Les écarts de niveau de vie entre les départements et régions d’outre-mer (DROM) et la métropole ont été divisés par deux au cours des cinquante dernières années. Ce progrès économique et humain peut se poursuivre jusqu’en 2050, à condition de réaliser des gains de productivité pour contrecarrer les effets récessifs d’une démographie de moins en moins vigoureuse.

Un marchand de fruits vend des produits à l'arrière de sa camionnette alors qu'une grève générale continue de paralyser l'île de Martinique, à Fort-de-France, le 13 février 2009. Photo par THOMAS COEX / AFP
Un marchand de fruits vend des produits à l'arrière de sa camionnette alors qu'une grève générale continue de paralyser l'île de Martinique, à Fort-de-France, le 13 février 2009. Photo par THOMAS COEX / AFP

Au cours des cinquante dernières années, les départements et régions d’outre-mer (DROM) hors Mayotte ont enregistré une croissance soutenue de leur PIB par habitant. Les écarts de richesse par tête avec la métropole, qui étaient encore de l’ordre de 70 % au début des années 1970, ont été globalement divisés par deux depuis (voir graphique 2 plus bas). La convergence a été la plus rapide en Martinique, où l’écart avec la moyenne nationale n’est plus que de 30 % environ actuellement. Elle s’est révélée plus lente en Guyane (50 % d’écart encore aujourd’hui) et surtout à Mayotte (- 70 %).

 

Un modèle historiquement performant… qui finit par s’essouffler

Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer le dynamisme économique des géographies ultramarines françaises sur cette longue période. Les transferts publics métropolitains (et, dans une moindre mesure, européens) figurent parmi les principaux déterminants de cette croissance de long terme. Sur la période 1993-2007, ces flux ont crû, en moyenne, entre 4 % par an aux Antilles et 6 % par an en Guyane. Les transferts ont alimenté la consommation des ménages via la surrémunération des fonctionnaires et les prestations sociales en espèces, ainsi que l’investissement, grâce aux divers dispositifs de défiscalisation.

Ces dépenses d’investissement et de consommation ont eu des effets multiplicateurs et accélérateurs sur la croissance dans ces territoires. L’augmentation régulière de la demande a suscité celle de l’offre, traduite par une accumulation importante du capital physique et humain. Ce dernier a bénéficié de progrès incontestables dans le domaine de la santé et de l’éducation.

Mais cette dynamique vertueuse semble s’être enrayée avec la crise économique et financière de 2008, qui a été doublée d’une crise sociale un an plus tard dans les Outre-mer. La rigueur budgétaire imposée par la crise a divisé en moyenne par deux les rythmes de croissance des transferts métropolitains en faveur des Outre-mer, entraînant une chute de la croissance économique à peu près dans les mêmes proportions.

Quelles sont les perspectives de croissance à long terme des DROM dans l’hypothèse assez vraisemblable d’une progression très modérée des transferts publics métropolitains ?

Une formalisation dérivée du modèle de Solow permet de dessiner les sentiers de croissance potentielle du PIB sur le long terme. Dans ce cadre de cohérence (qui n’est pas un modèle de prévision), la croissance dépend essentiellement de deux facteurs : la dotation en capital humain, ce dernier fourni par la démographie, et les gains de productivité. Dans l’hypothèse d’une constance du capital par travailleur (aussi appelée « intensité capitalistique »), l’accumulation du capital physique est supposée suivre celle de l’emploi.

 

La croissance future ne sera pas tirée par la démographie

Selon les projections de l’INSEE, la population des cinq DROM n’augmentera que très faiblement d’ici 2050 (+ 260 000 habitants) et à un rythme annuel moyen de 0,4 % l’an, à peine supérieur à celui de la métropole (0,3 %). Cette atonie démographique se traduira par une stabilité, voire une légère baisse (0,1 % par an) de la population active disponible. Cette tendance générale cache évidemment des disparités : alors que la Martinique et la Guadeloupe enregistreront une baisse absolue de leur population au cours des trente prochaines années (au rythme de – 0,9 % l’an pour la première et de – 0,6 % pour la seconde), les populations guyanaises et mahoraises continueront d’augmenter (respectivement de 1,1 % et de 2,3 % par an).

Comme le montre le graphique 1 (ci-dessous), les sentiers de croissance du PIB par habitant en l’absence de gains de productivité diffèrent selon les géographies. Mais, et c’est une conclusion forte du modèle, tous ces sentiers finissent par converger à l’horizon 2050 vers une croissance à peu près nulle.

 

Graphique 1 : Une démographie peu porteuse de croissance

 

Ce scénario n’est évidemment pas souhaitable. Il sonnerait le glas du long processus de rattrapage du niveau de vie entamé depuis le début des années 1970 (voir graphique 2 ci-dessous). Sa réalisation se traduirait finalement par une divergence avec l’Hexagone : le PIB par habitant outre-mer ne représenterait plus, en 2050, que 60 % de celui la France continentale, soit une situation comparable à celle du milieu des années 1980.

 

La croissance future reposera presque exclusivement sur les gains de productivité

La productivité globale des facteurs (capital et travail) est le principal moteur de la croissance des pays de l’OCDE. Mais les régions ultramarines ont, jusqu’à présent, assez peu mobilisé ce moteur de croissance car elles bénéficiaient historiquement d’autres ressorts et, singulièrement, des transferts. La productivité apparente du travail dans le secteur marchand y est inférieure de 40 % environ à celle prévalant en métropole. Ce gap pourrait finalement se révéler une véritable opportunité à l’avenir : il donne un aperçu des « gisements de productivité » exploitables pour tirer la croissance future outre-mer (alors que ces gisements ont presque totalement disparu aujourd’hui dans les pays de l’OCDE).

La croissance de la productivité dans les géographies ultramarines devra être soutenue pour poursuivre le mouvement de convergence sur les niveaux de vie métropolitains au cours des trente prochaines années. Ainsi, des gains limités à 1 % seulement par an ne permettraient, au mieux, que de stabiliser l’écart avec l’Hexagone à son niveau actuel (soit 40 % de différence de PIB/habitant, comme l’indique la courbe jaune du graphique 2). La convergence sur la métropole à l’horizon 2050 suppose, quant à elle, des gains annuels de productivité de l’ordre de 2,5 % par an (voir la courbe verte).

 

Graphique 2 : La convergence d’ici 2050 suppose de forts gains de productivité

 

Bien que volontariste, cet objectif de croissance n’est pas inaccessible. À condition toutefois d’investir plus encore dans la formation, de supprimer progressivement les politiques publiques qui continuent de faire obstacle à la recherche des gains de productivité (comme les surrémunérations et les dispositifs de protection) et, enfin, de favoriser la concurrence qui constitue probablement le meilleur aiguillon pour améliorer l’efficacité des systèmes productifs.

Viendra enfin la question du partage des gains de productivité entre le capital et le travail mais aussi, et peut-être surtout, avec les clients, sous forme de baisse de prix. L’amélioration constante de la compétitivité-prix des économies ultramarines grâce aux gains de productivité pourrait être ainsi le meilleur levier pour lutter contre « la vie chère ».

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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