Dans un contexte de forte démographique et économique, les pays en développement sont confrontés à la difficulté de gérer de manière durable des quantités de déchets (solides municipaux) de plus en plus importantes. L’intervention du secteur privé, le développement d’une gestion intégrée de la filière et l’amélioration des modalités de recyclage sont des pistes à explorer pour relever ce défi.

Tri des déchets au Brésil
Tri des déchets au Brésil

La production mondiale de déchets solides municipaux devrait doubler dans les quinze prochaines années. Ce sont principalement les pays en développement qui contribuent à cette augmentation, sous l’effet conjugué de la forte croissance urbaine et du développement économique.

La gestion des déchets dans ces pays représente un défi de taille pour les années à venir. Les externalités négatives des déchets solides municipaux sont en effet considérables, avec notamment des impacts importants sur l’environnement et la santé – les décharges à ciel ouvert demeurant le moyen de traitement prédominant dans les pays en développement. Les impacts sont particulièrement importants pour les 15 millions de personnes du secteur informel qui travaillent sur ces décharges et traitent de 15 % à 20 % des déchets produits.

L’augmentation des volumes représente également un enjeu économique. Le secteur des déchets fournit à lui seul jusqu’à 5 % des emplois urbains.

Les pays en développement dépensent en outre chaque année environ 46 milliards de dollars pour la gestion de leurs déchets solides municipaux et les besoins de financement pourraient dépasser 150 milliards de dollars annuels d’ici à 2025. Les autorités publiques ont du mal à mobiliser les sommes nécessaires pour faire face à ces besoins. Elles sont souvent obligées de se concentrer sur l’urgence – la collecte – au détriment du traitement, avec in fine des coûts élevés pour des résultats mitigés et une gestion peu durable.

Le secteur privé, toujours plus sollicité par les autorités publiques

Pour diminuer la pression financière et améliorer la gestion de leurs déchets municipaux, les autorités publiques se tournent de plus en plus vers le secteur privé. Celui-ci est souvent plus à même de fournir un service de qualité à bas prix, les entités publiques étant contraintes par des enjeux politiques et mal équipées financièrement et matériellement. Le secteur privé intervient surtout dans le domaine de la collecte et dans le recyclage.

Pour réussir dans le secteur des déchets, l’expérience montre qu’il faut être au plus près de l’environnement des projets, les modalités d’intervention étant difficilement transposables d’un pays à un autre. Les entreprises doivent notamment réussir à bien articuler leur intervention avec le secteur public, en comprenant ses besoins mais aussi en identifiant ses capacités et ses limites. Elles doivent également prendre en compte, dans leur modèle, le secteur informel avec lequel elles sont parfois en concurrence mais avec qui elles peuvent également coopérer. Celui-ci est souvent, en effet, source d’innovations. Dans le cas du recyclage, elles doivent en outre tester la réceptivité des marchés qu’elles abordent car les produits recyclés sont mal connus et pas toujours acceptés.

Quelques pistes pour relever les défis de la gestion durable des déchets

Les défis à relever restent toutefois importants. Les ressources des collectivités locales demeurent contraintes, car leur assiette de financement est réduite. Le financement par subvention de l’État – souvent nécessaire pour compléter les ressources locales limitées – ne peut, par ailleurs, pas être considéré comme une solution pérenne. Le secteur privé, de son côté, peine à trouver des financements, les projets de déchets étant encore considérés comme très risqués.

La notion de filière, qui permet de bien intégrer les différents acteurs et de raisonner sur l’ensemble de la chaîne, n’est pas encore suffisamment développée.

Le contexte réglementaire n’est, quant à lui, pas suffisamment sécurisant pour les investisseurs.

Enfin, les autorités publiques doivent apprendre à changer leur positionnement – en passant du rôle de pourvoyeur de service à celui de donneur d’ordre et de régulateur.

Malgré tous ces défis, le secteur des déchets peut offrir de réelles opportunités économiques. Dans un contexte de renchérissement de l’énergie et des matières premières, les déchets constituent en effet une ressource intéressante ; leur traitement peut devenir une activité rentable qui pourrait déboucher sur la mise en place d’une gestion durable du secteur.

NDRL: Cette tribune émane du numéro 15 de la revue Secteur Privé et Développement, réalisée par Proparco.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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