Lors de la 5e conférence ministérielle Chine-Afrique en juillet 2012, la Chine a annoncé qu’elle allait doubler ses crédits au continent africain au cours des 3 prochaines années. Pékin va investir 20 milliards de dollars en Afrique dans des projets visant le développement de son agriculture, son industrie, ses infrastructures… Cette attention de la Chine se traduit également par des échanges commerciaux et des investissements directs en forte croissance. Quel est l’impact de cette présence chinoise sur le continent africain ? Quel apport réel pour le développement du continent ? Quels défis ?

Bananeraie au Gabon - JC Galandrin, AFD
Bananeraie au Gabon - JC Galandrin, AFD

Les échanges ont été animés  par Alain Henry, directeur des études et recherche de l’AFD. Sont intervenus le Dr. Roland Amoussou-Guenou, enseignant de droit à Asian Institute of Technology, co-fondateur et président de la fondation Asiafricafoundation; Jean-Jacques Gabas, économiste, maître de conférences à l’université Paris 11 et chercheur détaché au
CIRAD; Henri-Bernard Solignac-Lecomte, économiste au Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE); Thierry Paulais, directeur adjoint du département Afrique de l’AFD.

 

Si la Chine n’est pas un acteur nouveau en Afrique, sa présence s’est beaucoup renforcée au cours des dix dernières années. L’intérêt croissant de la Chine pour l’Afrique fait l’objet de critiques diverses (sur-spécialisation, ré-endettement des économies africaines, renforcement de la corruption,…). Pourtant, les  données statistiques et issues d’enquêtes de terrain montrent que la situation est plus nuancée. L’intensification des relations entre la Chine et l’Afrique représentent une opportunité pour l’Afrique de se doter d’une stratégie économique, créatrice d’emplois, et pour les bailleurs de fonds traditionnels, de réformer leurs systèmes de coopération.

 

Renforcement des relations Chine-Afrique dans une économie internationale en mutation

« Son intervention a (…) beaucoup changé d’échelle, ne serait-ce que dans la dernière décennie, puisqu’en 2001, l’action de la Chine était essentiellement concentrée sur cinq pays, contre plus de quarante pays aujourd’hui » (Paulais). Cette évolution s’inscrit dans une mutation de la scène économique internationale. On assiste à « un basculement généralisé, depuis les deux dernières décennies, surtout, du centre de gravité de l’économie mondiale, de l’Occident vers l’Est et vers le Sud » (Solignac-Lecomte). L’augmentation de ses financements dans certains secteurs, tels que l’agriculture, s’explique par la raréfaction des financements des bailleurs de fonds traditionnels (Gabas).

 

 

Des critiques à l’égard de la Chine à relativiser

« La Chine contraint l’Afrique a uns sur-spécialisation  par l’exportation de ces matières premières non transformées (…) ? Cela n’est pas très clair.   « Aggrave-t-elle la qualité de la gouvernance ? » C’est très difficile à dire de manière autre qu’anecdotique » (Solignac-Lecomte). Les accaparements fonciers de la Chine sont « faibles comparés aux accaparements fonciers réalisés par les autres bailleurs de fonds publics ou privés. (…) La Chine n’est pas du tout à la première ou à la deuxième place.».  Les interventions chinoises en Afrique diffèrent selon les pays et les secteurs (Gabas).

 

Une intervention chinoise multi-acteurs sans coordination

Un document stratégique  a été défini : le Plan d’actions de Beijing 2013-2015, un document officiel très exhaustif (Amoussou-Guenou). Toutefois, en observant les acteurs chinois sur le terrain, aucun plan coordonné de « colonisation » de l’Afrique ne semble exister. « Ces interventions publiques, privées chinoises en Afrique se font par une multiplicité d’acteurs (…). Il n’y a aucun « pilote dans l’avion » »  (Gabas). Un début d’organisation semblerait se mettre en place, via les ambassadeurs (Bouthelier).

 

Saisir l’opportunité de l’intérêt de la Chine pour l’Afrique pour créer de l’emploi et de la valeur ajoutée

La Chine, à travers ses besoins en matières premières, l’octroi de concours financiers, ses apports en expertise (notamment agricole), contribue à la croissance des économies africaines. Des politiques publiques doivent être désormais élaborées afin de transformer véritablement ces économies ainsi que de créer de l’emploi et de la valeur ajoutée sur place (Solignac-Lecomte). L’Afrique doit « développer une culture d’entreprise et promouvoir un leadership responsable et discipliné » (Amoussou-Guenou).

 

Vers une réforme des systèmes de coopération des bailleurs de fonds traditionnels ?

La coopération chinoise conduit à remettre en question l’efficacité de celle des bailleurs de fonds traditionnels et devrait conduire à la « nécessaire » réforme du système de coopération de ceux-ci, même si une telle réforme ne doit pas faire abandonner ses principes fondamentaux (Solignac-Lecomte).

 

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