Il y a encore 10 ans, les maladies infectieuses tels que la tuberculose, le VIH / SIDA et le paludisme constituaient, à l’échelle mondiale, la principale menace pour la santé. Mais, aujourd’hui, les Maladies Non Transmissibles (MNT), comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires, qui ne reçoivent que 2% du financement total alloué par les partenaires internationaux de la santé, sont une urgence sanitaire dans les pays à revenus élevés comme dans les pays à faible revenus.

L’évolution de la consommation alimentaire et les modes de vie de plus en plus sédentaires, ont un fort impact sur la santé humaine et sur l’environnement, et renforcent les risques de développer des MNT.  Depuis plus de 10 ans, elles sont devenues les principales causes de décès dans le monde entrainant 15 millions de morts prématurées chaque année.  Ces changements de modes de vie frappent, aujourd’hui, de plein fouet, les pays à revenus faibles et intermédiaires. Contrairement aux idées reçues, surpoids et obésité sont le lot d’un grand nombre d’habitants en Afrique de l’Ouest ; qui pourrait imaginer que 38% des femmes en âge de procréer y sont déjà en surpoids et 15% sont obèses. L’augmentation de la consommation de matières grasses d’origine animale et d’aliments industriels, conjuguée à une urbanisation massive source de changement de mode de vie plus propice aux MNT, sont les causes de ces transitions au niveau épidémiologique.

 

L’industrie agro-alimentaire, moteur de ces changements, impacte la santé humaine mais aussi l’environnement. L’intensification des modes de production, la surconsommation de viande, l’utilisation massive de produits chimiques dans l’agriculture (glyphosate), l’utilisation de substances chimiques et d’emballages (phtalates) pour conserver les aliments ont un impact majeur sur l’environnement et participent aux fortes émissions de CO2. En parallèle, trop de gras, de sucrés, d’aliments trop riches en calories ainsi qu’une consommation importante de boissons sucrées et d’alcools, ou d’aliments contaminés par des pesticides, associés à une baisse de l’activité physique, sont des facteurs de risques importants des MNT. Le diabète illustre parfaitement ce lien fort entre santé des populations et santé de notre planète et les défis liés.

 

En 2017, 425 millions de personnes vivaient avec le diabète ; une personne en mourrait toutes les 6 secondes et la maladie a couté 723 milliards de dollars. Le diabète est aussi la première cause de cécité, de mise sous dialyse ou d’amputations non traumatiques dans le monde. Le Fédération Internationale du Diabète estime que d’ici 2045, on dénombrera 628 millions de malades, dont plus de 80% vivront dans les pays à faibles et moyens revenus ; le diabète touchera 42 millions de personnes en Afrique et coutera 6,6 milliards de dollars au continent africain.  90% des cas de diabète seraient évitables si l’on adoptait des politiques de prévention ambitieuses visant à modifier les comportements alimentaires et la sédentarité. Malheureusement, cet objectif est encore un rêve. Pour les personnes qui souffrent déjà de diabète, les traitements sont extrêmement onéreux pour le patient, sa famille mais aussi les gouvernements. Dans certains pays, ces traitements ne sont pas disponibles pour tous, et dans d’autres ces traitements sont disponibles mais le coût est un fardeau colossal.  En Afrique, un médicament antidiabétique comme l’insuline n’est disponible que dans 40% des pays et à un prix très élevé. Ainsi, au Mali, 56% des ménages avec un patient diabétique consacrent plus de 40 % de leurs revenus aux paiements des soins de santé.  Des politiques d’accès aux traitements sont donc indispensables.

 

La Troisième réunion de haut niveau des Nations Unies sur les MNT du 27 septembre 2018 est une chance unique pour les gouvernements de changer de paradigme en adoptant les décisions indispensables pour répondre à quatre grands défis ;

  • Nourrir plus sainement la planète afin de réduire l’impact de la mauvaise alimentation sur la santé humaine et sur l’environnement ;
  • Prévenir les maladies chroniques pour en diminuer le fardeau économique ;
  • Fournir aux patients atteints par une MNT un accès aux traitements indispensables pour la leur prise en charge à un cout abordable ou « gratuit » grâce à la couverture maladie universelle ;
  • Encadrer l’implication du secteur privé pour réduire les conflits d’intérêts et obtenir de réelles avancées sur la qualité des produits alimentaires et l’accès aux traitements.

 

Ces défis exigent de prendre des mesures urgentes :

 

  • Adopter une fiscalité et des règlementations qui garantissent une alimentation saine et écologique
    • Adopter des taxes sur l’alcool et les boissons sucrées pour en diminuer la consommation (sur le modèle de la taxe soda en France) ;
    • Généraliser l’étiquetage sur le contenu des aliments (à l’instar du Nutri-Score) ;
    • Interdire les publicités d’aliments malsains ciblant les plus jeunes ;
    • Adopter des mesures fiscales positives pour rendre les produits sains et de bonnes qualités nutritionnelles moins chers.

 

  • Développer les programmes de prévention qui vont permettre aux consommateurs de réaliser de meilleurs choix alimentaires tout en garantissant des espaces de vie et de travail propices à la pratique d’une activité physique régulière.

 

  • Assurer l’accès à des traitements de qualité au moindre coût pour les MNT et inclure les traitements / dispositifs médicaux nécessaires dans les couvertures maladies universelles

 

  • Financer la réponse mondiale contre les MNT par un « Trust Fund » permettant de structurer une lutte efficace dans les pays disposant de trop faibles moyens, et d’échanges d’expertises pour soutenir les états dans leurs stratégies de lutte contre les MNT

 

Signataires

Cynthia Fleury – Philosophe et Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers)

Stéphane Besançon – Directeur Général de l’ONG ONG Santé Diabète

Gaël Giraud – Chief Economist Agence Française de Développement

Cyril Dion – Réalisateur et cofondateur du mouvement Colibris

Katie Dain – Directrice Générale de l’ONG NCD Alliance

Pierre Salignon – Responsable des partenariats avec la société civile à l’Agence Française de Développement

Marion Nestle – Professeur de Nutrition à l’Université de New York et écrivaine

David Beran – Chercheur, service de médecine tropicale et humanitaire des Hôpitaux universitaires de Genève

Jean Marie Milleliri – Secrétaire Général du Groupe d’intervention en santé publique et épidémiologie

David Hacquin – Président de l’ONG Santé Diabète

Camille Mary – Coordinatrice ONG Santé Diabète

Retrouvez la liste complète des signataires sur LeMonde.fr

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

Partager cet article :

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda