Donald Kaberuka
Donald Kaberuka

Il y a vingt ans, 95% de l’aide aux pays en voie de développement provenait des 22 pays membres de l’OCDE/CAD. De nos jours, cette aide est assurée par plus de 150 organismes multilatéraux, 33 membres bilatéraux de l’OCDE/CAD, plus d’une dizaine d’Etats non représentés au CA et un nombre croissant de fonds verticaux internationaux.

Le nombre de donateurs par pays a triplé en vingt ans. Certains pays en voie de développement comptent plus de 700 projets actifs (parfois de très petite envergure) et accueillent annuellement plus de 400 missions, chacune ayant ses propres besoins. L’aide est acheminée à environ 70% par des organismes bilatéraux et 30% par des institutions multilatérales. A ce schéma déjà complexe viennent s’ajouter les fondations caritatives, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation, et certains pays émergents, comme la Chine, qui déploient des ressources notables.

Le système d’institutions et de règles qui régissent la mobilisation et le déploiement de l’aide aux pays en voie de développement est pudiquement appelé « l’architecture de l’aide internationale ». Très influencé au fil du temps par l’interaction de facteurs géostratégiques, historiques et commerciaux, il est également marqué par l’avènement des « Objectifs de développement pour le millénaire ». Cette architecture, apparue notamment après la chute du Mur de Berlin, est caractérisée par une fragmentation et une prolifération notables, sans que l’efficacité ou la complémentarité des acteurs en soit nécessairement améliorée.

En théorie, la prolifération n’est pas un mal. La bouffée d’oxygène, les ressources, l’innovation, les nouveaux outils et, naturellement, la concurrence apportés par les nouveaux intervenants devraient en principe se traduire par une baisse des coûts et une meilleure réalisation. Ce n’est pourtant pas encore le cas. L’adoption en 2005 de l’Agenda de Paris sur l’harmonisation et l’efficacité de l’aide représente un grand pas dans la bonne direction. Si sa mise en oeuvre montre une amélioration constante, son succès reste mitigé, notamment concernant les donateurs traditionnels. Les inquiétudes portent notamment sur la soutenabilité de la dette, de l’absence de mesures incitant à la réforme publique et de la réticence des « nouveaux acteurs » à se conformer à « d’anciennes règles ». Se pose alors la question la plus délicate pour nous tous, et la plus urgente. La générosité des fondations et l’importance des nouveaux intervenants officiels vont croissant, dans un contexte de complémentarité avérée, de pratiques recommandées, d’innovation et de responsabilisation des donateurs comme des récipiendaires. Quel cadre peut accommoder ces facteurs tout en garantissant notre efficacité et la durabilité de nos résultats ?

Selon certaines estimations, depuis 2005, l’aide internationale se répartirait comme suit : programmes de développement (64%), allègement de la dette (24%), aide d’urgence (8%) et frais administratifs de traitement des dons (4%). La seule certitude, c’est que « l’aide de base », qui ne concerne par l’allègement de la dette, le maintien de la paix ou d’autres cas d’urgence, a reculé de 4% depuis 2005. En termes de ressources essentielles, les bénéficiaires des pays aidés ne ressentent qu’une complémentarité marginale.

Autre question pertinente : quel est désormais le rôle des institutions multilatérales dont la contribution est peut-être moindre (30%) mais dont les connaissances institutionnelles, la capacité, l’envergure régionale voire mondiale garantissent que les difficultés « horizontales » sont toujours abordées, même si de plus en plus de fonds sont levés « verticalement » ou bilatéralement ?

Quel est le meilleur moyen d’améliorer l’efficacité de la collaboration avec les nouveaux intervenants ? Le risque est grand de devoir de nouveau faire face à la lassitude des donateurs à mesure que notre engagement peu constructif se traduit par des résultats décevants. Bien sûr, il est plus crucial que jamais que l’Agenda de Paris continue à polariser l’attention de tous les acteurs. Le terrain a irrémédiablement changé, c’est évident, et il est devenu impératif d’innover. C’est notre dette envers les plus démunis.

Photo © BAD

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