Le mouvement du commerce équitable moderne a vu le jour dans les années 50. Il a pris de l’ampleur il y a presque 30 ans, lorsqu’une organisation de coopération néerlandaise a créé une organisation de commerce alternatif (ou ATO pour Alternative Trade Organization) qui mit en place un système de labellisation afin de lancer des produits issus du commerce équitable sur le marché de la grande consommation. Ce système de commerce alternatif fixe le prix des produits des petits producteurs au-dessus de ceux du marché. Il leur permet de recevoir une rémunération équitable pour leur travail, d’échapper à la pauvreté et de vivre dignement. Cependant il semble désormais plus juste de parler d’un succès commercial pour le commerce équitable plutôt que d’une victoire des petits producteurs. Beaucoup de producteurs souhaitent que les fruits du commerce équitable soient redistribués à leur source : c’est pour cette raison qu’ils ont créé le Symbole des Producteurs Paysans (SPP).

© Kat N.L.M
© Kat N.L.M

Les origines du commerce équitable

Pendant des années, les coopératives agricoles d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie ont lutté pour surmonter des problèmes comme l’absence de droits d’occupation des terres, les conditions de travail proches de l’esclavage et la domination des propriétaires de plantations. Elles ont dû faire face aux méthodes d’extorsion des intermédiaires, aux atteintes aux droits humains ou des populations autochtones ainsi qu’au manque d’infrastructures scolaires et sanitaires. Elles se sont également heurtées à la répression des États et des autorités locales.

À partir des années 50, de nombreuses organisations humanitaires non gouvernementales à travers le monde ont mis en place de nouveaux canaux de distribution entre les producteurs du Sud et les consommateurs du Nord afin de remédier à ces difficultés. Ces organisations de commerce alternatif (Alternative Trade Organizations ou ATO) reposaient sur le principe de la solidarité et le principe de favoriser le commerce plutôt que l’aide (« Trade not aid ») pour le développement. Elles étaient également soutenues de façon significative par les institutions religieuses et certains mouvements politiques. Un vaste réseau de « Magasins du Monde » est apparu. Ceux-ci étaient généralement mis en place et gérés par des bénévoles ou des organisations à but non lucratif. À l’époque, l’expression « commerce équitable » n’était pas encore répandue.

Les producteurs ont éprouvé le besoin d’augmenter le volume de leurs « ventes solidaires ». Cela a été l’un des principaux ressorts pour la création d’un label de commerce équitable, une « garantie » à laquelle les consommateurs du Nord pouvaient se fier. Le label « Fairtrade Max Havelaar » est aujourd’hui la certification la plus répandue. Au début, la vente d’une très petite partie du volume des coopératives à des conditions plus intéressantes que celles du marché traditionnel n’avait qu’un impact minimal pour les producteurs : elle était en outre réservée aux produits comme le café et le cacao. Le label Fairtrade a permis l’introduction d’autres produits et d’autres marques. Les chaînes de supermarchés contribuent à diffuser le modèle de commerce solidaire et la marque du commerce équitable à un plus large public.

 

Qu’est devenu le commerce équitable ?

En marge de l’acceptation et de l’augmentation des ventes de produits du commerce équitable dans les marchés du Nord, les pratiques du commerce équitable se sont bientôt transformées en outil et en moteur importants pour le renforcement des capacités des coopératives de petits producteurs. Les producteurs ont pu vendre à meilleur prix et gagner plus. Grâce aux mécanismes du commerce équitable, comme le préfinancement des récoltes, les coopératives ont eu la possibilité de consolider leurs capacités commerciales et de production. Elles ont également été en mesure de maintenir ou de renforcer de nombreuses activités qui ont réglé d’autres problèmes sociaux et économiques, créant ainsi un cercle vertueux.

Néanmoins, parallèlement à ces résultats positifs pérennes, des changements ont affecté le système de certification du commerce équitable. Au début, le concept était exclusivement centré sur les coopératives et les petits producteurs de café et de cacao. Au fil du temps, d’autres produits ont été inclus : le thé, les bananes et les fleurs. D’autres producteurs, comme les plantations industrielles – parfois des multinationales – sont entrés dans le système. Dans un même temps, à l’autre bout de la chaîne commerciale, des entreprises multinationales ont commencé à faire leur apparition dans le commerce équitable, en tant que distributeurs, intermédiaires, et marques.

Parallèlement, l’influence des petits producteurs du Sud s’est avérée limitée dans les processus de prise de décision des organisations internationales du commerce équitable, responsables de la certification des produits. Les petits producteurs de différents produits et de différents pays ont commencé à se syndiquer dans le but d’accroître leur influence. Ils ont remporté quelques succès historiques, mais ils doivent partager leur influence avec les producteurs des plantations industrielles et les petits producteurs non syndiqués.

L’intégration accrue du commerce équitable dans les systèmes conventionnels a fait pression sur les niveaux de production et sur la fixation des prix. Les nouveaux producteurs doivent être certifiés rapidement ; et ils deviennent souvent les fournisseurs de sociétés multinationales. Alors que les grandes marques se font concurrence sur le marché de la grande consommation, elles n’ont guère envie d’augmenter les prix minimums et les primes versées aux producteurs. En même temps, les producteurs deviennent plus dépendants d’un petit nombre de centrales d’achat. En outre, le problème de concurrence déloyale se pose lorsque les plantations industrielles se mettent à vendre des produits jusqu’alors exclusivement fournis par les petits producteurs.

 

Comment rendre le commerce équitable plus juste

Un nouveau label a été lancé en 2006 : SPP, le Symbole des Producteurs Paysans (Símbolo de Pequeños Productores). Il se présente comme un groupe fédérant les petits producteurs, pour que ces derniers ne soient pas perdus de vue dans le vaste mouvement du commerce équitable. Pour les producteurs, il s’agit de la prochaine étape dans l’appropriation de la chaîne de production et la création de plus de valeur ajoutée. Le SPP vise à aider les petits producteurs à promouvoir, sur les marchés locaux et internationaux, leurs produits comme étant exclusivement issus de coopératives de petits agriculteurs.

Début 2011, le SPP est devenu une norme à part entière, certifiée par des organismes tiers, pour répondre aux besoins du marché. Actuellement, environ 60 000 familles regroupées en 60 coopératives de petits producteurs sont certifiées en Indonésie et dans 13 pays d’Amérique latine. Les achats et les ventes se sont accrus de manière constante sur les marchés locaux et ceux du Nord. L’année 2015 devrait voir la certification des premières coopératives africaines.

Le SPP se distingue principalement comme une initiative appartenant à 100 % aux producteurs. Ce sont les producteurs qui ont créé le SPP et ils le dirigent toujours dans sa totalité par le biais d’une Assemblée des producteurs. Celle-ci détermine les normes et elle est entièrement responsable de leur mise en application. Les producteurs sont responsables de l’implication des partenaires commerciaux et même de la société civile dans la prise de décision. Cette participation générale est reflétée dans la structure organisationnelle du SPP, représentée par la FUNDEPPO, la Fondation des petits producteurs organisés.

La fixation de prix minimum et de primes pour la production biologique est fondamentale pour les producteurs membres du SPP. C’est la seule manière de tenir les promesses de redistribution des bénéfices et de changements pour le commerce équitable et durable. Par exemple, pour une quantité standard de 45 kg (100 livres), le prix de vente minimum du café labellisé SPP est actuellement supérieur de 20 dollars US à celui généralement pratiqué dans le système Fairtrade. Le prix actuel de la prime bio SPP est supérieur de 10 dollars pour une même quantité de café.

Dernier point, mais pas des moindres, les obligations imposées par le SPP aux chaînes de magasins et autres distributeurs garantissent leur profond attachement au respect des petits producteurs organisés et à leurs valeurs. Les marques sont invitées à s’engager à acheter des volumes minimaux sur des périodes définies et doivent adhérer à la Déclaration de principes de SPP, à ses valeurs et à son code de conduite. Le SPP met également un frein à la concurrence déloyale en interdisant aux intermédiaires d’accumuler des stocks trop importants de produits certifiés SPP.

 

Aller plus loin

Pour les petits producteurs des coopératives et le SPP, le commerce équitable est un moteur de développement extrêmement puissant, mais seulement si les conditions suivantes sont respectées :

  1. Seul, le commerce équitable ne suffit pas. Pour être réellement efficace, il doit faire partie d’un mouvement local de personnes qui souhaitent prendre en main leur propre avenir et faire tout leur possible pour avoir une vie meilleure.
  2. Le commerce équitable ne créera pas un marché plus égalitaire ou plus juste s’il ne représente qu’un atout marketing pour les marques multinationales. Il rendra les petits producteurs à nouveau dépendants des grandes entreprises et ne parviendra pas à instaurer de profonds changements dans les rapports de force économiques.
  3. Le commerce équitable est la reconnaissance des contributions démocratiques et environnementales des producteurs en tant que bienfait pour le monde entier. La nécessité est de les soutenir en augmentant les prix, pas les exigences, pour qu’ils puissent maîtriser leur propre destin.
  4. Le commerce équitable ne peut pas à lui seul résoudre tous les problèmes du monde, pas même ceux des petits producteurs. Il faut aussi des politiques publiques avisées qui font confiance aux petits exploitants agricoles et qui investissent en eux.

Par manque d’objectif clair, le commerce équitable pourrait perdre sa légitimité face à d’autres visions pour le développement et le commerce. Nous estimons qu’il a pour objectif de créer une économie horizontale, inclusive et participative.

C’est pour cette raison que nous demandons aux consommateurs et aux professionnels qui soutiennent le commerce équitable d’aller au-delà des apparences, au-delà du simple argument marketing. Les labels de commerce équitable certifient l’adhésion à un ensemble de critères qui reflètent une vision et des valeurs associées à l’économie, au développement, à l’environnement et à la société. Les consommateurs, les intermédiaires et les distributeurs doivent analyser le type de producteurs et d’entreprises qui sont impliqués dans le commerce équitable et les changements qu’ils ou elles pourraient provoquer. Plutôt que de se contenter d’acheter des produits issus du commerce équitable, les consommateurs, les grossistes et les distributeurs devraient s’engager auprès des personnes qui sont derrière le label, afin que tout le monde prenne ses responsabilités envers les différents processus que nous souhaitons améliorer. Chez le SPP, nous croyons au pouvoir de l’organisation démocratique horizontale, et ce à tous les niveaux de la chaîne de production et du commerce.

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