Fillette instalée dans le gor lors d'un déplacement
Fillette instalée dans le gor lors d'un déplacement

Dans la frange saharo-sahélienne de l’Afrique, marquée par la faiblesse et l’irrégularité des précipitations, l’élevage pastoral est l’une des seules activités productives et rentables qui puisse être développée avec succès.

L’expérience originale menée par l’Agence Française de Développement (AFD) au Tchad et au Niger depuis 30 ans fait ressortir à la fois que :

  • l’approche favorisant la mobilité des hommes et des troupeaux et renforçant le mode pastoral traditionnel est la plus pertinente et la plus robuste ;
  • l’impact de la promotion des activités pastorales privilégiant la mobilité des hommes et des troupeaux est décisif en matière de développement et de sécurité.

Au mois de mai 2013, le colloque régional de N’Djamena intitulé « L’élevage pastoral : une contribution durable au développement et à la sécurité des espaces saharo-sahéliens » est venu illustrer l’implication des autorités politiques régionales dans cette approche. En effet, la déclaration finale place au rang des toutes premières priorités « l’élevage pastoral ainsi que la mobilité des hommes et des troupeaux ».

 

Une démarche novatrice, performante et durable

La démarche de base retenue par l’AFD et privilégiant la mobilité était, au début des années 1990, novatrice et dans une large mesure hérétique car elle s’opposait à la docta « modernisante » qui visait à intensifier l’élevage en le fixant autour de forages mécanisés et en développant les cultures fourragères. Elle repose sur le fait, maintenant largement démontré, que les systèmes traditionnels pratiqués par les éleveurs (nomadisme et transhumance) sont les modes de faire valoir les plus adaptés et les plus performants dans les zones saharo-soudano-sahéliennes. Ils permettent d’ajuster, de façon permanente et avec une grande souplesse, la charge en animaux à la capacité des pâturages. Ils contribuent ainsi à éviter la dégradation dont s’assortit un séjour prolongé d’animaux sur le même pâturage. De plus, les systèmes mobiles améliorent la repousse du couvert végétal par l’effet combiné de la fertilisation par les déjections animales et du transport de graines par la digestion des animaux. Enfin, ils maximisent la production de protéines à l’hectare par rapport aux systèmes sédentaires.

Les projets d’hydraulique pastorale appuyés par l’AFD au Tchad et au Niger ont conduit à mettre en place les actions suivantes :

  • Développer des ouvrages hydrauliques dans les zones nord, et ainsi ouvrir de nouveaux pâturages pour la saison des pluies.
  • Multiplier les points d’eau (mares et puits) et les pistes de transhumance sur l’ensemble des parcours afin d’augmenter les opportunités de pâturage et de retarder la descente des troupeaux vers le sud soudanien où ils peuvent entrer en conflit avec les agriculteurs sédentaires.
  • Créer des mécanismes de concertation entre les diverses parties prenantes (éleveurs et agriculteurs) pour la bonne implantation et la bonne gestion des points d’eau et pistes, et la gestion des éventuels conflits.

Les systèmes traditionnels pratiqués par les éleveurs (nomadisme et transhumance) sont les modes de faire valoir les plus adaptés et les plus performants dans les zones saharo-soudano-sahéliennes.

Les récentes études indépendantes, et notamment celle réalisée par l’International Institute for and Environment and Development ont montré que ces interventions amènent des résultats très positifs. Elles aboutissent notamment à la création de valeur et d’emplois en faveur des éleveurs.

En moyenne, les projets dégagent une rentabilité d’environ 12 % et assurent aux éleveurs un revenu proche du double de celui qu’ils pourraient obtenir en ville pour des emplois non qualifiés.

Un rôle décisif en matière de sécurité des zones saharo-sahéliennes

Les zones sahéliennes et sahariennes de très faible densité démographique sont en général délaissées par les bailleurs de fonds et mal couvertes par les administrations nationales. C’est là une des causes majeures de l’insécurité qui s’y est développé. Les projets d’hydraulique pastorale dont l’empreinte couvre des zones de plusieurs centaines de milliers de km², assurent notamment une présence par le biais des équipes qui y opèrent. De par leur connaissance intime du milieu et leur implication dans une activité particulièrement appréciée et fortement symbolique (la création de points d’eau), ces équipes bénéficient de la confiance des riverains et contribuent à informer sur la situation réelle de sécurité et d’attente des populations.

La démarche participative mise en place pour localiser et gérer les infrastructures (points d’eau, pistes de transhumance) a permis d’établir un contact entre des éleveurs et des agriculteurs qui avaient peu l’habitude de dialoguer, et ainsi d’apaiser les tensions. Il est à noter qu’aucun conflit sanglant n’est intervenu sur les infrastructures créées par le projet depuis une quinzaine d’années (ce qui est remarquable dans les contextes tchadiens et nigériens), et que toutes les amorces de conflits ont pu être réglées par les instances de concertation crées, sans avoir à remonter au niveau de l’administration ou de la justice.

Les grandes sécheresses, qui déstabilisent les communautés pastorales en détruisant une part importante de leur cheptel, peuvent être génératrices de déstructuration du milieu et d’insécurité. Les réseaux d’ouvrages mis en place, en favorisant le repli des troupeaux en cas de catastrophe, jouent un rôle important dans la résilience et la stabilité des communautés pastorales.

Un des pré requis fondamentaux de la viabilité de l’élevage pastoral est la possibilité de liens entre espaces pastoraux saharo-sahéliens et espaces soudaniens : sans accès des animaux en saison sèche aux zones soudaniennes plus humides, le système pastoral n’a aucune viabilité ; parallèlement les agriculteurs sédentaires des zones sud enrichissent leur sols avec les déjections animales, et s’investissent de plus en plus dans des activités d’élevage en confiant leurs animaux à des bergers transhumants. Le développement durable des zones saharo-sahéliennes ne peut s’envisager en vase clos : l’histoire longue fait d’ailleurs apparaître l’existence de liens ancestraux et de systèmes d’alliances affirmés entre populations nomades et agricoles du Sud. La mobilité pastorale, qui est le cœur de cible des interventions de l’AFD, est centrée sur cette complémentarité essentielle à l’instauration d’une paix durable au sein de pays qui tous comprennent des espaces saharo-sahéliens et soudaniens.

Le développement d’actions d’appui au pastoralisme bâties suivant l’approche développée au Tchad et au Niger apparaît tout à fait envisageable dans d’autres pays de la bande saharo-sahélienne (Mali, Mauritanie, République Centrafricaine notamment). À condition d’être finement adaptées aux contextes concernés, elles pourraient constituer une stratégie à privilégier pour contribuer par le développement à la stabilisation de ces zones perturbées. Notamment parce qu’elles soutiennent la mise en place d’équilibres coopératifs pacifiés entre parties prenantes pour la gestion des communs, et créent du lien entre populations soudaniennes et sahéliennes.

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