L’accès aux services essentiels (eau, assainissement, déchets, énergie, mobilité) pour tous est un enjeu majeur pour le développement économique et social dans les pays en développement. La jeunesse, porteuse d’idées nouvelles, d’expertise et d’énergie mais aussi pourvoyeuse des leaders de demain, a un rôle crucial à jouer. Le défi aujourd’hui ? Lui donner les moyens de construire un monde plus juste et durable.

© Photo: Arne Hoel / World Bank
© Photo: Arne Hoel / World Bank

Le défi de l’accès aux services essentiels dans les villes des pays en développement

En 2015, 800 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 2,6 milliards de personnes n’ont pas accès à un assainissement de base selon l’OMS (2013). L’Afrique est le continent le plus en retard, avec une couverture en termes d’assainissement de moins de 36 %. Des situations similaires sont observables en matière d’accès à l’énergie ou de gestion des déchets. Ces services sont pourtant nécessaires à une vie digne.

L’accès dans certains domaines s’est amélioré, notamment dans le secteur de l’eau. Cependant les résultats positifs annoncés dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) sont à relativiser : si l’OMD pour l’eau semble avoir été atteint en 2010, la qualité de l’eau, les conditions d’accès, ainsi que la distance ou encore le temps d’attente nécessaire pour obtenir de l’eau ne sont pas pris en compte par les indicateurs actuels. Selon certains auteurs, 1,8 milliards de personnes consommeraient ainsi une eau dangereuse chaque jour.

Le manque d’accès à ces services est particulièrement critique dans les villes des pays en développement. En effet, selon UN-Habitat (2008), 50 % des habitants de la planète sont aujourd’hui urbains. Explosion démographique, urbanisation à grande vitesse font peser sur les villes des pays en développement et leurs habitants un énorme défi : comment permettre à chacun de bénéficier de services essentiels de qualité suffisante pour une vie urbaine digne ? En parallèle, on assiste à l’émergence de plus en plus d’établissements humains non planifiés, mieux connus sous l’appellation de « bidonvilles », et de villes duales et fragmentées qui doivent faire face à des services déficitaires. Du côté de la demande solvable, on assiste au développement de systèmes parallèles au service public souvent intermittent et de mauvaise qualité. Du côté des classes les plus pauvres, le service est souvent plus cher que le service public, notamment dans le cas de l’accès à l’eau. L’accès aux services essentiels constitue donc un défi d’ampleur pour le développement économique et social des pays en développement.

 

La jeunesse aux avant-postes

S’atteler à ces défis nécessite de mobiliser de nombreuses énergies, de tous horizons, de tous milieux professionnels et de tous âges. Dans un monde de plus en plus connecté et ouvert, les jeunes générations montrent un intérêt sans cesse croissant pour les questions liées au développement. En Europe, et particulièrement en France, le succès grandissant et la multiplication des cursus spécialisés sur l’aide au développement et les services essentiels ces dix dernières années en témoigne. En Afrique où plus de 70 % de la population urbaine est composée de jeunes de moins de 30 ans, plus qu’ailleurs, le développement passera nécessairement par une jeunesse informée, forte et organisée.

Il est aujourd’hui crucial d’appuyer la jeunesse pour lui permettre de construire par elle-même un monde plus juste, en renforçant à la fois son expertise et sa capacité à prendre la parole et à peser sur l’agenda sectoriel international.

Des initiatives endogènes existent. La jeunesse se structure pour porter une voix différente et peser sur l’agenda international avec la multiplication d’initiatives innovantes mises en place lors des grands évènements qui viennent ponctuer l’agenda international. On assiste par exemple à l’émergence d’associations de jeunes qui seront présentes au prochain Forum Mondial de l’Eau de Daegu pour promouvoir une certaine vision des services d’eau et d’assainissement.

Si en Europe ou en Afrique, la jeunesse est aux avants postes et démontre qu’elle a toute sa place dans la réalisation d’un développement urbain plus durable, mieux l’orienter, la conseiller et valoriser son expertise s’impose.

 

Une nouvelle manière de valoriser l’expertise junior

Le réseau Projection, réseau francophone de jeunes professionnels travaillant dans le secteur des services essentiels, propose des initiatives inédites pour renforcer une jeunesse curieuse, ouverte sur le monde et en quête de sens dans son évolution professionnelle et personnelle.

Véritable plateforme d’éducation populaire, d’apprentissage et d’échanges hors des arènes traditionnelles, le réseau Projection cultive la liberté de pensée, l’esprit critique, l’innovation, le désir d’échanger et d’apprendre les uns des autres. Les différentes activités de Projection sont autant d’occasions de tester de nouvelles approches pour renforcer les capacités des jeunes à devenir parties prenantes d’un développement plus efficace et plus durable. Rencontres mensuelles, ateliers d’échanges internationaux, journées pédagogiques ou activités de mise en réseau sont autant d’occasion d’apprendre et de comprendre. L’objectif de Projection est de faire émerger une jeunesse capable de peser sur les choix de société dans des domaines d’activités situés au centre du développement économique et social.

Ces innovations se traduisent sur le terrain avec des projets misant sur l’innovation sociale, notamment en Afrique de l’Ouest où des expériences innovantes ont été menées dans le domaine de l’assainissement. Alors que peu d’acteurs du développement s’intéressent aux petits métiers du domaine (maçons, gérants d’édicules, etc.), Projection a développé un projet proposant des formations à la pédagogie inédite afin de renforcer l’expertise et la structuration du milieu. Un centre de formation dédié est aujourd’hui en cours de création au Niger, véritable pôle de renforcement de compétences pour la sous-région. Les idées portées par la jeunesse peuvent donc prendre forme dans la mesure où des bailleurs de fonds et partenaires techniques et financiers sont prêts à les soutenir.

 

Pour une prise de conscience de la communauté du développement

Au-delà du réseau Projection, c’est ainsi toute la communauté du développement qui doit prêter une attention particulière aux initiatives et aux solutions innovantes portées par la jeunesse. De manière concrète, il est nécessaire de :

  • Renforcer les cadres de concertation, formels et informels, entre jeunes engagés pour les services essentiels et experts confirmés afin de créer les conditions propices à l’émergence d’idées nouvelles et d’actions concrètes à mettre en œuvre.
  • Proposer un cadre d’échanges qui passe par une utilisation coopérative et émancipatrice des pratiques numériques. A l’heure où la fracture numérique se réduit en Afrique et où les zones blanches s’amoindrissent en France, la dématérialisation des échanges doit être saisie comme une opportunité pour rapprocher les initiatives portées par la jeunesse et favoriser les échanges Nord/Sud mais aussi Sud/Sud.
  • Porter une attention particulière à la dimension genre dans un domaine encore largement dominé par l’ingénierie et l’expertise masculine.
  • Stimuler une expression libre, pertinente et engagée de la jeunesse, en favorisant sa participation dans les débats nationaux et internationaux sur les services essentiels.
  • Favoriser les initiatives portées par la jeunesse sur le terrain en diversifiant les opportunités de financements dédiés et en créant des laboratoires d’innovation.

Il s’agit donc d’appuyer une nouvelle génération d’experts et de l’accompagner pour que son expertise soit renforcée. Si la jeunesse est à l’écoute, prête à démontrer sa capacité à participer à un défi d’ampleur, la communauté du développement et des services urbains en particulier saura-t-elle lui donner la place qu’elle mérite ?

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