Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) favorise la participation active des femmes. Selim Jahan, directeur du Bureau du rapport sur le développement humain, revient sur l’état des lieux et les mesures à prendre.

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Comment analysez-vous la persistance des inégalités de genre à l’échelle globale ?

Prenons d’abord les chiffres, qui sont éloquents. Au niveau mondial, les femmes n’occupent que 21 % à 25 % des postes de direction dans le secteur privé. Les pays à faire le mieux en la matière sont la Russie, le Botswana, les Philippines et la Thaïlande, tandis que les plus graves retards sont observés en Allemagne, en Inde et au Japon.

La parité hommes-femmes avance plus ou moins lentement, en fonctions des critères que l’on examine : de plus en plus de filles sont scolarisées à travers le monde, certes, mais seulement 4,4 % des PDG des 500 plus grandes entreprises cotées sont des femmes. Le tiers de toutes les sociétés cotées ne voit aucune femme occuper des positions de direction. C’est dire à quel point le fameux « plafond de verre » reste une réalité pour les femmes, au Nord comme au Sud.

 

 

Quels sont les instruments de mesure des inégalités dont le PNUD dispose ?

Nous avons deux indices spécifiques.

Le premier, sur les inégalités de genre, mesure des variables telles que le taux de mortalité maternelle, les naissances données par des adolescentes, la part de sièges occupés par des femmes au Parlement, la part des femmes ayant suivi un enseignement secondaire ou supérieur et le taux d’activité par genre. En 2014, les dix pays ayant le plus faible indice d’inégalités de genre étaient la Slovénie, la Suisse, l’Allemagne, la Suède, l’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas, l’Italie, la Belgique et la Norvège. Les dix à afficher les plus fortes inégalités, au contraire, étaient le Cameroun, la Mauritanie, le Liberia, le Mozambique, la République démocratique du Congo, le Mali, le Niger, l’Afghanistan, le Tchad et le Yémen.

Le second indice que nous utilisons dans notre rapport est le développement de genre. Il tient compte des mêmes variables que l’Indice de développement humain, comme  l’espérance de vie à la naissance, la durée moyenne de scolarisation, la durée attendue de scolarisation et le revenu par habitant, mais les examine par genre. Les pays les mieux classés en 2014 étaient la Slovaquie, l’Argentine, le Venezuela, la Hongrie, la Norvège, la Suède, les Etats-Unis, la Finlande, la Slovénie et la Bulgarie. Les moins bien classés étaient la Sierra Leone, le Liberia, la Guinée, la Centrafrique, le Mali, le Tchad, le Pakistan, le Yémen, le Niger et l’Afghanistan. En moyenne, l’indice de développement humain des hommes reste bien plus fort partout. Dans certains pays, celui des femmes est supérieur, en partie parce qu’elles ont une meilleure espérance de vie – une donnée biologique observée partout dans le monde. Dès que l’on examine d’autres variables telles que les revenus ou le nombre d’années d’études, le constat reste sans appel. Les femmes endurent encore de sérieuses privations.

 

Que faut-il faire ?

Les quotas sont parfois perçus comme des mesures injustes, mais pour redresser une situation injuste, des décisions fortes s’imposent. Pour ma part, je défends cette politique car elle permet de faire les plus grandes avancées, quand les décisions sont prises par l’Etat, de manière contraignante, dans un cadre légal.

De ce point de vue, le Bangladesh, mon pays, peut être cité en exemple : un quota de 50 sièges au Parlement, soit 10 % du total, a été réservé aux femmes. Il est aujourd’hui dépassé, puisqu’il y a 71 femmes parlementaires ce qui correspond à près de 20 % parmi les membres du Parlement. Ce niveau est plus proche de la France (27 % de femmes à l’Assemblée nationale et 25 % au Sénat) que de l’Inde (11% de femmes à la chambre basse). Le Premier ministre du Bangladesh est une femme, de même que le leader de l’opposition au Parlement ainsi que la présidente du Parlement. Le Bangladesh a introduit un nouveau quota de 10 % de managers femmes dans la fonction publique et la diplomatie.

L’Inde a également fait des efforts au niveau local. La Constitution de 1950 a été amendée en 1992 pour réserver aux femmes un tiers des sièges dans les conseils municipaux et les conseils de villages (panchâyat). Certains des 28 Etats de la fédération indienne ont porté ce niveau à 50 % des sièges à pourvoir lors des élections locales. Aujourd’hui, 1 million de décideurs locaux sont des femmes en Inde. Le pays, qui a vu Indira Ghandi, une femme, accéder au poste de Premier ministre dès 1966, a décidé d’une politique nationale de promotion de la femme en 2001.

 

 

Quelle est la situation en Afrique ?

Elle s’avère très contrastée, comme en Asie, avec des progrès parfois remarquables qui n’empêchent pas les inégalités de persister.

Le continent africain compte une femme présidente, Ellen Johnson-Sirleaf au Liberia. Pas moins de quatre pays d’Afrique figurent parmi les dix nations ayant le plus grand nombre de femmes au Parlement. Le Rwanda arrive en tête, avec un record mondial de 64 % de femmes – deux fois plus que le quota de 30 % prévu par sa Constitution. Cette liste montre bien que les pays du Sud n’ont rien à envier aux grandes démocraties du Nord en termes de parité hommes-femmes dans la représentation politique.

N’oublions pas non plus que dans les pays en développement, l’essor économique donne de réelles opportunités aux femmes, qui montent en puissance dans l’entreprenariat.

Quoi qu’il en soit, les inégalités de genre restent criantes, aussi bien dans les salaires que l’emploi. Les plus forts taux de chômage frappent les jeunes et les femmes en Afrique.

 

Quelles sont les perspectives pour les Africaines ?

La fécondité reste élevée, avec une moyenne de 5,5 enfants par femme. Ce niveau va retarder l’entrée massive de la main d’œuvre féminine sur le marché du travail.

Il est beaucoup question du « dividende démographique » dans l’essor économique de l’Afrique, avec une croissance de la population censée tirer l’activité économique. En vérité, rien n’est mécanique. Ce dividende risque fort de se faire attendre, faute d’investissements dans l’éducation et la santé. Les jeunes en Afrique, garçons comme filles, pourraient devenir un fardeau plutôt qu’une chance pour leurs pays, si leurs perspectives d’avenir restent limitées.

 

 

Est-ce irritant pour les pays en développement de se voir demander le respect de l’égalité des sexes, alors que les pays du Nord ne la pratiquent pas eux-mêmes ?

Partout dans le monde, les pays sont libres d’établir leurs propres priorités et leurs objectifs. Il n’est pas possible d’interférer dans ces choix. Quand on travaille dans un pays en particulier, nous devons être clairs sur notre rôle : nous sommes là pour les soutenir et non leur dicter leur conduite.

Nous devons nous efforcer de suivre de manière très précise et objective la façon dont l’aide est utilisée, mais aussi ce que les bailleurs font sur le terrain. La responsabilité est mutuelle. Le niveau de l’APD des pays riches n’est pas en ligne avec les objectifs de développement. Dans ces conditions, il s’avère difficile pour eux de dire que l’Afrique ou l’Asie ont manqué tel ou tel objectif !

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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