Thierry Liscia
Thierry Liscia

Il est courant d’assimiler traumatisme à conflit et psychosocial à humanitaire. Il est vrai qu’à l’issue d’un conflit, le maître-mot est la perte : perte du sentiment de sécurité, perte de la dignité, perte de l’espoir. Il est vrai également qu’au sein de ces populations, les taux de dépression et d’addiction aux substances psychoactives sont respectivement 7 fois et 3 fois plus élevés que dans la population en général. A partir de là, les acteurs de l’urgence et du post-urgence sont les plus exposés à la prise en compte de ces sujets dans leurs programmes.

Pourtant, à y regarder de plus près, les acteurs du développement sont directement concernés dans de nombreuses sphères de leur activité. Au moment de penser la reconstruction d’une école dans un pays en sortie de crise, comment ne pas intégrer dans les enjeux la capacité d’appropriation de l’enseignement par les enfants, après les traumatismes vécus et les violences familiales que le conflit aura engendrées ?

L’objectif sera alors d’améliorer le bien-être d’une « personne » en remobilisant sa relation aux mondes et aux objets qui l’environnent.

Dans des situations de forte violence urbaine, où l’on assiste à de véritables spirales de mal-être, l’aménagement urbain ne peut se faire sans la création de lieux où les personnes pourront se retrouver pour créer du lien social. Lors de déplacements de populations, la perte de repères induite ne sera pas compensée par la seule ré-attribution de terres économiquement équivalentes aux précédentes.

On pourrait ainsi multiplier les exemples pour lesquels les projets de développement devraient d’avantage faire le lien avec le bien-être des populations. A partir de là, il convient de changer de paradigme et passer d’actions ayant pour objectif de répondre aux besoins de base d’un « bénéficiaire » en lui fournissant les aides et le matériel assurant sa vie, à des actions fondées sur une conception relationaliste des individus. L’objectif sera alors d’améliorer le bien-être d’une « personne » en remobilisant sa relation aux mondes et aux objets qui l’environnent.

Attention, il ne s’agit pas d’intégrer du psychosocial dans tous les projets, mais bien de mettre les populations au cœur des projets en se posant systématiquement la question du bien-être, et ce à partir d’une vision systémique et non uniquement orientée vers les populations vulnérables.

Cela est d’autant plus vrai lorsque les conditions de vie des personnes nécessitent un accompagnement ou lorsque celles-ci n’ont pas les moyens cognitifs et sociaux d’être en lien avec le projet ou avec elles-mêmes. Car si se nourrir, s’abriter, se vêtir et avoir accès aux soins comptent parmi les besoins vitaux de chaque individu, bâtir un équilibre psychologique et émotionnel, et construire des relations sociales harmonieuses sont tout aussi indispensables et nécessaires au développement de chacun. Et j’irai même plus loin : ce sont un préalable à la pleine réussite des projets de développement.

Cette tribune fait suite à la conférence iD4D organisée en mars 2013 à l’AFD : Le bien-être, socle du développement ?

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