Premier port d'Europe, Rotterdam se prépare depuis des années à la montée du niveau des eaux. Sa stratégie d'adaptation sert de modèle à de nombreuses villes à travers le monde.
Premier port d'Europe, Rotterdam se prépare depuis des années à la montée du niveau des eaux. Sa stratégie d'adaptation sert de modèle à de nombreuses villes à travers le monde.

Le changement climatique pour les Pays-Bas, c’est déjà demain. Rotterdam est en première ligne face à la montée des eaux : 80 % de sa superficie se situe sous le niveau de la mer. Depuis des années, le plus grand port d’Europe s’y prépare, à l’image d’un pays fortement et durablement marqué par la terrible inondation de 1953, qui provoqua la mort de plus de 1 800 personnes. Bourgmestre (maire) de Rotterdam depuis 2009, Ahmed Aboutaleb en a fait un dossier prioritaire. Et un modèle pour de nombreuses cités à travers le monde. De passage à Paris, il explique à iD4D comment sa ville cherche activement à anticiper ce qui apparaît d’aujourd’hui inéluctable.

Thomas Hofnung


 

En quoi peut-on dire que Rotterdam est une ville pionnière sur le plan de l’adaptation face à la montée des eaux ?

Rotterdam travaille à l’adaptation au climat depuis plus de dix ans. La ville étant située dans un delta, nous sommes naturellement exposés aux difficultés induites par le changement climatique. Nous avons élaboré une stratégie pour relever ces défis et pour faire de Rotterdam une ville meilleure, capable de s’adapter, mais toujours attrayante, si je puis dire. Cette approche dite de « resilience by design » (résilience intégrée à la conception, ndlr) s’accompagne d’actions de terrain. Rotterdam devient ainsi une vitrine de « l’adaptation urbaine innovante ».

Nous avons une histoire à raconter, car nous possédons une grande expérience en la matière. Rotterdam est membre de réseaux de grandes villes comme l’association Global Resilient Cities Network (anciennement 100RC) et l’organisation C40 Cities. Nous avons déjà organisé plusieurs grandes conférences internationales, qui permettent d’échanger sur nos expériences respectives. Rotterdam reçoit ainsi de 70 à 80 délégations du monde entier chaque année.

Avec ces réseaux de villes et le Centre d’expertise sur l’adaptation au changement climatique dirigé par l’ancien secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, le Global Center for Adaptation (GCA), nous pouvons nous appuyer sur une structure solide pour partager les bonnes pratiques et accélérer l’adaptation des villes à l’échelle mondiale.

 

«  Vivre avec l’eau plutôt que la combattre », c’est votre philosophie. Comment se traduit-elle concrètement à Rotterdam  ?

80 % de notre ville se trouve sous le niveau de la mer. La problématique de l’eau s’impose à nous ! Ne rien faire n’est pas envisageable. La question est : combien de temps pourrons-nous nous contenter de prendre des mesures préventives et de relever nos digues ? Nous devrons y répondre dans un futur proche. Entre-temps, nous avons commencé à redessiner nos espaces publics de façon à accepter des inondations de faible ampleur. Et pour vivre avec l’eau, investir dans la construction de bâtiments flottants se révèle un choix intéressant et réellement compatible avec notre volonté d’adaptation. Je ne parle pas des bateaux-maisons sur les canaux de la ville, mais bien de constructions flottantes dans les zones de l’ancien port directement reliées à la mer, comme les nouveaux bureaux du GCA.

 

On parle de « ville éponge » à propos de Rotterdam : qu’est-ce que cela signifie  ?

Les villes sont des véritables jungles de béton. L’eau ne peut plus pénétrer les sols, l’artificialisation s’étend désormais au moindre mètre carré. Nous devons donc investir dans la végétalisation des murs et toitures, dans les parcs et jardins pluviaux, etc. Nous avons mis en place des actions de sensibilisation dédiées, et offrons des subventions pour encourager les particuliers à investir dans les toitures végétales et la restauration des jardins en supprimant les revêtements artificiels. Oui, on peut vraiment dire que nous rendons à notre ville son rôle d’éponge !

 

Il y a beaucoup d’eau à Rotterdam, mais la ville est aussi confrontée à des périodes de sécheresse. Comment faire pour concilier les deux  ?

Les épisodes de sécheresse prolongée sont relativement nouveaux pour nous et font actuellement l’objet d’un travail de recherche. Il nous faut notamment déterminer dans quelle mesure nous pouvons utiliser l’espace pour stocker de l’eau pendant les fortes pluies, afin de disposer de réserves tampons quand la sécheresse s’installe. Celle-ci s’accompagne souvent de vagues de chaleur. Verdir les villes, et donc recourir à des solutions inspirées de la nature, peut être très efficace pour gérer le stress thermique, les épisodes de sécheresse ou de fortes pluies.

 

Rotterdam sert de modèle pour beaucoup de villes à travers le monde. De votre côté, vous inspirez-vous de certains modèles à l’étranger ? Lesquels ?

Bien sûr, et c’est la raison pour laquelle nous avons rejoint ces réseaux rassemblant les villes : pour partager les bonnes pratiques. Deux exemples : certaines villes des États-Unis ont beaucoup à nous apprendre en matière de résilience communautaire, de planification des évacuations et de situations d’urgence. De même, Paris est en avance sur la gestion du stress thermique urbain. La ville a ainsi lancé le programme Oasis qui veut adapter les établissements scolaires et leurs cours pour résister à la chaleur. D’ailleurs, nous envoyons ces jours-ci une délégation en visite de terrain à Paris.

 

Avez-vous le sentiment que l’Europe se prépare comme il convient au changement climatique  ?

Il est tout aussi important de limiter les conséquences du changement que de s’y adapter. Pour l’instant, les efforts se consacrent davantage sur l’aspect atténuation. Mais le climat est déjà en train de changer et il devient de plus en plus urgent de commencer à s’adapter. En Europe comme ailleurs.

 

Que pensez-vous de l’attitude des jeunes générations  ? Diriez-vous qu’il existe un effet « Greta Thunberg » positif  ?

Les nouvelles générations héritent de la planète avec tout ce que cela comporte de positif (mais qu’il ne faut jamais tenir pour acquis) et de négatif (les défis que nous devons relever). Oui, il est bon que la jeunesse participe activement à ce débat. Un débat qui concerne chacun au même titre, quel que soit son âge, quelle que soit sa génération.

 

La COP 25 à Madrid, en novembre dernier, a été plutôt décevante. Diriez-vous que les sociétés civiles sont en avance sur les gouvernements ?

La société civile a souvent une longueur d’avance lorsqu’il s’agit de traiter les problèmes. Le consensus est difficile à obtenir au niveau national, en particulier sur la question climatique. Les collectivités locales doivent s’emparer du sujet et agir. À Rotterdam, nous avons signé notre propre convention Climat, en cohérence avec les objectifs de l’Accord de Paris et en partenariat avec plus de cent entreprises et organisations sociales. La ville se donne ainsi pour objectif de réduire de 50 % ses émissions de CO2 et autres gaz à effet de serre dans les dix prochaines années.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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