Dans son livre Le courage de pardonner, Ndaba Mandela revient sur l’héritage de son grand-père Nelson Mandela. Il fait vivre les idéaux de ce dernier à travers la fondation dédiée à la jeunesse africaine, qu’il a co-fondée, Africa Rising Foundation.

Vingt-cinq ans après l’élection de Nelson Mandela à la présidence de l’Afrique du Sud, les inégalités sont toujours présentes, les privilèges racistes toujours d’actualité. L’héritage de Nelson Mandela a-t-il encore un écho dans la société ?

Oui ! Certes, la pauvreté et le ghetto existent toujours et le racisme est encore vivace, mais tout cela ne peut pas être surmonté en une nuit. Comment s’en débarrasser ? Le seul moyen est par l’éducation de la jeunesse sud-africaine. Distribuer de l’argent aux pauvres ne permettra pas d’éradiquer la pauvreté.

 

Est-ce la raison pour laquelle la jeunesse africaine est au cœur de la mission d’Africa Rising, la fondation que vous avez cofondée ?

Oui. La fondation Africa Rising se concentre depuis deux ans sur l’autonomisation et la montée en compétences des jeunes grâce à l’accès aux technologies, à l’éducation et au soutien à l’orientation professionnelle. L’éducation est la clé : c’est l’outil le plus puissant pour changer le monde. Celui qui permet d’éliminer les préjugés et d’alimenter les rêves des jeunes.

Notre fondation se consacre entièrement à la jeunesse africaine. Notre objectif est d’être un catalyseur et de donner aux jeunes les moyens de réussir. C’est injuste que certains jeunes n’aient pas accès à l’éducation, que, dans mon village, certains terminent leurs études secondaires sans avoir touché à un ordinateur alors qu’au Japon ou en France, ils y ont accès dès l’âge de 4 ans. Cela crée un énorme fossé dans la société. Nous essayons de leur donner des outils, notamment technologiques. L’année dernière, par exemple, nous avons conduit un programme d’accès à l’informatique dans les zones rurales, en partenariat avec Oracle, un éditeur de logiciels. Notre rôle est de donner aux jeunes les outils nécessaires pour restaurer leur fierté et leur confiance en eux en tant qu’Africains, et pour comprendre leur histoire et de leur culture.

 

 

Quelles sont les priorités pour la jeunesse africaine ?

Avec l’inflation récente, il est devenu de plus en plus difficile pour les pauvres de se nourrir. Quand je demande à la jeunesse africaine ce que la réussite veut dire, elle répond : gagner de l’argent, travailler dans un bureau climatisé. Mais les jeunes oublient que la terre sur laquelle ils marchent chaque jour peut être source de richesses et d’empowerment par le commerce agricole, les récoltes, le bétail. Nous devons les former et leur donner les compétences. Nous avons lancé il y a deux ans un programme intitulé A Million Food Gardens for Mandela. Nous défendons la sécurité alimentaire en mettant en avant l’agriculture familiale. Nous avons obtenu que des entreprises achètent des tonnes de semences pour les distribuer aux ménages ruraux.

L’économie est le chantier le plus pressant en Afrique du Sud et sur le continent africain. Nous devons nous concentrer sur les industries clés pour accéder à l’indépendance économique. Économiquement, nous ne sommes pas une nation indépendante. Qui produit nos céréales ? nos costumes ? nos bus ? Des entreprises américaines, italiennes, françaises. Nous devons faire pousser notre propre nourriture, avoir nos propres horlogers, nos propres tailleurs, nos constructeurs automobiles et nos entreprises de bâtiment. Actuellement, nous ne faisons que rendre l’argent à ceux qui sont déjà aux commandes du système. Les Africains doivent être les créateurs de leurs propres produits et services. Nous avons besoin d’entreprises africaines. Il ne tient qu’à nous de nous assurer que nous sommes les principaux bénéficiaires du développement de l’Afrique, à la place des sociétés multinationales.

 

Dans votre livre, il est écrit que vous souhaitez développer un programme pour former « 100 Mandela », de quoi s’agit-il ?

Nous voulons voir émerger cent Mandela dans les prochaines années. Nous voulons inspirer la jeunesse africaine et l’inciter à diriger dans l’esprit de Nelson Mandela. Mandela était un homme doté de vision, d’intégrité, de persévérance, de résilience, de discipline, d’humilité et d’une haute estime pour le service public. Être leader ne signifie pas être le meilleur, mais travailler au service de la communauté.

Nous voulons créer un modèle qui puisse être répliqué car le monde entier a besoin de dirigeants comme Nelson Mandela, pas seulement l’Afrique du Sud. Actuellement, nous collectons des fonds. Nous souhaitons créer des partenariats avec des universités, et des entreprises technologiques, et créer une plate-forme numérique sur laquelle les jeunes pourront postuler grâce un simple téléphone portable. Le programme sera lancé cette année. Nous voulons sélectionner les dix premiers jeunes et travailler avec eux en Afrique du Sud dès 2020.

 

 

Votre nom est-il un bon levier pour trouver du soutien ?

Oui, bien sûr. Il me permet de pousser certaines portes. Mais dès qu’une porte s’ouvre, je dois proposer quelque chose d’extraordinaire ! C’est à la fois un avantage et un inconvénient, mais j’estime que le résultat est plus positif que négatif. La pression est grande parce que les gens veulent que je marche dans les pas de Nelson Mandela. C’est mon devoir et ma responsabilité.

 

Quel changement souhaitez-vous personnellement voir advenir durant votre vie ?

Je veux voir l’unification de l’Afrique. Je veux voir davantage de commerce entre les États africains. Je veux voir l’éradication du système de visas en Afrique. Les deux nations les plus puissantes d’Afrique sont le Nigeria et l’Afrique du Sud. Si ces deux pays s’unissent culturellement, diplomatiquement et économiquement, le processus d’unification du continent commencera. Culturellement, nous avons déjà commencé à nous associer par la musique et le sport, deux langages universels, deux outils très puissants pour unir les populations.

 

 

Quels sont les préjugés sur l’Afrique que vous voulez éradiquer ?

L’Afrique continue à être vue comme un territoire de guerres, de pauvreté, de maladies, de dictateurs. Le seul point positif, ce sont les safaris. C’est ce que pensent les Européens, soyons honnêtes. Nous devons encourager le monde entier à venir en Afrique. Vous voulez investir ? gagner de l’argent ? Venez en Afrique car les cinq économies les plus dynamiques du monde s’y trouvent !

 

Pensez-vous que la commission de la vérité et de la réconciliation est allée assez loin ?

La commission de la vérité et de la réconciliation a essayé de rassembler deux camps opposés, les responsables et les victimes de l’apartheid, et a proposé un processus  dit de « justice reconstructive ». Des auteurs de crimes ont été amnistiés en échange de leurs confessions complètes pour que toute la lumière soit faite sur les atrocités commises. Beaucoup de gens estiment que ces commissions n’ont eu aucun effet. Mais si on veut aller vers la paix et la stabilité nationales, être en mesure de s’asseoir à la même table et de discuter est une première étape indispensable.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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