Better Than Cash Alliance, une coalition globale abritée par le Fonds d’équipement des Nations unies, promeut le développement de la bancarisation et des paiements numériques pour soutenir l’essor économique du monde en développement.

Tidhar Wald at European Development Days © European Union
Tidhar Wald at European Development Days © European Union

Les transactions financières en liquide diminuent dans le monde développé, mais restent importantes dans les pays en développement. Ce qui constitue un frein supplémentaire à leur essor économique, comme l’explique Tidhar Wald, chargé des relations avec les gouvernements et les entreprises de Better Than Cash Alliance, une coalition globale abritée depuis 2013 par le Fonds d’équipement des Nations unies (UNCDF) à New York.

 

Quelle est la raison d’être de Better Than Cash Alliance ?

Ce partenariat global a été lancé fin 2012 afin de rassembler gouvernements, ONG, agences onusiennes, bailleurs de fonds et entreprises pour accélérer la transition vers les moyens de paiement électroniques ou numériques dans le monde. Parmi sa cinquantaine de membres actuels figurent la fondation Bill et Melinda Gates, l’UsAid, la Banque interaméricaine de développement (BID), ainsi que 25 gouvernements (dont l’Inde, le Mexique et le Sénégal), qui se sont engagés auprès des Nations unies pour mettre fin aux paiements en espèces au sein de leurs administrations.

Notre action, à travers le monde, consiste à faire du plaidoyer, de la recherche et à fournir un appui technique aux gouvernements. Le secrétariat, basé à New York, est abrité par l’UNCDF, agence onusienne rattachée au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et qui travaille notamment sur les questions d’inclusion financière.

 

Pourquoi les paiements en espèces sont-ils un frein au développement ?

Les transactions en liquide ne donnent pas beaucoup d’opportunités à ceux qui les font et se soldent souvent par une grosse perte de ressources et de temps, sans parler des risques de perte ou de vol.

En outre, à chaque étape de ces transactions, les risques de ponction sur les ressources par le biais de la corruption sont réels. Un exemple : les ouvrières d’une usine de textile au Bangladesh doivent faire la queue pour toucher leur salaire toutes les deux semaines. Ensuite, elles doivent se déplacer pour payer en espèces les frais d’école, les factures d’eau et d’électricité, toucher d’éventuelles allocations, et parfois donner des backshishs aux fonctionnaires. Procéder aux paiements des salaires de manière électronique, par cartes bancaires, téléphone mobile ou toute autre technologie, permet de bancariser des populations pauvres et de réduire la corruption.

Or, nous disposons aujourd’hui de toutes les technologies pour procéder à des paiements numériques sécurisés à travers le monde en développement. Nous avons par ailleurs fait une recherche avec le Gouvernement du Mexique qui montre que l’administration économise 1,3 milliards de dollars par an en faisant tous ses paiements de manière électronique ou bancaire. Une autre étude menée avec Coca-Cola au Nigeria a montré que les paiements électroniques réduisent les risques de vols lors des livraisons par camion dans les débits de boisson par camion. Sur un marché de Lagos, par exemple, un camion de Coca-Cola est rempli de caisses de bouteilles le matin… En fin de matinée, il transporte surtout des espèces et devient la cible des voleurs. Lorsque Coca-Cola a commencé à se faire payer par les distributeurs via des comptes bancaires, ses frais d’assurance ont beaucoup baissé.

 

Est-ce possible d’aller vers un monde sans espèces alors que l’Afrique est loin d’être bancarisée et connectée à Internet ?

Quels sont les principaux obstacles à relever pour voir cette transition se produire ?

Ils sont nombreux ! L’un d’entre eux porte par exemple sur l’interopérabilité. Quand un particulier est abonné chez un opérateur cellulaire, il ne peut pas toujours faire de transfert d’argent par mobile banking vers un abonné d’une société concurrente. Pourquoi ? Car le secteur privé n’est pas enclin à prendre des risques et à investir sur un marché où la majorité des clients ne disposent que d’un faible pouvoir d’achat.

Voilà pourquoi Better Than Cash Alliance pousse les instances gouvernementales à payer les salaires, les retraites, les allocations et les subventions par voie électronique. Du coup, un marché se créée pour le secteur privé. Cette étape suppose que tous, dans le secteur public, comprennent l’intérêt de cette transition. Nous réunissons donc toutes les parties prenantes, notamment les ministères importants en termes de masse salariale – Santé, Education nationale, Défense – pour les inciter à payer leurs agents par voie électronique. Cela engendre la décision politique d’effectuer ces paiements par voie numérique ou électronique et de travailler ensemble avec le secteur privé et les bailleurs pour faciliter une numérisation des paiements. Pour cela, il faut créer le cadre légal et de régulation adéquat pour la digitalisation ainsi que la construction de l’infrastructure des paiements et enfin la création des produits financiers qui seront adéquats aux besoins et contraintes de la population non bancarisée.

Comment résoudre, dans un second temps, le problème de l’interopérabilité ?

Le Pérou a donné un exemple intéressant en constituant la première plateforme de paiements mobiles dans le monde pour toucher les populations rurales et étendre l’accès aux services financiers. Better Than Cash Alliance a travaillé avec l’Association des banques du Pérou pour réunir les banques et les opérateurs de téléphonie autour d’une même table et lancer la plateforme BIM qui permet à tous les citoyens d’avoir accès à un compte bancaire via leur téléphone mobile. Le fait que tout le monde accepte d’utiliser le même outil résout non seulement le problème de l’interopérabilité, mais stimule aussi la concurrence. Banques et opérateurs se battent pour offrir les meilleurs produits, visant cinq millions de Péruviens non bancarisés d’ici 2020.

Comment menez-vous votre plaidoyer ?

Nous sommes depuis 2013 un partenaire officiel du G20, qui a compris que la croissance passe entre autres par la bancarisation et la numérisation des paiements. Nous travaillons avec la Banque mondiale, le FMI et le Forum économique mondial, pour que l’on pense à la numérisation des paiements à chaque fois qu’il est question d’inclusion financière, de transparence ou d’accès aux services publics.


Qu’attendez-vous des bailleurs de fonds ?

Trois choses. D’abord, qu’ils fassent leurs propres paiements par voie électronique, comme s’est engagé à le faire l’UsAid, par exemple.

Ensuite, que les bailleurs de fonds encouragent les gouvernements qui sont leurs partenaires à faire leurs paiements de manière électronique, pour une meilleure transparence et plus de traçabilité.

Enfin, nous leur demandons d’être ouverts à la technologie pour soutenir des projets qui peuvent paraître un peu trop novateurs, mais qui sont pourtant porteurs. En Jordanie par exemple, les réfugiés syriens disposent de comptes bancaires sur Cloud, ce qui leur permet de faire leurs courses dans des supermarchés en s’identifiant grâce à l’iris de leur œil – un projet soutenu par le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) des Nations unies.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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