Dans une société, la croissance et l’innovation sont au cœur du processus de développement. Philippe Aghion, économiste français de renom, décrypte le concept de croissance et la capacité d’innovation des BRICS et des pays africains.

 

Copyright: Flickr - Ron Mader
Copyright: Flickr - Ron Mader

La croissance est-elle la panacée ?

Elle apporte de l’oxygène ! Sans elle, difficile de respirer… En France, nous aurions bien plus d’emplois avec seulement un demi-point de croissance. Une société sans croissance est une société qui n’innove pas et ne donne pas d’opportunités d’emplois à ses citoyens. Pour faire vivre une société, il faut des opportunités, dans tous les sens du terme.

 

 

La croissance est-elle liée à la démographie ?

Nous devons faire attention à ne pas entrer dans une logique malthusienne en pensant qu’il peut y avoir trop de population. Les Etats-Unis accueillent des gens en permanence et affichent un taux de chômage très faible. Il n’y a pas de corrélation entre démographie et chômage. La croissance n’est pas une fin en soi, mais elle peut se faire autrement, avec de l’innovation verte par exemple. L’innovation est la réponse à beaucoup de problèmes : lorsqu’il y a essor des technologies, les gens décident d’avoir moins d’enfants pour les éduquer et les former à leur nouvel environnement. L’innovation permet aussi de trouver de nouvelles sources d’énergie et d’autres manières de vivre.

 

 

Comment jugez-vous la capacité d’innovation des pays africains ?

Il faut tout d’abord distinguer l’Afrique anglophone de l’Afrique francophone au sud du Sahara. Dans le classement des dix économies les plus performantes d’Afrique du Forum économique mondial ne figurent que peu d’anciennes colonies françaises ou belges – à l’exception des pays du Maghreb. On trouve en tête de liste des pays anglophones tels que Maurice, l’Afrique du Sud, le Rwanda, suivis par le Maroc, le Botswana, l’Algérie, la Tunisie, la Namibie, le Kenya et la Zambie. Qu’est ce qui explique ces différences? De manière évidente, des différences institutionnelles entre les deux zones qui créent des résistances et empêchent l’essor de l’Afrique francophone.

Le « dividende démographique » aujourd’hui, avec un essor de la population ferait de ce continent la dernière frontière de la croissance mondiale. En réalité, rien n’est mathématique. Le développement suppose des investissements massifs dans le capital humain, avec l’éducation et la santé. Il passe également par des nouvelles technologies, avec de nouvelles manières de s’organiser, de nouveaux modes de vie. Certaines sociétés empêchent l’arrivée des projets innovants, en fonctionnant par chasses gardées. D’où l’importance cruciale de la démocratie : ce que j’appelle la « destruction créatrice », c’est-à-dire le remplacement d’anciens schémas, d’anciens modes de pensée, est un moteur de développement.

 

 

Les pays émergents représentent des exemples à suivre pour les pays qui rêvent d’émergence ?  

Pas forcément. L’objectif consiste plutôt à avoir une croissance inclusive.

Les sources de croissance ne sont pas les mêmes pour les pays émergents et les pays développés, mais nous savons que le dynamisme économique d’un pays est favorisé par certains facteurs : l’éducation pour tous, la santé pour tous, l’innovation et les technologies vertes.

Un Etat intelligent doté d’une vision de long terme est capital. L’émergence ne s’est faite nulle part sans une puissance publique capable de cibler ses priorités sur le marché du travail et en matière de politiques industrielles.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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