Les plus riches sont aussi les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, mais ils ne paieront pas les conséquences du réchauffement climatique au même prix que les plus vulnérables. Face à ces inégalités, les défenseurs d’une justice climatique mettent en avant les liens entre protection de la planète et justice sociale.

"Climate Justice Now!" (art by Nissa Tzun) Vince Reinhart / Flickr Cc
"Climate Justice Now!" (art by Nissa Tzun) Vince Reinhart / Flickr Cc

Justice climatique : partout dans le monde, les pancartes des manifestants pour le climat la réclament. À travers cet appel, ils formulent aussi des revendications sociales : les politiques climatiques doivent prendre en compte les inégalités liées au réchauffement de la planète.

 

Contre les inégalités d’émissions et d’impacts, la justice climatique

Tout d’abord, l’inégalité d’émissions : selon Oxfam, les 1 % les plus riches de la planète émettent 175 fois plus de CO2 que les 10 % les plus pauvres. La croissance démographique des pays en développement pèse ainsi bien moins lourd sur le climat que le train de vie des plus riches, comme le rappelle l’économiste Gaël Giraud.

Dans leur étude de 2015, les économistes Lucas Chancel et Thomas Piketty précisent : « Les 1 % les plus riches américains, luxembourgeois, singapouriens et saoudiens [ont] des émissions annuelles par personne supérieures à 200 teqCO2. À l’autre extrémité […], on retrouve les individus les plus pauvres du Honduras, du Mozambique, du Rwanda et du Malawi, avec des émissions 2 000 fois plus faibles. »

 

« L’apartheid climatique » ou quand le changement climatique accroît l’injustice sociale

À cette inégalité d’émissions s’ajoute une inégalité d’impacts : les plus pauvres sont les plus vulnérables aux effets du changement climatique. Les pays ou individus les plus responsables de cette crise seront moins affectés, moins vite que les pays et populations pauvres. Non que les plus riches soient épargnés par le changement climatique. «  Il ne s’agit pas seulement de réchauffement climatique, mais de réchauffement climatique dans un monde inégal et injuste  », commente le chercheur indien Thiagarajan Jayaraman.

Dans les pays en développement, le niveau de protection et de résilience face aux phénomènes climatiques extrêmes est moindre : 91 % des agriculteurs états-uniens ont une assurance-récolte en cas de phénomène météorologique contre 15 % en Inde, 10 % en Chine et 1 % au Malawi, souligne Oxfam.

Selon Philip Alston, auteur d’un rapport du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, les conséquences du réchauffement sur la pauvreté et les droits humains basiques seront dévastatrices. Il évoque d’ailleurs à ce sujet un véritable « apartheid climatique ». Ces conséquences pourraient anéantir les progrès des dernières décennies en matière de développement et accroître encore les inégalités mondiales.

La hausse moyenne de 1,5 °C exposerait 457 millions de personnes supplémentaires aux inondations, sécheresses, incendies, et amoindrirait la disponibilité en nourriture et en eau. À 2 °C, 100 à 400 millions de personnes supplémentaires souffriraient de la faim et 1 à 2 milliards auraient un accès limité à l’eau.

 

Vers une responsabilité partagée mais différenciée : en quête de justice

Un principe de justice climatique est déjà intégré à plusieurs accords mondiaux : la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques fixe ainsi à 100 milliards de dollars l’objectif annuel de fonds mobilisés par les pays du Nord pour l’adaptation au changement climatique des pays les plus pauvres. Avec l’Accord de Paris, elle quantifie la double responsabilité des pays riches : réduire leurs émissions et aider les pays plus pauvres à s’adapter et à limiter le changement climatique.

Cependant, ces engagements internationaux des États se transforment rarement en réalisations concrètes, ou n’atteignent pas les objectifs définis. La demande de justice climatique ne s’arrête alors pas aux manifestations et se poursuit devant les tribunaux. En 2018, la cour de La Haye a ainsi condamné les Pays-Bas à réduire de 25 % ses émissions par rapport à 1990 d’ici 2020, suite à une plainte portée par la fondation Urgenda. Cette décision historique qui intègre des notions juridiques novatrices, comme le droit des générations futures, a inspiré d’autres initiatives d’assignation en justice des États pour inaction climatique. C’est le cas, notamment, de L’Affaire du siècle en France.

 

Des mesures pour le climat qui ne défavorisent pas les plus démunis

En parallèle, politiques, philosophes, juristes et économistes cherchent à penser la convergence des combats sociaux et climatiques. Le Green New Deal, défendu aux États-Unis par la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, intègre ainsi une politique sociale de redistribution à un plan d’investissements en infrastructures vertes. Thiagarajan Jayaraman plaide quant à lui pour une réglementation plus stricte des entreprises polluantes.

L’économiste américain James K. Boyce voit dans l’épisode des « Gilets jaunes » en France un rappel que les mesures de fiscalité climatique comme la taxe carbone ne peuvent fonctionner sans pendant social.

Enfin, selon le philosophe Michel Bourban, un système de dividende énergétique semblable à celui testé en Colombie-Britannique (Canada) permettrait de redistribuer une partie des recettes de la taxe aux plus démunis et poserait ainsi les bases d’un revenu universel : « Il y a un objectif commun entre la justice sociale et la justice climatique qui est de réduire les inégalités. Maintenant, l’important est de les rendre conciliables. »

 

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