Avec un taux de pénétration d’Internet croissant en Afrique, l’intérêt pour les outils numériques augmente dans le monde du développement, particulièrement dans l’éducation. Mais les nouvelles technologies peuvent-elles vraiment changer la donne ?

Les nouvelles technologies améliorent-elles l'éducation de base ?
Les nouvelles technologies améliorent-elles l'éducation de base ?

En quelques décennies, le taux de scolarisation dans les pays en développement a augmenté de manière extraordinaire. Selon le Rapport sur le développement dans le monde 2018 de la Banque mondiale, la plupart des enfants ont accès à l’éducation de base. Mais c’est surtout la vitesse à laquelle les pays en développement ont fait ces progrès qui impressionne. Le nombre de filles scolarisées au Maroc est passé de 57 à 88 % en 11 ans quand il avait fallu 40 ans aux États-Unis pour en faire autant un siècle auparavant. Autre exemple : en 2010, le travailleur moyen au Bangladesh avait plus d’années de scolarité que le travailleur type en France en 1975. Quel rôle jouent les nouvelles technologies dans l’amélioration de l’éducation ?

 

Nouvelles technologies et l’éducation : atteindre les populations vulnérables

Malgré ces avancées, la Banque mondiale estime à 260 millions le nombre d’enfants qui ne fréquentent toujours pas l’école primaire et secondaire, et rappelle que scolarisation n’est pas synonyme d’apprentissage, ni d’enseignement de qualité. Pour certains acteurs du développement, les technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent apporter des solutions.

Partant du constat que le déficit d’accès à l’éducation de base est dû à des facteurs de vulnérabilité tels que le handicap, le genre, l’origine ethnique ou le lieu de vie, ils envisagent les technologies numériques comme un moyen d’atteindre chaque personne sans discrimination. Le programme Can’t Wait to Learn soutenu par Unicef au Soudan met par exemple à disposition d’enfants marginalisés des tablettes sur lesquelles ils accèdent à des cours de mathématiques. À terme, le dispositif doit s’étendre à toutes les matières jusqu’au niveau collège. L’ONG Télécoms sans frontières aide quant à elle des enfants réfugiés syriens à poursuivre leur éducation malgré l’absence de structures d’apprentissage adaptées.

 

 

De l’accès à la qualité : les grandes promesses des TIC

Mais pour Shanta Devarajan, économiste en chef du Groupe de la Banque mondiale, « [l’éducation] n’est plus un problème d’accès, mais un problème de qualité ». En Afrique subsaharienne, entre 50 et 80 % des enfants en deuxième année de scolarité primaire n’ont pas acquis les rudiments de la lecture, de l’écriture et du calcul. Selon lui, les technologies numériques font des professeurs n’ayant pas toujours été bien formés des assistants à l’utilisation de nouveaux supports plus adaptés, améliorant ainsi la qualité des enseignements. D’autant que  l’intelligence artificielle peut être utilisée pour adapter l’apprentissage aux besoins individuels des élèves. En Inde, le programme d’adaptive learning MindSpark aurait quant à lui augmenté les performances mathématiques des élèves de 38 % en cinq mois, pour deux dollars par élève et par an sur la base d’une commande pour 1 000 écoles.

Par exemple, l’accès des filles à l’école ne garantit pas toujours qu’elles reçoivent le même niveau d’attention et d’éducation que les garçons. Au Malawi, l’ONG Onebillion a développé une application d’apprentissage qui vise notamment à éliminer ces inégalités de genre. Selon l’étude menée par les professeurs N. Pitchford, A. Chigeda et P. J. Hubber dans les écoles équipées, les résultats seraient très positifs en termes d’alphabétisation des filles.

 

Il n’y a pas de nouvelles technologies sans infrastructures et sans énergie

Faut-il pour autant voir dans les TIC la panacée de l’éducation ? Bien qu’il préconise une adoption des innovations numériques à grande échelle, le rapport Disruptions positives : santé et éducation à l’ère numérique publié par la Pathways for Prosperity Commission rappelle que donner une tablette à un élève ou à un enseignant ne règlera pas les problèmes inhérents aux systèmes éducatifs des pays en développement. « L’efficacité des technologies dépend en premier lieu des systèmes managériaux et administratifs », rappelle quant à elle l’économiste camerounaise Vera Songwe, dans une tribune pourtant très favorable aux TIC.

Accès à Internet, à l’énergie, aux outils numériques, solidité des infrastructures de télécommunications… Les conditions minimales de développement requises pour intégrer les TIC dans les programmes d’éducation de base sont aussi loin d’être assurées dans tous les pays. Ainsi, en Éthiopie, selon D. Mequanint et D. Lemma, seuls 20 % des établissements sont raccordés à Internet.

À ces limites matérielles s’ajoutent les risques écologiques intrinsèques à la production des outils numériques, un sujet à prendre en compte pour que les avancées vers l’atteinte de l’ODD 4 sur l’éducation ne se fassent pas au détriment de l’ODD 13.

 

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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