Un an après l’Accord de Paris, il faut s’interroger sur les moyens qui permettront de relever ce pari du climat. Thibault Laconde revient sur l’objectif de zéro émission qui ouvre un nouveau champ d’action : la production d’émissions négatives.

© Orin Zebest
© Orin Zebest

Lors de la COP21, la communauté internationale s’est donné un objectif de long-terme : « parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle » (article 4).

La formulation de cet objectif répond à un défi a priori insurmontable : nous devons baisser rapidement nos émissions mais nous ne les éliminerons pas complètement et, avec bientôt 10 milliards d’humains sur la planète, même un niveau d’émission par habitant très bas (comparable au niveau moyen des pays d’Afrique subsaharienne à l’heure actuelle) suffira à provoquer un réchauffement supérieur à 2°C[1]. La solution suggérée dans l’Accord de Paris est simple : il faut réduire au maximum nos émissions de gaz à effet de serre, puis apprendre à retirer de l’atmosphère celles que nous ne serons pas parvenus à éliminer. Ce qui revient en quelque sorte à produire des “émissions négatives”.

 


 

L’écologie au service du climat

Pour contribuer significativement à la stabilisation du climat, il nous faudrait retirer de l’atmosphère plusieurs milliards de tonnes de CO2 par an. Malheureusement, si nous commençons à savoir isoler le carbone dans les fumées des installations émettrices, nous sommes encore loin de pouvoir le capturer en grande quantité dans l’air ambiant où il est environ 500 fois moins concentré. À l’heure actuelle, nous ne savons donc pas produire d’émissions négatives mais une grande variété de méthodes sont proposées.

Un nombre important de ces méthodes s’appuient sur la photosynthèse : les végétaux sont capables de transformer le dioxyde de carbone contenu dans l’air en biomasse, il suffit ensuite de s’assurer que celle-ci est retirée du cycle naturel du carbone. Ces méthodes, dites écologiques, sont par exemple :

  • les projets de reforestation ou d’afforestation, éventuellement couplés avec une utilisation durable du bois, par exemple dans la construction ;
  • la restauration des écosystèmes, en particulier les écosystèmes côtiers (schorres, mangroves, herbiers marins…) qui sont d’importants puits de carbone ;
  • la généralisation de pratiques agricoles permettant de séquestrer le carbone (et généralement d’augmenter les rendements). C’est par exemple le cas de l’utilisation de biocharbon, c’est-à-dire un charbon produit à partir de résidus végétaux, pour amender les sols. On peut également signaler l’initiative française 4 pour 1000 qui vise à développer et promouvoir ces pratiques.

 


 

La technologie à la rescousse ?

Une autre famille de méthodes fait appel à des procédés industriels pour remplacer ou compléter la photosynthèse. On parle alors de méthodes technologiques, parmi lesquelles :

  • la capture directe qui exploite une réaction chimique capable d’isoler le dioxyde de carbone dans l’air, par exemple avec de la chaux vive ou de la potasse caustique ;
  • la biomasse avec capture du carbone : des végétaux qui ont absorbé du dioxyde de carbone pendant leur croissance sont brûlés pour produire de l’énergie et le carbone rejeté est capturé dans les effluents ;
  • la production de carburant de synthèse par capture du carbone produit lors de la combustion. La méthanation est une variante de cette méthode qui consiste à produire du gaz naturel de synthèse à partir de dioxyde de carbone, elle occupe une place importante dans de nombreux scénarios de transition énergétique (par exemple le scénario Négawatt) en complément du déploiement à grande échelle d’énergies renouvelables intermittentes dont elle permettrait d’absorber les pics de production.

Pour ces méthodes, un problème supplémentaire se pose : que faire du dioxyde de carbone capturé ? Une idée fréquemment avancée consisterait à le séquestrer dans des formations géologiques stables et imperméables, d’autres propositions présentent parfois un bilan climatique douteux (récupération assistée d’hydrocarbures, production d’hydrocarbures ou de plastique, utilisation comme solvant…) entre émissions et émissions négatives.

Enfin, certaines méthodes forment une catégorie à part dans la mesure où elles impliqueraient l’altération à grande échelle des équilibres écologiques ou chimiques de la planète et se rattachent donc à la géoingénierie. Il s’agit notamment de l’ensemencement des océans ou de la basification des nuages.

 


 

La question de la valorisation des émissions négatives

La plupart de ces propositions sont encore au stade du développement et on peut supposer qu’elles feront l’objet d’intenses recherches dans les décennies qui viennent. Dans le même temps, il reviendra aux États signataires de l’Accord de Paris de déterminer quelles méthodes pourront être employées et comment les émissions négatives seront comptabilisées et valorisées. Ces questions seront probablement des enjeux importants lors des prochaines conférences sur le climat.

Quoiqu’il en soit, il est probable que les méthodes écologiques seront les premières à arriver à maturité et à être utilisées commercialement. D’autant que les activités auxquelles elles font appel ne sont pas nouvelles : elles trouvent déjà leurs places dans de nombreux projets de développement, de protection de l’environnement ou de sécurité alimentaire. Ces projets pourraient donc bénéficier de nouveaux débouchés avec l’Accord de Paris.

Cet article est issu d’une analyse des implications économiques et technologiques de l’Accord de Paris.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

[1] Calculs de l’auteur. Si vous souhaitez mentionner le détail : le budget carbone restant pour limiter le réchauffement à 2°C avec une probabilité de 66 % est d’environ 1000GTeqCO2 (GIEC, AR5). Le niveau moyen d’émission des pays d’Afrique Subsaharienne est de 2.21TeqCO2/hab.an (WRI, hors LUCF), soit 22GTeqCO2/an pour 10 milliards d’habitants. Le budget carbone correspondant à l’objectif de 2°C serait donc consommé en seulement 45 ans.

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