Pour François Grünewald et Jean Luc Poncelet (URD), les mesures de prévention déployées en Afrique et en Asie lors de précédentes crises sanitaires doivent nous inspirer. En attendant la mise au point d’un vaccin, les gestes barrières restent plus que jamais nécessaires.

Une personne volontaire tenant une pancarte à titre de mesure préventive contre le coronavirus dans une rue de Chennai, en Inde, le 8 avril 2020. (Photo d'Arun SANKAR / AFP)
Une personne volontaire tenant une pancarte à titre de mesure préventive contre le coronavirus dans une rue de Chennai, en Inde, le 8 avril 2020. (Photo d'Arun SANKAR / AFP)

Depuis quelques mois, un minuscule agglomérat de molécules, le SARS-CoV-2, s’est mis à pénétrer des cellules humaines à travers toute la planète, se répandant par voie aérienne, d’un individu à un autre. Pour éliminer le virus, le système immunitaire du patient réagit à des degrés divers.

Certains ne s’en rendent pas compte – les asymptomatiques -, d’autres ont une symptomatologie plus ou moins forte. D’autres encore n’ont pas de réponse immunitaire suffisante ou présentent d’autres pathologies (problèmes respiratoires chroniques, cardiovasculaires, etc.) qui ne leur permettent pas de résister aux effets secondaires de l’invasion virale. Ces malades mourront chez eux, dans des maisons de retraite ou dans des unités de soins intensifs. Ce sont ces situations extrêmes (symptômes graves ou décès) et la grande capacité du virus à se transmettre qui ont changé, en quelques semaines, la vie quotidienne sur la planète en donnant lieu au confinement de plus de 4 milliards de personnes.

Alors que le monde occidental semble focaliser une grande partie de son action médicale sur la production de traitements et la recherche d’un vaccin, voire sur l’équipement des structures de prise en charge des patients, d’autres parties du monde, notamment l’Asie et l’Afrique, concentrent leurs efforts sur la prévention. Mais entre prévenir et sauver, où placer le curseur ? Face à un manque important de connaissances sur la maladie, à une forte incertitude sur la mise au point de traitements et d’un vaccin et face aux enjeux de protection des populations et des services de santé, seule l’application systématique de mesures de prévention, les gestes barrières, peut limiter la propagation de la pandémie.

 

Face au Covid-19, le confinement généralisé par défaut

En l’absence de traitements et d’un vaccin, seul le système immunitaire envahi par le SARS-CoV-2 a la capacité de l’éliminer. La médecine ne peut que soutenir les corps dans cette lutte. Or dans de nombreux pays, les structures hospitalières ont très vite été saturées, obligeant les autorités à recourir à la seule solution disponible pour réduire la tension sur les services : le confinement généralisé.

Par ailleurs, une partie de la réponse internationale a été largement inspirée par les difficultés rencontrées dans les systèmes de santé occidentaux : il fallait équiper les hôpitaux et envoyer du matériel biomédical. Mais le risque est grand de voir, comme souvent dans le passé, les squelettes de ces équipements, sophistiqués et inconnus, hanter les couloirs et cours des hôpitaux car en panne et irréparables en l’absence de systèmes de maintenance biomédicale ou sans manuels d’utilisation déchiffrables. Même si le nombre absolu de personnes ayant besoin de soins intensifs reste très inférieur à ce que l’on a vu dans de nombreux pays dits riches, il déborderait rapidement les capacités hospitalières dans des pays où le système de santé offre encore moins de lits (et surtout de lits dans les services d’urgence) par habitant. De plus, l’hospitalisation d’un patient atteint du Covid-19 dans un service sous-dimensionné, qui manque des équipements de base, représente un risque considérable pour le personnel. Enfin, la saturation du système empêche de soigner les autres pathologies et la peur d’attraper le virus au sein d’une institution médicale freine les patients qui doivent consulter. Il s’agit aujourd’hui d’imaginer d’autres solutions, simples et peu coûteuses.

 

Gestes barrières : le rôle primordial des agents communautaires

En première ligne face aux épidémies et pour diffuser les bonnes pratiques et les informations sanitaires, les agents communautaires jouent un rôle primordial dans les systèmes de santé de nombreux pays du Sud. Reconnaître leur importance, les former, leur donner les moyens d’agir et de se protéger constituent des actions prioritaires. Faute d’un traitement, la clé repose dans la capacité à venir en aide à une grande majorité des patients qui ont toutes les chances de survivre dans leur communauté, à contribuer à rompre les chaînes de transmission et, évidemment, à protéger ces échelons vitaux du bas de la chaîne de santé.

Comme l’ont prouvé les épidémies telles que le virus Ebola dans le Golfe de Guinée et en RDC, et celle du choléra au Tchad, en Haïti et au Yémen, la gestion des épidémies dépend fortement des capacités et du dynamisme des mécanismes de prévention. Celle-ci ne doit-elle pas être au cœur des stratégies de réponse ? Au vu du nombre d’individus asymptomatiques et de la forte transmissibilité du virus, le port du masque, en particulier dans les endroits clos, semble être la meilleure manière de protéger la population. Bien respectée, cette seule mesure pourrait interrompre suffisamment la transmission pour qu’elle atteigne un taux inférieur à 1. Accompagnée du lavage des mains, elle augmenterait les chances d’endiguer la propagation du Covid-19 tout en renforçant l’hygiène, laquelle est aussi indispensable face à d’autres maladies.

 

 

Ces règles de base et de prévention, simples et faciles à respecter, sont depuis longtemps pratiquées en Asie et en Afrique grâce à des campagnes de sensibilisation : affiches et visuels pédagogiques dans les marchés, les écoles, les postes de douane, mais aussi diffusion de messages simples dans des langues courantes. La généralisation de ces mesures de base de santé publique autour du lavage des mains, du port des masques et du respect des distances permettra de lutter efficacement contre ce petit mais si féroce agrégat de molécules.

 

Covid-19 : gérer l’information médicale dans un monde de rumeurs

L’ouverture soudaine du monde à toutes les informations, de manière instantanée et sorties de leurs contextes, ne donne plus le temps nécessaire à la science et aux grandes institutions internationales pour statuer sur telle ou telle information. Sa libre circulation, parfois générée intentionnellement par des groupes d’intérêt, favorise la multiplication des rumeurs, des fausses affirmations, de campagnes de calomnie, etc. Cela oblige la presse à s’en faire l’écho et conduit à une sursaturation d’informations, faisant obstacle à l’élaboration et à la diffusion des messages de prévention.

Un travail de fond avec les médias est de plus en plus essentiel pour promouvoir des débats sereins sur les risques sanitaires, sur leurs effets systémiques ainsi que sur les mesures préventives à prendre et leurs impacts possibles sur les économies et les sociétés. Il en va de la gestion des risques sanitaires dans la plupart des pays du monde.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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