En septembre 2015, au siège des Nations Unies à New York, 193 pays ont adopté les ODD. Ces derniers constituent un nouveau plan d’action ambitieux pour les quinze années à venir. Ce plan vise à éradiquer l’extrême pauvreté, à protéger la planète et à assurer la prospérité et la paix dans tous les pays. Atteindre les ODD réclamera des investissements sans précédent dans des domaines tels que la santé et la nutrition, l’éducation, les infrastructures, l’agriculture, la paix, la sécurité ou encore la protection de l’environnement. Pour les 48 pays les moins avancés (PMA), les atteindre représentera un réel défi.

A man explains the Sustainable Development Goals to a small crowd. As the world seeks "leave no one behind," what financing options might help least developed countries achieve the SDGs? Photo by: Xizi Luo / CC BY-NC-N
A man explains the Sustainable Development Goals to a small crowd. As the world seeks "leave no one behind," what financing options might help least developed countries achieve the SDGs? Photo by: Xizi Luo / CC BY-NC-N
                                                                                  La version anglaise de cette tribune a été publiée en avant-première sur  devexLogo

En effet, les niveaux de pauvreté sont très importants, les infrastructures insuffisantes et les capitaux difficiles à trouver. En 2012, 43 % de la population de ces pays vivait dans la très grande pauvreté (le critère d’évaluation étant de disposer de moins de 1,90 dollar US par jour).

Les PMA sont intrinsèquement très vulnérables aux chocs économiques et environnementaux. Plus que les autres pays en développement, ils vont éprouver des difficultés à mobiliser les financements importants dont ils auront besoin pour mettre en œuvre le Programme de développement durable 2030. Les recettes fiscales de ces pays pauvres sont faibles (en moyenne, 18 % du PIB) et les investissements privés y sont limités. En outre, lorsque ces investissements privés existent, ils sont largement concentrés dans quelques PMA africains riches en ressources naturelles. Cette combinaison de facteurs explique que de nombreux PMA restent donc fortement dépendants de l’Aide publique au développement (APD)

En 2014, les PMA ont reçu environ 41 milliards US$ d’APD de la part des pays donateurs de l’OCDE. La part de l’aide totale fournie par ces bailleurs est, hélas, en déclin ces dernières années. Il est clair, cependant, que l’APD et les recettes nationales ne suffiront pas à financer les investissements de grande ampleur qui seront nécessaires pour atteindre les ODD. Dans ce contexte, comment les PMA peuvent-ils faire appel à une palette plus large d’instruments financiers pour soutenir leur développement ? Et comment les bailleurs de fonds peuvent-ils les accompagner dans cette démarche ?

Au cours des 15 dernières années, de nouveaux instruments de financement sont apparus dans le cadre de l’APD mais aussi en plus de celle-ci. Ces instruments comprennent notamment : les mécanismes de mixages ; les garanties ; les obligations vertes ; les prêts en devise locale ; les transferts et autres mécanismes de financement par la diaspora ; l’investissement à impact social ; les contrats de prêt basés sur les performances ou encore des mécanismes d’assurance. Cependant, en dehors de quelques exceptions, l’utilisation de tels instruments financiers reste marginale dans les PMA.

Les mécanismes de mixage sont l’une des solutions possibles pour mobiliser des ressources additionnelles pour le financement d’infrastructures durables. Avec ce type de mécanisme, les ressources issues de l’aide publique permettent de mobiliser des fonds complémentaires auprès d’autres sources, tant locales qu’internationales. Les subventions sont « mixées » avec d’autres sources de financements publics ou privés tels que les prêts, le capital-risque ou la prise de participation, notamment dans le cadre de projets d’infrastructure, d’énergie ou de développement du secteur privé. Les projets comportant un mécanisme de mixage peuvent permettre avoir un effet de levier sur les financements issus de l’aide. En modifiant le rapport risque / rentabilité, l’apport de garanties peut également rendre les investissements dans les PMA plus attractifs pour les investisseurs privés.

On peut citer l’exemple du programme SUNREF (le Label Finance Verte) de l’Agence Française de Développement, qui encourage les institutions financières locales à apporter leur concours à la transition écologique dans les secteurs de l’énergie, de l’eau et de l’agriculture. Le soutien financier et l’expertise technique apportés tout au long des opérations permettent aux banques locales d’identifier les projets verts les plus porteurs et de préparer une offre structurée et attractive (en termes d’échéances, de taux, de prime d’investissement) aux investisseurs locaux. Le volet « assistance technique » a constitué l’une des clefs de la réussite de ce programme ; il a également permis de diffuser les bonnes pratiques dans ce domaine.

Ce genre d’instrument réclame de nouvelles formes de partenariat entre les États, les agences de développement internationales et les investisseurs privés – avec des rapports basés sur la transparence. Le montage de telles opérations n’est pas toujours facile et il exige souvent une aide extérieure importante, principalement en phase de démarrage. Cependant, ce type de montage a la capacité d’augmenter considérablement démultiplier les ressources disponibles en matière d’investissements dans les infrastructures.

Si les PMA ont besoin de soutien financier dans le cadre de leurs investissements de long-terme favorisant le développement durable, ils ont également besoin d’aide pour mieux gérer la volatilité et les chocs, et pour rendre leurs économies plus résilientes. Les PMA font partie des pays les plus vulnérables aux chocs et aux stress dans la mesure où leurs capacités de réaction restent limitées – comme l’épidémie de fièvre Ebola en Afrique de l’Ouest l’a récemment montré.

Plusieurs bailleurs bilatéraux et multilatéraux proposent désormais une palette d’outils de gestion des risques qui permet aux pays de se couvrir par rapport au risque de variation des taux d’intérêt, au risque de change, au risque de variation des cours des matières premières ainsi qu’aux risques climatiques. Les emprunteurs peuvent ainsi préparer des plans d’action en cas de choc ou de stress ainsi qu’optimiser leurs stratégies de gestion de la dette. On peut citer à titre d’exemple les obligations souveraines indexées sur la croissance, les prêts contracycliques, l’inclusion de clauses « ouragan » ou « catastrophes naturelles » dans les contrats de prêt, le recours à des régimes d’assurance climatiques ou encore les prêts souscrits en devise locale.

Une étude récente du PNUD a effectué une simulation visant à mettre en lumière les avantages possibles, pour les PMA, des prêts indexés au PIB contractés auprès de bailleurs bilatéraux ou multilatéraux officiels, qui sont leurs principaux créanciers. Dans le cadre de ces contrats, le service de la dette peut augmenter durant les périodes de forte croissance économique, quand les recettes fiscales s’accroissent, mais il diminue lors des périodes de ralentissement économique. Les résultats de la simulation montrent un impact sur le service de la dette de presque 8 % sur la période 2003-2014, ce qui aurait potentiellement permis aux Etats de maintenir les dépenses essentielles durant les périodes difficiles.

Les prêts contracycliques proposés par l’AFD (prêts qui prévoient ex-ante que le service de la dette sera automatiquement réduit ou ramené à zéro durant les périodes de choc externe) ont été mis en œuvre notamment au Mali, en Tanzanie, au Mozambique, au Sénégal et Burkina Faso. Ce type de prêts peut également aider les Etats à gérer le risque et la volatilité. Les bailleurs bilatéraux et multilatéraux pourraient à l’avenir étudier ce type d’approche. Une initiative telle que celle de l’Africa Risk Capacity Insurance Company Ltd, une mutuelle d’assurance souveraine fondée par l’Union africaine, représente un instrument prometteur en ce qui concerne la couverture des risques liés aux événements climatiques extrêmes et aux catastrophes naturelles, particulièrement dans le domaine de la sécurité alimentaire.

Ces instruments financiers peuvent apporter de nouvelles solutions aux PMA pour le financement des ODD à l’horizon 2030. Cependant, Ils ne seront efficaces que s’ils sont adaptés au contexte local et aux besoins spécifiques de chacun des pays et qu’ils s’inscrivent pleinement dans les stratégies de développement national. L’ouverture des financements aux PMA, suivant des modalités adaptées, sera un point de passage obligé si l’on souhaite respecter l’engagement des ODD de « ne laisser personne de côté ».

 

Partager cet article :

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda