La Chine est responsable de plus d’un quart des émissions de CO2 de la planète. Aymeric Novel de la société française Terao, spécialisée dans l’efficacité énergétique, revient sur les efforts chinois en matière de bâti vert pour lutter contre la pollution.

Premier pays pollueur de la planète, la Chine déploie de nombreux dispositifs pour (re)mettre aux normes environnementales son immense parc immobilier. Un chantier pharaonique. Terao est une société française d’ingénierie spécialisée dans l’efficacité énergétique et environnementale des bâtiments et des villes. Elle est présente en Chine depuis une dizaine d’années. Aymeric Novel, directeur des opérations de Terao et doctorant en efficacité énergétique à l’Université de la Rochelle, revient sur les efforts de la Chine et sur les différents dispositifs urbains que le pays met en place pour limiter ses émissions urbaines de CO2 et favoriser le bâti vert.

 

La Chine a connu en plusieurs décennies un développement urbain très fort, souvent anarchique. Quel est l’état actuel du bâti dans les grandes mégapoles du pays comme Pékin, Shanghai ou encore Chongqing ? 

Ce qui est frappant dans ces villes immenses, c’est la densité du bâti urbain. Sur l’ensemble du pays, la surface au sol des bâtiments urbains a en effet été multipliée par 4 en 25 ans selon le China Statistical Yearbook). Les premières règles thermiques – alors assez timides – pour les bâtiments neufs remontent à 1986 mais ont été rendues obligatoires seulement en 2005. La réglementation la plus récente, assez exigeante celle-ci en matière de performance énergétique, date de 2015. De nouvelles certifications environnementales ont été adoptées suite à la COP de Copenhague en 2009 et permettent aujourd’hui d’intégrer des problématiques liées à la gestion de l’eau ou à la qualité des matériaux. 

 

 

La Chine est responsable de 28 % des émissions mondiales de CO2. Est-elle un mauvais élève en matière d’urbanisme vert ?

Au contraire, c’est un pays qui développe de nombreux projets de bâtiments à économie d’énergie qui n’ont rien à envier aux pilotes développés en Europe ou aux États-Unis. Ces chantiers, concentrés sur des programmes neufs, représentent toutefois une petite fraction du volume. Il est dommage que, pour ce type de projets, la Chine s’inspire plus du modèle américain avec ses zones spécialisées (résidentielle, industrielle, éducative…) que du modèle européen qui privilégie la mixité sociale et la mixité fonctionnelle. Résultat : beaucoup de ces éco-quartiers sont encore peu habités et peu attractifs. Mais l’enjeu principal porte sur le très lent renouvellement du parc immobilier existant : il est de l’ordre de 5 % / an à l’échelle du pays. C’est un problème.

 

Peut-on évaluer la pollution que génère le bâti urbain chinois ?

La pollution dans l’air des villes due au bâti urbain est difficile à estimer. Elle est très certainement bien inférieure à celle générée par l’activité industrielle et par les transports. En revanche, l’activité du secteur du bâtiment dans son ensemble est responsable de 30 % des émissions de CO2 du pays. Par comparaison, elle représente 30% au Canada, 38 % aux États-Unis et 40 % en France. Cette part importante traduit l’évolution de l’économie chinoise : elle est n’est plus seulement dominée par l’industrie lourde.

 

Face au défi sans précédent de la réduction de ses émissions de CO2, la Chine investit massivement pour verdir son économie et punir les pollueurs. Comment cela se traduit-il dans le secteur du bâtiment ?

Plusieurs initiatives d’envergure ont été mises en place comme le système d’échange d’émissions (Emission Trade System en anglais). Ce système annoncé par le président chinois Xi Jinping en 2015 va entrer dans une période test en 2019. Il s’agira du plus grand marché carbone au monde : il couvrira environ un tiers des émissions de la Chine, soit 3 500 million de tonnes équivalent CO2 quand 1 939 millions de tonnes s’échangent sur le marché carbone de l’Union européenne. L’ETS devrait davantage frapper les entreprises industrielles fortement émissives. Mais il devrait également avoir un impact sur les grands projets de construction d’hôpitaux, d’hôtels ou de gigantesques centres commerciaux. La Chine continue par ailleurs à investir massivement dans les énergies renouvelables, ce qui a un impact sur l’urbanisme. Le solaire devient par exemple une solution plus facilement intégrable aux projets de bâtiments ou d’éco-quartiers. La géothermie a également le vent en poupe là où le gisement existe. Cette intégration des énergies renouvelables au bâti urbain est encourageante. Enfin, le treizième plan quinquennal (2016-2020) pousse clairement en faveur d’un déploiement fort de l’urbanisme vert et des rénovations énergétiques. L’engagement national pour le climat appelle à un objectif de 50% des nouvelles constructions certifiées « green building » ou bâti vert en 2020. C’est énorme. Pour accélérer cette transition, la Chine signe des partenariats avec de nombreux pays, dont la France.

 

 

Qu’en est-il justement du très ambitieux « Green Building Action Plan », élaboré en 2013 par les autorités chinoises ?

C’est un plan en cours de déploiement, lancé par le ministère chinois de la construction et la Commission nationale des réformes et du développement. Il vise à promouvoir l’efficacité énergétique des bâtiments et à réduire de 40 à 45 % l’intensité carbone du PIB d’ici 2020 par rapport à 2005. L’objectif est d’atteindre un milliard de mètres carrés de bâtiments neufs certifiés selon le référentiel chinois de certification environnementale appelé GBDL. Ce plan prévoit également de réhabiliter quelque 400 millions de mètres carrés de logements urbains existants dans le nord de la Chine. Par ailleurs, 400 000 logements ruraux vont faire l’objet de travaux importants de réhabilitation thermique.

 

Est-ce réaliste ?

Il est trop tôt pour le dire, mais la Chine se donne les moyens pour réussir cette transition. Un système de subventions a été mis en place pour encourager les travaux d’économies d’énergie dans les bâtiments existants. Elles s’appliquent au résidentiel alors que le secteur non résidentiel profite également de la certification environnementale GBDL. Enfin, Pékin projette de multiplier ce type de mécanismes afin d’encourager la réhabilitation thermique des bâtiments non résidentiels par des entreprises spécialisées en services énergétiques.

 

La société civile chinoise a longtemps sous-estimé l’impact du bâti sur l’environnement. Avez-vous constaté un changement ?

Cela fait maintenant près de sept ans qu’on observe une prise de conscience vis-à-vis de la pollution générée par l’activité industrielle. Les Chinois ont réalisé que cette pollution a un fort impact sur leur santé. Même si tous les particuliers ne font pas forcément de lien entre pollution et bâti, les mentalités changent peu à peu.

 

 

À quoi ressembleront, selon vous, les villes chinoises en 2050 ?

Il y a toutes les raisons de penser qu’elles seront connectées et intelligentes, en droite ligne avec les ambitions de leadership technologique et économique actuelles de la Chine. À l’image de Xiongan, cette nouvelle zone économique spéciale de la province du Hebei, aux portes de Pékin. Véritable « high tech hub », elle a été imaginée pour désengorger la capitale. Cette zone est à l’avant garde de ce que la Chine peut proposer en matière de développement durable. Sur place, par exemple, l’énergie issue de la géothermie est utilisée pour chauffer les bâtiments. Des zones similaires sont à l’étude et il y a fort à parier que la Chine va multiplier ce type de projets sur l’ensemble de son territoire.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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