Le changement climatique doit être au centre de nos préoccupations. Pourquoi ? Qu’en est-il des pays qui n’ont pas les moyens d’agir contre le changement climatique ? Quelles sont les clés de la conférence Paris Climat 2015 (COP 21) ? Andrew Steer, président et directeur général de la World Resources Institute (WRI), vous répond dans cette vidéo.

 

Pourquoi le changement climatique doit-il être au cœur de nos préoccupations ?

Le changement climatique menace pratiquement toutes les avancées dont nous avons bénéficié à ce jour et la menace est d’autant plus grave pour les populations pauvres. Par exemple, le rendement des terres agricoles pourrait chuter de 30 % en Afrique. Plus d’un milliard de  personnes pourraient être affectées par l’élévation du niveau de la mer. En outre, des centaines de millions d’entre nous seront frappés par des phénomènes météorologiques extrêmes tels que typhons ou ouragans. Le changement climatique est donc un sujet que nous devons absolument traiter de façon urgente : si nous le négligeons, cela affectera les populations, mais l’impact sur l’économie sera également très sévère. Le changement climatique aura en effet un impact extrêmement négatif sur la productivité.

 

Qu’en est-il des pays qui n’ont pas les moyens d’agir contre le changement climatique ?

Eh bien, on entend certains responsables dire : « Nous souhaitons nous attaquer au problème du changement climatique, mais nous ne disposons pas des ressources nécessaires, cela devra attendre. » C’est une affirmation insensée… Il est évident que s’attaquer au changement climatique a un coût, mais ne pas agir coutera bien plus cher encore. Nous devrions considérer l’action sur le climat non pas comme une dépense, mais comme un investissement. Prenons l’exemple des économies d’énergie : ça n’est pas gratuit, mais le retour sur investissement se fait en trois ou quatre ans. Investir dans des domaines tels que des villes plus efficientes, plus compactes… investir dans les transports en commun… Cela coûte de l’argent, mais ça se rentabilise incroyablement vite. Et pas seulement en termes d’environnement, mais aussi en termes économiques : si les gens peuvent se rendre plus vite au travail, la ville devient plus compétitive. Et cela se vérifie sur l’ensemble des secteurs de l’économie.

Si l’on prend l’exemple des zones rurales, on constate qu’il y a aujourd’hui deux milliards d’hectares – soit deux fois la superficie de la Chine – de terres dégradées. Auparavant, ces terres étaient des forêts. Désormais, ce ne sont même plus des terres agricoles, ce sont apparemment des friches sans valeur. Pourtant, si nous pouvions reboiser ne serait-ce que 150 millions d’hectares, cela représenterait l’équivalent de 100 milliards de dollars US de revenus annuels pour les populations pauvres. Cela nous permettrait de réduire d’un cinquième le déphasage en termes d’effort de réduction des gaz à effet de serre. Nous devrions donc considérer cela comme un investissement. Si nous n’agissons pas contre le changement climatique, nous mettons tout le système économique en péril.

 

Quelles sont les clés du succès de la conférence Paris Climat 2015 (COP 21)  ?

Je suis très heureux que la France assure la présidence de la COP21, car le sujet est délicat. Il est très difficile de concilier les aspects politiques et financiers.

Pour y parvenir, il faut disposer d’un ministère des Affaires étrangères de premier plan, qui soit capable d’engager le dialogue de façon diplomatique. Cela réclame également une excellente maîtrise technique du sujet. Il faut aussi disposer d’acteurs de l’aide au développement, tels que l’Agence Française de Développement, qui comprennent vraiment la façon dont les pays émergents et en développement conçoivent les choses. Enfin, il faut avoir une société civile très engagée.

Ce qu‘il faudra accomplir, au-delà d’une maîtrise des sujets techniques, est d’inspirer les leaders planétaires. Il faut absolument qu’ils comprennent que l’enjeu est énorme : ils doivent être convaincus que négocier un bon accord est une nécessité pour les citoyens de leur pays. Année après année, beaucoup des participants qui viennent négocier les accords sur le climat à la COP n’ont pas le feu sacré, la volonté de parvenir impérativement à un accord. Souvent, ils n’agissent pas toujours au mieux des intérêts du pays qu’ils représentent.

La France, qui assure la présidence, doit donc chercher à briser cette dynamique. Elle doit insuffler l’inspiration aux dirigeants mondiaux, les pousser à motiver tout leur leadership, tous leurs ministres. Les ministres des Finances, de la Planification, de l’Agriculture, de l’Énergie… tous doivent dire au ministre de l’Environnement ou des Affaires étrangères, ou à celui qui sera chargé des négociations : « Il faut que tu négocies un accord vraiment ambitieux ! »

Car un échec est toujours possible et il se peut que nous échouions : si nous n’aboutissons pas à un accord, nos petits-enfants ne nous le pardonneront jamais.

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