Victor Ndiaye
Victor Ndiaye

Victor Ndiaye, 49 ans, diplômé des Hautes études de commerce (HEC) de Paris, est retourné dans son pays, le Sénégal, après deux ans de banque chez Morgan à Francfort (Allemagne) et huit ans de conseil chez Charles Riley (Paris). Il a fondé en 1995 à Dakar le cabinet conseil Performances Group.

Aujourd’hui à la tête d’une société qui emploie 100 personnes dans 20 pays, leader sur le marché du conseil stratégique aux entreprises en Afrique francophone, Victor Ndiaye cherche à faire porter des voix africaines dans les forum internationaux, comme les Journées européennes du développement (JED). Son groupe a donc organisé une table-ronde à Bruxelles, le 16 octobre dernier, sur le rôle du secteur privé en Afrique. Son objectif: faire valoir l’expertise africaine et plaider pour de nouveaux rapports entre le secteur privé africain avec les administrations comme les bailleurs de fonds.

“Le potentiel est encore intact, explique Victor Ndiaye, quand on regarde la population, les besoins en infrastructures, les ressources naturelles. Les tendances sont favorables à l’investissement en Afrique. Des investissements concrets, non spéculatifs et donc moins risqués peuvent se faire dans des pays de plus en plus stables. L’objectif est de générer des millions d’emplois et de savoir comment libérer le potentiel.” Parmi les outils fondamentaux du décollage de l’Afrique, Victor Ndiaye cite le capital-risque et des politiques plus claires de la part des pouvoirs en place.

Pour la première fois lors des JED, un partenaire du Sud a pris en charge une thématique de bout en bout, en faisant venir des acteurs du terrain et des spécialistes africains. Autour de la table, une génération de chefs d’entreprise quadragénaires, venus de Guinée-Bissau, du Ghana, du Cameroun, du Sénégal. Des hommes et des femmes qui incarnent la relève attendue à travers le continent, mais aussi la disparition, sur le terrain, des frontières linguistiques entre Afrique francophone, anglophone et lusophone.

Pas question pour ce panel de se lamenter sur le triste sort de l’Afrique. Il s’agit au contraire de remettre en question le bilan des décennies d’aide extérieure et d’ajustement structurel qui n’ont pas apporté de solution miracle. “La première responsabilité revient au leadership en Afrique”, affirme Victor Ndiaye, qui voit émerger lentement mais sûrement “un nouveau mode de gouvernance, avec des visions claires, des plans stratégiques, des systèmes de monitoring et d’évaluation très stricts. Cela nous change de ce qu’on a vu depuis des décennies avec des politiques copiées-collées élaborées depuis l’extérieur, en partie pour faire plaisir aux bailleurs de fonds.” Un excès de zèle qui a produit des résultats étonnants, souligne Victor Ndiaye. “Il est plus difficile pour une société d’entrer dans la Bourse d’Abidjan que dans celle de New York. Et le code de l’environnement au Sénégal est plus strict que celui de la Banque mondiale. La faute est partagée. Une nouvelle approche est nécessaire, qui parte des politiques locales, de solutions sur mesure élaborées par rapport à des problèmes spécifiques, pour ensuite mobiliser des bailleurs de fonds sur la base d’une politique nationale.”

Parmi les exemples de pays sur la bonne voie, Victor Ndiaye cite le Rwanda, en plein essor, le Malawi de Joyce Banda ainsi que le Gabon – dont son groupe conseille l’actuel président, Ali Bongo Ondimba. Et de constater un “décalage d’image important entre les clichés et la réalité”, pour recommander d’aller sur le terrain afin de juger sur pièces des avancées réalisées. Le Sénégal suscite aussi bien des espoirs, avec son nouveau président, Macky Sall, ancien ingénieur en pétrole, le premier de son pays à être né après l’indépendance et à être issu du monde des affaires.

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