Mobiliser des ressources pour financer leurs projets répondant au défi du changement climatique est une préoccupation de nombreux pays en développement. Les pays africains ont-ils un pouvoir dans l’allocation de ces financements ? Comment les pays en développement peuvent-ils les attirer ? Comment s’assurer des bonnes utilisations des fonds alloués à la transition écologique ? Le fond vert « sauvera »-t-il l’Afrique ? Entretien avec Tosi Mpanu-Mpanu, spécialiste senior changements climatiques et membre de la Task Force Climat de la RDC.

Les pays africains ont-ils un pouvoir dans l’allocation des financements climat ?

Je crois que les pays africains sont effectivement dans une position privilégiée aujourd’hui, et je pense que nous allons dans un partenariat « gagnant-gagnant ».
Il s’agit plus d’un modèle qui est basé sur l’aide publique au développement, mais il s’agit d’un partenariat où certains pays ont une ressource ont une ressource financière, et d’autres pays ont une ressource naturelle. Que ce soient les forêts, que ce soit le potentiel en termes d’énergies renouvelables.

Donc il s’agit de s’assoir à la même table, et de trouver le moyen de concrétiser ce potentiel qui existe dans les pays en développement, et les mettre en adéquation avec les financements qui existent dans les pays développés.

 

Comment les pays en développement peuvent-ils attirer ces financements ?

Il faut créer un cadre qui soit propice à cela, il faut que dans les pays en développement des réformes soient mises en œuvre, de telle sorte que les institutions soient plus efficaces, de telle sorte qu’il y ait une bonne gouvernance, qu’il y ait de la transparence dans les législations, dans les politiques, dans les programmes.

Il faut également qu’il puisse y avoir du renforcement de capacités, afin qu’il puisse y avoir une absorption des financements qui sont disponibles.

Il faut enfin qu’il y ait une appropriation au niveau national en impliquant toutes les parties prenantes, locales, la société civile, le privé, le gouvernement, de telle sorte que le programme qui sera mis en œuvre puisse effectivement convaincre le partenaire extérieur.

 

Comment s’assurer de la bonne utilisation des fonds alloués à la transition écologique ?

Il faut d’abord qu’il y ait des projets crédibles, des programmes crédibles, en sachant également qu’en fait l’un se nourrit de l’autre. S’il y a des financements, ces financements pourront aider à élaborer des projets, qui ensuite pourront prétendre aux financements existants. Et le plus ces projets seront mis en œuvre, le plus il y aura un cycle vertueux qui entrainera de plus en plus d’acteurs. Donc, il faut faire plusieurs choses en même temps.

 

Le lien entre protection, résilience climatique et développement est-il évident ?

Ce lien n’est pas évident. Quelques fois les gens les mettent en contradiction. Il y a toutefois moyen de trouver un modèle où les deux vont la main dans la main.
Il faut simplement essayer de comprendre que, par exemple, s’investir dans les énergies renouvelables aide à protéger la nature, puisque cela peut aider la population à se détourner de la forêt.

Cela aide également les gouvernements à réduire leur facture énergétique puisque les carburants fossiles sont relativement onéreux. L’investissement dans les projets en énergies renouvelables peut être coûteux initialement, mais à terme c’est un investissement qui est récupéré.

 

 Le fond vert sauvera-t-il l’Afrique ?

Non, l’Afrique se sauvera d’elle-même, mais le fond vert peut aider à mettre en place des politiques, des programmes, des projets qui vont aider l’Afrique à avancer plus vite vers l’objectif d’un développement plus sobre en carbone. Mais l’Afrique doit pouvoir travailler elle-même, doit pouvoir s’approprier cette question du développement sobre en carbone, et mettre en œuvre un cadre qui respecte la réalité spécifique de l’Afrique, de telle sorte que ces projets puissent être pérennes.

S’il s’agit de simplement emmener des projets conçus à l’extérieur, ces projets-là auront malheureusement une durée de vie limitée.

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