En octobre 2015, le programme Aires protégées d’Afrique de l’UICN (PAPACO) a mis en ligne le premier MOOC sur la gestion des aires protégées à destination des étudiants et professionnels du continent africain. Une expérience innovante qui a rencontré un franc succès et devrait se poursuivre par la mise en place d’une offre de formation complète à destination des gestionnaires de ces territoires et de leurs partenaires. Entretien avec Geoffroy Mauvais, coordonnateur du PAPACO.

Copyright photo : Geoffroy Mauvais
Copyright photo : Geoffroy Mauvais

Pourquoi avoir proposé ce MOOC ?

Les MOOC (« Massive open online courses » – « Formation en ligne ouverte à tous » en français) sont des cours en ligne interactifs et ouverts à tous. Ils représentent une opportunité, pour tous ceux qui ont accès à internet, d’étudier divers sujets et de recevoir un certificat ou des crédits académiques. Il existe actuellement plusieurs milliers de MOOC différents, essentiellement en anglais d’ailleurs. Le nôtre est le seul traitant des aires protégées.

Créer un tel MOOC nous a semblé particulièrement pertinent d’abord parce que la demande de formation sur le sujet est très élevée par rapport à l’offre. A titre d’exemple, nous organisons chaque année des formations en présentiel (diplômes universitaires – DU) qui durent 8 semaines et nous devons malheureusement refuser plus de 80 % des candidatures reçues faute de place. Ensuite parce qu’Internet est le moyen le plus sûr d’atteindre le personnel d’aires protégées géographiquement isolées même si on comprend bien que la connectivité peut être un challenge dans certains cas.

Quelles compétences développe-t-on en suivant ce MOOC ?

L’objectif de ce premier MOOC est de donner une coloration générale sur la gestion et la gouvernance des aires protégées. En 42 séquences, il aborde des sujets comme la planification, l’évaluation de l’efficacité, le financement, la lutte contre le braconnage… mais aussi des thèmes comme l’écotourisme, l’équité, la relation avec la culture. Les grandes conventions sont présentées ainsi que les outils pertinents pour la prise de décision comme la liste rouge des espèces menacées.

Il vise donc à informer et faire réfléchir sur les multiples aspects de la gestion de ces territoires et chacun peut approfondir l’apprentissage avec les documents mis à disposition en ligne. Mais l’idée est ensuite de développer certaines séquences de façon plus détaillée, dans des MOOC plus spécialisés.

Comment est né ce MOOC ?

C’est d’abord l’histoire d’un partenariat passionnant avec l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) qui est aujourd’hui la 14ème université d’ingénierie au rang mondial. Ce sont aussi les premiers producteurs de MOOC en Europe et l’idée de s’engager sur le domaine de la conservation en Afrique a tout de suite suscité leur intérêt.

Grâce à un financement d’André Hoffmann et de l’AFD, au sein du partenariat France-UICN, la 1ère session du MOOC a démarré en octobre 2015 et s’est étalée sur 7 semaines. Chaque semaine, les inscrits sont invités à suivre de nouvelles vidéos, s’entrainer avec des quiz optionnels, échanger sur le forum, lire des documents complémentaires et enfin passer un examen en ligne.

Ce MOOC vise quel public ?

Ce MOOC s’adresse en priorité au personnel travaillant dans des aires protégées et aux étudiants et professeurs s’intéressant à ce sujet, mais pas seulement. Il vise aussi un public plus large composé de personnes généralement intéressées par la conservation de la nature en Afrique. Il est donc avant tout un outil d’enseignement mais aussi un outil de sensibilisation.

A noter que ce MOOC s’adresse principalement à un public africain et aujourd’hui, 75% des inscrits viennent effectivement du continent. On observe que les auditeurs viennent de 116 pays au premier rang desquels on trouve le Cameroun.  Suivent le Sénégal et la RDC. La France est le premier pays européen bien sûr.

Flop ou succès ?

Au terme des deux premières sessions (octobre – décembre 2015 et avril – juin 2016), nous avons dépassé les 5600 inscrits. Parmi eux, plus de 4000 sont effectivement actifs. Le forum en ligne permet de répondre aux questions de cours, mais, plus intéressant, une communauté du MOOC s’est développée sur Facebook, qui compte près de 2000 participants enthousiastes à l’heure actuelle. Un formidable réseau et un outil irremplaçable pour diffuser et recevoir l’information.

Près de 400 étudiants ont déjà reçu leur attestation de réussite dont une cinquantaine a choisi de passer un examen présentiel organisé par l’EPFL dans 23 pays (en coopération avec l’Agence Universitaire de la Francophonie) pour acquérir des crédits d’enseignements supérieurs qu’ils peuvent ensuite valider dans leur cursus universitaire.

Ces chiffres dépassent très largement nos prévisions et confirment l’intérêt de ce type d’offre pour les étudiants et les professionnels africains qui souffrent cruellement d’un accès à la formation. Il faut aussi mentionner que l’évaluation qui a été faite des deux premières sessions a montré un taux de satisfaction de 97% des auditeurs.

Expérience isolée ou vrai projet d’avenir ?

La grande majorité des participants (91%) se déclare intéressée par d’autres MOOC sur des sujets plus spécialisés. Nous en avons tenu compte et sommes en train de développer, avec l’EPFL, une offre complète d’une dizaine de MOOC qui couvriront les champs principaux de la gestion et de la gouvernance des aires protégées d’Afrique. Si tout se passe bien, cela nous permettra de proposer très bientôt, à ceux et celles qui réussissent, un COS (Certificate of Open Studies), véritable reconnaissance de leur travail et des compétences acquises. Tous les MOOC seront en français et en anglais dès la rentrée et cela devrait nous permettre de faire exploser le nombre d’inscrits !

Qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit là d’une vraie révolution ! En donnant accès à des cours délivrés par une université de premier rang à des auditeurs dont certains n’ont pas forcément le parcours académique requis dans le système traditionnel, on change totalement le paradigme de l’accès aux connaissances. Il ne s’agit pas de déprécier le certificat, mais de permettre à ceux et celles qui ont la capacité, l’énergie et l’enthousiasme d’apprendre, et de démontrer qu’ils ont appris, d’avoir enfin la chance de prouver leurs qualités !

Quelles sont vos recommandations pour favoriser ce type d’enseignement ?

Les MOOC sont un outil parmi d’autres pour renforcer les compétences de nos gestionnaires. Mais c’est un outil puissant et il n’y a pas de doute que l’offre va exploser. Ils demandent cependant un très gros investissement en temps et en énergie : d’abord pour les produire car rassembler des connaissances pratiques dans des vidéos de quelques minutes n’est pas un exercice simple. Il faut aussi organiser tous les examens et en assurer la correction. Mais surtout, ils nécessitent un accompagnement permanent une fois en ligne, au sein du forum ou sur les réseaux sociaux. Ce ne sont pas de simples ressources sur internet en libre-service. La plus grosse erreur qu’on pourrait faire serait de croire que le travail s’arrête une fois les vidéos préparées. En fait, c’est le tout début !

La prochaine session du MOOC commence le 15 septembre 2016. Inscriptions  sur https://www.coursera.org/course/apafrique à partir du 1er septembre.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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