L’organisation des Nations unies devrait cet automne démontrer une nouvelle fois, que quels que soient les griefs que l’on formule à son endroit, elle reste une machine à bâtir du consensus international autour de quelques grands sujets. Ce sera le cas avec la nouvelle « feuille de route » du développement mondial, les Objectifs de développement durable (ODD), qui vont prendre le relais des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

© UNDP Europe and CIS / CC BY-NC-SA
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Mais avant même d’être adoptés, les ODD sont déjà attaqués. Ils seraient trop vagues, trop nombreux, et ne relèveraient que du registre du « vœu pieux ». Avant d’examiner  ces arguments, rappelons que les ODD représentent un agenda universel, et non plus seulement un agenda pour pays peu développés et pour les bailleurs qui les accompagnent. Qu’ils ne se focalisent pas sur les enjeux sociaux, marque de fabrique mais aussi limite des OMD, mais intègrent davantage les enjeux économiques et environnementaux. L’humanité ne mérite-t-elle pas une ambition universelle qui permette, en particulier, de lutter efficacement contre les dérèglements climatiques ?

Sont-ils plus vagues que les OMD ? Pas vraiment : ils reprennent nombre de formulations qui étaient celles des OMD – par exemple sur la mortalité maternelle et infantile ou sur l’accès à l’enseignement. Avec le plus souvent davantage d’ambition : la faim et la pauvreté ne doivent plus être réduits – comme dans les OMD – mais bel et bien éliminés, à l’horizon 2030. Est-il « vague » de parvenir à un accord international sur le besoin de rendre les Etats et autres institutions efficaces, responsables et ouverts ? Ne pas en parler laisserait au contraire entendre que les institutions n’ont pas de rôle à jouer en matière de développement. Qui peut le croire ?

Les ODD sont indéniablement plus nombreux, 17 contre 8 OMD. Mais faut-il regretter l’ajout d’objectifs portant sur la croissance économique, la lutte contre les inégalités, les institutions, le changement des modes de consommation et de production, les villes durables, la survie des océans ? Doit-on sacrifier une telle ambition, un consensus si difficilement acquis, sur l’autel de la simplification ? Que sont 17 objectifs au regard de l’avenir de la planète ?

Trop nombreux, les ODD seraient de surcroît alourdis par d’innombrables indicateurs. On aurait tendance à dire le contraire : avec 300 indicateurs, est-il vraiment possible d’assurer le suivi d’un cadre universel aussi complet ?  Quand on sait que la stratégie française de transition écologique au service du développement durable adoptée début 2015 comporte 9 axes et 39 indicateurs, pour ne retenir que ceux de premier niveau (il y en a aussi de « deuxième niveau »), quand on sait que la stratégie de l’Union européenne pour le développement durable comporte 45 indicateurs de politiques et 98 indicateurs analytiques, on se dit que les ODD méritent plutôt d’être loués pour leur sobriété.

Le succès des OMD a été de remobiliser l’opinion en faveur de l’aide au développement. Les ODD en sont les héritiers : leur élaboration a associé plus d’un million de personnes, qui ont voulu dépasser le simple cadre de l’aide. Ce ne sont pas les agences de développement qui mettront seules en œuvre les ODD : ils sont du ressort des gouvernements, des villes, des entreprises… Les Objectifs de développement durable sont une formidable opportunité, par leur prise en prise en compte de l’ensemble des problématiques et par leur universalité, pour engager la planète dans de nouveaux modèles de développement, plus durables. Une première dans l’histoire de l’Humanité. Au monde de s’en saisir, de le rendre concret, s’il veut offrir un avenir durable d’ici 2030.

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