique France, parue en octobre 2018, a révélé que 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais étaient contaminés. La contamination au chlordécone induit des troubles neurologiques et augmente le risque de cancer de la prostate : cette maladie est deux fois plus fréquente et plus grave aux Antilles qu’en métropole. Et avec près de 230 nouveaux cas pour 100 000 hommes chaque année, La Martinique détient le plus haut taux d’incidence de cette maladie dans le monde.

En dévitalisant les sols et en contribuant à leur acidification, les polluants chimiques dérégulent leurs fonctions écosystémiques et détruisent la biodiversité. Ce faisant, ils nous privent du troisième puits de carbone au monde et contribuent ainsi à augmenter le réchauffement climatique.

 

Dépolluer et rétablir nos sols

Comment dépolluer nos sols et valoriser les services écosystémiques qu’ils nous rendent ? Les « énormes lacunes » dans nos connaissances sur la pollution des sols dénoncées en 2018 par la FAO doivent urgemment être comblées, en finançant la mesure des taux de pollution, en évaluant leurs impacts précis et en encourageant la recherche de solutions intégrées.

Des alternatives aux pratiques agricoles, industrielles et extractives polluantes peuvent également être trouvées, par exemple en favorisant la pratique de l’agroécologie ou en encourageant, à l’instar du Fonds français pour l’environnement mondial, le développement d’alternatives aux industries extractives comme l’orpaillage sans mercure dans les Guyanes.

Enfin, la responsabilité des consommateurs dans la protection des sols ne doit pas être éludée. Dans les pays développés, changer les modes de consommation est à la portée du plus grand nombre et pourrait réduire le nombre de sites pollués en transformant la demande.

 

 

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