Nous avons tous fait l’expérience de ces fausses informations que l’on propage parfois involontairement, que l’on cite, récite et recycle à l’envi et auxquelles on ne parvient pas à tordre le cou. Pour bien agir contre les inégalités entre les sexes, commençons par mettre les chiffres au clair.

 

A shopgirl in Pyin-Oo-Lwin, by Thomas Cheatham for the World Bank Group
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Nos lacunes en ce qui concerne la situation des femmes et des filles sont immenses et bien réelles. Les données dont nous disposons ne couvrent que très insuffisamment de nombreux aspects de la situation des femmes : leurs conditions de travail et leurs salaires, leurs droits à la  propriété foncière et leur accès au logement, leur émancipation économique, leur inclusion financière, leur niveau de pauvreté, ou encore leur emploi du temps.  Penchons-nous sur les intox les plus coriaces, pour tenter de s’en débarrasser une bonne fois pour toutes.

« Les femmes représentent 70 % des pauvres dans le monde »

Faux. La pauvreté se mesure en général sur la base du revenu ou de la consommation des ménages, et pas au niveau individuel ; on ne peut donc pas calculer de taux de pauvreté distincts pour les hommes et pour les femmes. On peut, au mieux, constater que les femmes sont plus touchées par la pauvreté si les ménages dirigés par une femme sont plus pauvres que ceux dirigés par un homme (mais cette notion de chef de ménage est elle-même problématique, comme le souligne le troisième point ci-dessous) ou si la répartition des revenus au sein d’un ménage est inégale (dans certains coins du monde, les femmes ont un accès plus limité que les hommes aux ressources du ménage). Les femmes seront également plus pauvres que les hommes si l’on prend en compte des dimensions du bien-être autres que le revenu, telles l’éducation et la santé.

« Les ménages dirigés par une femme sont les plus pauvres parmi les pauvres »

Faux. Les données provenant de 35 enquêtes nationales menées dans 20 pays et analysées par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) montrent une situation mondiale contrastée, avec des pays où les ménages dirigés par une femme sont effectivement davantage susceptibles d’être pauvres. On ne peut donc pas généraliser. Les ménages dirigés par une femme ne constituent pas un groupe homogène ; avec les données dont nous disposons, il est impossible de faire des distinctions systématiques entre les femmes qui sont célibataires, veuves ou divorcées et celles qui ont dans leur entourage un adulte masculin qui pourvoit aux besoins de la famille grâce à l’envoi de fonds ou via des réseaux sociaux. Ces disparités démographiques jouent un rôle important dans le niveau de pauvreté.

 

« La catégorisation des ménages en fonction du sexe du chef de famille est bien représentative »

Eh bien non, ces catégories sont problématiques car elles englobent des entités démographiques fondamentalement différentes. La catégorie des « ménages dirigés par un homme » englobe les ménages qui ne comprennent aucune femme adulte mais aussi ceux qui comprennent à la fois des hommes et des femmes. Les ménages dirigés par une femme sont presque toujours définis par l’absence d’un partenaire masculin. En outre, ces définitions varient d’un pays à l’autre, ce qui rend les comparaisons internationales difficiles. Dans certains pays, le chef de ménage est le membre de la famille le plus âgé, tandis que dans d’autres, il correspond au soutien de famille ou au décisionnaire principal.De plus en plus de femmes achètent des robes en ligne

Pour pallier au manque actuel de données à l’échelon individuel, on peut catégoriser les chefs de ménage sur la base de critères économiques (avec, d’un côté, les ménages avec un soutien de famille masculin ou féminin unique et avec ou sans personnes à charge et, de l’autre, les ménages où les deux conjoints travaillent et avec ou sans personnes à charge), ou en fonction de la composition sexuelle des ménages (on distingue ainsi les ménages avec une majorité d’hommes adultes, ceux avec une majorité de femmes adultes et ceux avec un nombre équivalent d’adultes pour chaque sexe).

 

« Les femmes produisent entre 60 et 80 % de l’alimentation dans le monde »

Là encore, c’est faux. Cette statistique ne résiste à aucune analyse rigoureuse. Tout d’abord, il existe diverses définitions de ce que l’on entend par « alimentation » et par « production ». Et ensuite, comme le souligne Cheryl Doss, sachant que la production alimentaire repose sur différentes ressources (la terre, le travail, le capital…), sur lesquelles les hommes et les femmes qui travaillent ensemble exercent un contrôle conjoint, il est tout bonnement impossible de décomposer la contribution et la production de chacun des deux sexes. En outre, en raison des fonctions spécifiques qu’elles exercent dans la famille et dans la société, les femmes ont généralement des contraintes de temps plus fortes que les hommes, ce qui rend cette statistique encore plus improbable.

 

« Les femmes possèdent moins de 2 % des terres dans le monde »

Faux. Nous ne disposons pas d’une quantité suffisante de données sur la propriété et la maîtrise des biens à l’échelon individuel pour pouvoir en arriver à cette conclusion. La plupart des données sont recueillies au niveau du ménage seulement, pas à l’échelon individuel.

 

« Les femmes et les filles souffrent plus de malnutrition que les hommes et les garçons »

Faux. Les éléments dont nous disposons ne permettent pas d’appuyer cette affirmation. Et, encore une fois, il ne faut pas généraliser. Les données disponibles, et limitées, indiquent seulement que les femmes et les filles sont probablement plus durement touchées par la malnutrition en Asie, mais qu’il n’en va pas de même dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne.

Vous avez connaissance d’autres intox sur le genre et l’égalité des sexes ? Faites-nous en part dans la partie commentaires ci-dessous !

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD

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