L’Organisation mondiale de la santé estime à 3,3 milliards le nombre de personnes qui seront en surpoids en 2030 dans le monde. Les maladies non transmissibles liées à la malnutrition et à l’obésité seront-elles le défi sanitaire des années 2020 ?

86 % des enfants obèses dans le monde vivent dans des pays à revenus faibles ou intermédiaires, selon le rapport 2019 conjoint de l’UNICEF, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la Banque mondiale. Autrefois réservée aux pays développés, l’obésité se mondialise et, avec elle, les maladies non transmissibles (MNT) qu’elle favorise.

 

Manger trop peu, trop mal 

Les populations des pays développés sont affectées simultanément par la faim et par l’obésité. Un exemple : alors que 24 % de la population en Afrique subsaharienne est sous-alimentée, 12 % des adultes y sont obèses, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Surpoids et sous-nutrition cohabitent au sein des foyers, comme le souligne le rapport 2017 Nourished du Malabo Montpellier Panel. Dans de nombreux pays en développement, des enfants ont été diagnostiqués à la fois en surpoids et en retard de croissance.

Femmes et enfants sont particulièrement vulnérables. En Afrique de l’Ouest, 38 % des femmes en âge de procréer sont en surpoids et 15 % sont obèses. Quant aux enfants de moins de cinq ans, ils sont 40,1 millions dans le monde à être obèses, dont 18,8 millions rien qu’en Asie. Pour l’OMS, l’obésité des enfants est « l’un des plus graves problèmes de santé publique du xxie siècle. »

 

Le coca plus accessible que l’eau

A priori paradoxale, cette situation est le résultat de la mondialisation et de l’urbanisation des pays en développement.  L’essor d’une classe moyenne urbaine, dont l’activité physique est moindre par rapport aux populations rurales, a modifié les habitudes alimentaires.

Le directeur général de la FAO, José Graziano da Silva, met en cause le système alimentaire mondialisé. « Les aliments bon marché et industrialisés sont beaucoup plus faciles à vendre à l’échelle internationale », déplore-t-il. Supermarchés débordants d’aliments transformés, coûts dérisoires des produits riches en sucre (comme les sodas) et surreprésentation des enseignes de restauration rapide dans les pôles urbains nourrissent les circuits de la malbouffe. Les chercheurs J. Correia, Z. Pataky et A. Golay soulignent, en outre, l’image socioculturelle positive de la surcharge pondérale dans de nombreux pays d’Afrique, où une prise de poids est associée à la richesse et à la bonne santé.

 

 

Obésité et maladies non transmissibles : la crise sanitaire est là

Contrairement à ce que véhicule cette représentation, la malnutrition et l’obésité favorisent les maladies non transmissibles (MNT) comme le diabète de type 2 et l’hypertension. Or 71 % des décès dans le monde sont imputables aux MNT et aucun progrès n’a été fait depuis 15 ans pour enrayer l’évolution de l’obésité des enfants à l’échelle mondiale. Comme l’explique Stéphane Besançon, directeur de l’ONG Santé diabète, « il n’existe aucun accès aux soins pour les personnes atteintes de diabète […] dans la quasi-totalité des pays africains. »

Centres sous-équipés, manque de personnel spécialisé : dans leur état actuel, les systèmes de santé dans les pays en développement ne peuvent pas affronter les pathologies de la malnutrition et l’explosion des MNT. Plusieurs ONG tirent la sonnette d’alarme : la malnutrition représente le risque numéro un de mortalité en Afrique, « plus important que les risques combinés des relations sexuelles non protégées, de l’alcool, de la drogue et du tabac », selon le rapport 2017 Nourished.

 

Traiter la malnutrition comme une urgence sanitaire

Pour Stéphane Besançon, la solution consiste d’abord à provoquer une prise de conscience de l’urgence chez les décideurs mondiaux : « La majorité des bailleurs de fonds et des ONG développent des programmes de lutte contre la sous-nutrition, pas contre la malnutrition. » Seuls 2 % du financement total sont alloués par les partenaires de la santé aux MNT – des pathologies évitables. Un récent rapport de l’OCDE souligne pourtant qu’investir dans la prévention de l’obésité est rentable : « chaque dollar dépensé génère jusqu’à six dollars de retour sur investissement. »

Taxes sur la production de produits alimentaires malsains, campagnes de sensibilisation massives : en 2018, José Graziano da Silva (FAO) rappelait, quant à lui, la responsabilité des États et des systèmes économiques dans l’émergence de ces maladies : « Les pays devraient mettre en place des lois qui protègent des régimes alimentaires sains et locaux et encouragent le secteur privé à produire une nourriture plus saine. »

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda