La part des jeunes dans la population africaine ne cesse d’augmenter. Le défi est déjà là et il est urgent d’y répondre. C’est aussi une opportunité de développement pour le continent, notamment en matière d’innovation et de transformation sociale.

Africa Digital Media Institute au Kenya © AFD

Quelles sont les caractéristiques de la jeunesse en Afrique, un continent en très forte croissance démographique ?

La croissance de la population est en effet toujours élevée même si des disparités existent entre les régions. En Afrique du Nord et, dans une moindre mesure, en Afrique australe, le taux de fécondité a beaucoup baissé. Il se situe encore autour de 4 à 6 enfants par femme sur le reste du continent, voire 6 ou 7 dans certains pays où la transition démographique est à peine entamée. La part croissante de la jeunesse dans la population africaine est une réalité bien concrète. 60 % des Africains ont moins de 24 ans. À l’horizon 2050, 35 % des jeunes dans le monde seront africains, alors que cette proportion n’était que de 15 % en 2000. Cette spécificité est une donnée essentielle de l’avenir de ce continent qui est le plus jeune au monde.

 

Quels sont les défis en matière d’emploi au regard des prévisions démographiques et des réalités économiques de l’Afrique ?

La démographie africaine impose la création massive et rapide d’emplois. D’ici 2030, on estime que 30 millions de jeunes arriveront chaque année sur le marché du travail, soit les trois quarts des entrées des jeunes au niveau mondial. Cela signifie qu’il faut doubler le nombre d’emplois, c’est-à-dire créer 450 millions d’emplois supplémentaires alors que la population active actuelle est d’environ 500 millions. C’est un enjeu considérable car on considère que le nombre d’emplois créés est déjà insuffisant. Cet écart entre l’offre et la demande risque de s’accentuer si rien n’est fait, ce qui créerait des situations de forte précarité et de chômage dans certaines régions. C’est un enjeu Tout Afrique : en Afrique du Nord, 30 % des jeunes et près de 55 % en Afrique australe sont d’ores et déjà considérés comme inactifs.

Il est donc primordial de dynamiser le marché du travail, notamment au travers de certaines filières comme l’agriculture, qui est l’activité la plus pourvoyeuse d’emploi sur le continent, et les services (tourisme, banques) vers lesquels se dirigent de plus en plus de jeunes. Il faut également renforcer l’employabilité des jeunes en orientant les filières de formation vers des offres adaptées au besoin du marché du travail et vers les métiers d’avenir. L’innovation permettrait à l’Afrique d’enjamber des étapes de développement tout en créant les emplois dont elle a besoin. La filière numérique permet d’envisager des solutions disruptives dans certains secteurs clés pour la jeunesse : pourquoi ne pas imaginer des plateformes éducatives numériques, des centres de santé à distance, au-delà de la digitalisation des services bancaires déjà largement utilisée par les jeunes du continent ?

 

 

Par ailleurs, si l’accès à l’éducation connaît de réels progrès en Afrique, la qualité de l’enseignement y demeure insuffisante. L’enseignement supérieur a aussi été insuffisamment investi. Il faut trouver des solutions nouvelles pour répondre à cet enjeu. Par exemple, le campus franco-sénégalais en cours de réalisation constitue une opportunité pour la jeunesse d’Afrique de l’Ouest. Il permettra d’impulser des coopérations universitaires innovantes entre étudiants et chercheurs français et sénégalais.

Enfin, la qualité du travail, qui conditionne la qualité des conditions de vie, est un autre défi : le secteur informel représente en moyenne 90 % de l’emploi en Afrique. Des politiques publiques adaptées sont à mettre en place pour le structurer et améliorer les conditions de travail : services financiers et non financiers adaptés aux créateurs d’entreprise et aux petites entreprises, renforcement du dialogue social et des organisations professionnelles représentatives, formation tout au long de la vie…

 

Quelles sont les autres aspirations de la jeunesse africaine ?

S’il est une préoccupation importante, l’emploi n’est pas l’alpha et l’oméga des aspirations des jeunes Africains qui expriment de plus en plus d’attentes en matière d’engagement citoyen. Les jeunes sont sous-représentés dans la vie politique du continent ce qui, compte tenu de leur poids démographique croissant, constitue une sorte d’anomalie. Ils ont également un rôle à jouer pour dynamiser la société civile, au travers des associations par exemple, domaine peu investi par les générations précédentes. La culture et le sport, qui concernent sans doute la jeunesse au premier chef, sont aussi des vecteurs importants d’épanouissement personnel et de cohésion sociale, notamment dans les pays en proie aux violences ou aux conflits armés.

 

La jeunesse africaine est-elle déjà porteuse de changement ?

La jeunesse africaine est connectée au monde. Le taux de pénétration de la téléphonie mobile est aujourd’hui de plus de 50 %, ce qui représente un doublement en moins de dix ans. C’est une évolution majeure dont la jeunesse s’est tout à fait saisie. Plus éduquée, plus internationale, plus connectée sur les réseaux sociaux dont on a vu la puissance lors des Printemps arabes, la jeunesse exprime des attentes fortes quant aux choix politiques et sociaux des sociétés. Son ouverture au monde est un des facteurs favorisant une plus grande mobilisation de la jeunesse en faveur du développement de leur pays. C’est aussi pourquoi l’AFD fait de la jeunesse une priorité : miser sur elle, c’est miser sur le présent et l’avenir du continent.

Dans son discours prononcé à l’université de Ouagadougou en novembre 2017, Emmanuel Macron a affirmé que la jeunesse africaine doit être la priorité pour le continent. Quelles sont les actions à mener pour aider ces jeunes à transformer l’Afrique ?

Les jeunes Africains sont porteurs d’une réelle dynamique d’innovation. Rappelons que les start-up et les PME jouent un rôle fondamental dans la croissance économique et l’innovation puisqu’elles représentent 90 % des entreprises et 60 % des emplois du secteur formel. Il existe de belles réussites, innovantes, telle que la plateforme d’e-commerce Afrimarket, basée dans cinq pays d’Afrique francophone.

Malheureusement, l’écosystème entrepreneurial facilite peu la maturation des idées. Des initiatives récentes laissent entrevoir des possibilités nouvelles. La plateforme Digital Africa est un bon exemple, qui a vocation à mettre en réseau et animer les acteurs de l’écosystème entrepreneurial. Une facilité de financement sera par ailleurs mise en place pour aider les start-up et les incubateurs africains par des financements d’amorçage, de l’accompagnement et de l’assistance technique. Le programme Choose Africa est une autre initiative phare du groupe AFD, qui propose des appuis aux PME et TPE à travers des outils de garanties, des lignes de crédits bancaires, des participations et de l’assistance technique.

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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