La gestion de l’hygiène menstruelle est un défi pour toutes les femmes. Mais les inégalités de genre, l’extrême pauvreté, les crises humanitaires et les traditions compliquent notamment l’accès aux produits de base, surtout dans les pays en développement.

En Inde, les autorités ont mis fin à une taxe controversée sur les serviettes hygiéniques. Photo : INDRANIL MUKHERJEE / AFP
En Inde, les autorités ont mis fin à une taxe controversée sur les serviettes hygiéniques. Photo : INDRANIL MUKHERJEE / AFP

Selon l’ONG WaterAid, environ 800 millions de filles et de femmes en âge de procréer ont leurs règles à travers le monde à l’échelle d’une journée. La question menstruelle est une réalité biologique universelle : toute femme en bonne santé aura ses règles en moyenne entre 2 555 et 3 000 jours dans sa vie. Toutefois, cette période est un véritable calvaire pour de nombreuses femmes, notamment pour celles en situation de vulnérabilité accrue.

 

Inégalités et hygiène menstruelle

Les femmes ne sont pas toutes égales dans la gestion de l’hygiène menstruelle. La précarité menstruelle vient s’ajouter aux précarités sociales et économiques auxquelles les plus vulnérables d’entre elles sont confrontées au quotidien. Le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) définit la précarité menstruelle comme « les difficultés de nombreuses femmes et filles à se payer des protections hygiéniques à cause de leurs faibles revenus ».

Le coût des protections menstruelles, pour une femme tout au long de sa vie, varierait entre 1 730 et 5 360 euros, selon des estimations britanniques. Un certain nombre de gouvernements se sont saisis de cet enjeu financier. En février 2020, le Parlement autonome d’Écosse a voté une loi inédite assurant la gratuité des protections périodiques. En Inde, pays où 60 % des jeunes femmes de 16 à 24 ans n’y ont pas accès, les autorités ont mis fin à une taxe controversée sur les serviettes hygiéniques, déstabilisées suite à la mobilisation menée par des militants et des personnalités publiques.

Toujours selon l’UNFPA, la précarité menstruelle « recouvre également la vulnérabilité économique accrue dont souffrent les femmes et les filles à cause du poids financier des protections hygiéniques mais aussi du coût des antidouleurs ainsi que des sous-vêtements neufs ». Cette vulnérabilité économique conduit les filles et les femmes du monde entier à recourir à des protections hygiéniques sommaires. Dans certaines régions de l’Inde rurale, les femmes utilisent des bouts de tissus usagés, des feuilles, de la sciure, voire de la cendre quand elles ont leurs règles, au péril de leur santé gynécologique.

 

 

Elles risquent en effet de nombreuses infections urogénitales (mycoses, vaginose ou encore infections urinaires) qui restent souvent non soignées vu le faible accès aux soins dans le pays. Au Kenya, des jeunes filles issues des bidonvilles et des zones rurales se prostituent pour pouvoir s’acheter des protections. Une pratique gage de violences sexuelles, de MST et de grossesses précoces.

 

Hygiène menstruelle : un combat pour les populations les plus vulnérables

Dans les camps humanitaires, la question des règles n’est pas traitée comme une problématique de dignité au même titre que les autres. Pourtant, pour les 30 millions de filles et de femmes réfugiées, la question des menstruations est une problématique oppressante. Sans protections hygiéniques adaptées à leur culture et sans installations sécurisées préservant leur intimité, ces dernières ne peuvent pas vivre leurs règles dans la dignité.

Cette problématique d’intimité freine l’éducation des jeunes filles dans de nombreux pays en développement. Selon l’UNESCO, une fille sur dix en Afrique subsaharienne manque l’école lors de son cycle menstruel et nombreuses sont celles qui sont déscolarisées dès leurs premières règles, un désengagement dû au manque de protections hygiéniques et à l’absence de sanitaires adéquats dans les établissements scolaires.

La mauvaise gestion de l’hygiène menstruelle mène ainsi à l’auto-exclusion sociale, ou contrainte quand elle émane de restrictions fondées sur des perceptions socioculturelles négatives. Pour y remédier, les organisations internationales aidées de la société civile travaillent à briser le tabou.

 

Des avancées récentes significatives vers plus de dignité

Les ONG sont nombreuses à s’attaquer au problème en distribuant des kits d’hygiène menstruelle. Au Vanuatu, Care distribue savons, serviettes hygiéniques lavables et réutilisables, sous-vêtements et lessive. En Ouganda, Plan International sensibilise les communautés à l’enjeu de l’hygiène menstruelle. Au Népal, Wateraid accompagne les filles et les femmes en situation de handicap dans la gestion de leur hygiène menstruelle.

Dans les camps de réfugiés, l’UNFPA distribue des « kits de dignité » et aide à améliorer la sécurité des toilettes et des installations sanitaires. Le Fonds promeut également l’éducation et l’information sur la santé menstruelle. L’ONG Elrha a quant à elle élaboré, dans le cadre de son programme de recherche pour la santé dans les situations de crise (R2HC), un instrument destiné à intégrer la gestion de l’hygiène menstruelle dans la réponse humanitaire.

Ces initiatives se renforcent et se multiplient au fil des ans grâce aux campagnes de sensibilisation mises en place à l’occasion du 28 mai, journée internationale de l’Hygiène menstruelle.

 

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