Plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent avec un handicap selon l’OMS et la moitié n’a pas accès à des services de santé, ce qui ne fait qu’aggraver leur situation. Décryptage des liens entre handicap et pauvreté.

Des employés cousent des équipements de protection contre le Covid au Centre d'autonomisation des personnes handicapées à Bangkok en avril 2020. Photo :© Mladen ANTONOV / AFP
Des employés cousent des équipements de protection contre le Covid au Centre d'autonomisation des personnes handicapées à Bangkok en avril 2020. Photo :© Mladen ANTONOV / AFP

Les inégalités et les discriminations font partie du quotidien des personnes en situation de handicap. Celles-ci sont exposées à la précarité, notamment dans les pays en développement. Pourtant, la reconnaissance de leur vulnérabilité et de leurs besoins spécifiques par les politiques et dans les stratégies de développement est loin d’être systématique.

 

Les handicaps, des vulnérabilités invisibles

Le handicap touche aussi bien un enfant né avec une paralysie cérébrale qu’une personne âgée souffrant d’arthrose ou de démence, voire d’une certaine manière les malades atteints de diabète. Les problèmes associés au handicap peuvent être, selon l’OMS, « visibles ou non, temporaires ou de longues durées, statiques, épisodiques ou dégénératifs, douloureux ou sans conséquence ». Cette diversité du handicap est non seulement perçue mais aussi vécue très différemment par les personnes handicapées en fonction de leur environnement.

Dans l’approche biopsychosociale, les personnes handicapées le sont en réalité davantage par la société que par leur corps : le handicap est « une interaction dynamique entre l’état de santé et les facteurs contextuels, à la fois personnels et environnementaux  ». Les environnements inaccessibles – bâtiment sans toilettes adaptées ni ascenseur, ordinateur sans logiciel de lecture d’écran, service public sans interprète en langue des signes – sont autant de sources de handicap, dans le sens où ils font obstacle à la participation et à l’inclusion de tous et de toutes. Ces espaces publics, ces technologies et ces systèmes inadaptés concourent à la précarisation des personnes handicapées. C’est encore plus vrai dans les pays où les infrastructures sont défaillantes.

 

 

Dans le monde, 150 millions d’enfants vivent avec un handicap. Ils ont dix fois moins de chance d’être scolarisés et autonomes une fois adultes. Les familles font souvent face à des frais supplémentaires à supporter, ce qui les soumet à d’importantes difficultés matérielles, notamment dans les pays pauvres, comme au Malawi. Et une fois en âge de travailler, les personnes handicapées sont davantage discriminées et touchées par le chômage.

Par ailleurs, le handicap est doublement corrélé à la pauvreté. Comme l’explique l’économiste et philosophe indien, prix Nobel d’économie, Amartya Sen, si le handicap accroît le risque de pauvreté, celle-ci peut également accroître le risque de handicap. Malnutrition, insalubrité, absence d’eau potable ou d’assainissement, conditions de travail et de vie précaires, traumatismes, etc., sont susceptibles de provoquer un handicap.

 

Le handicap : un enjeu transversal du développement

Si les Objectifs du millénaire pour le développement ne prenaient pas en considération le handicap en tant que tel, les Objectifs de développement durable intègrent bien cette question. Enjeu de droits humains, le handicap est devenu un enjeu spécifique du développement.

Bailleurs de fonds, organisations internationales et ONG déploient des actions conjointes pour répondre aux défis posés à tous les niveaux par le handicap, surtout en matière d’accès aux biens et services essentiels. Cette réponse passe par la production de travaux menés sur le handicap, comme le fait la Banque mondiale, mais aussi par le financement de projets favorisant l’inclusion professionnelle et l’amélioration des conditions de vie des personnes vulnérables.

Ainsi, le Partenariat mondial pour l’éducation finance et encourage des politiques d’éducation inclusive en Ouganda pour la distribution d’aides auditives aux écoliers atteints de surdité. L’AFD a financé de nombreux projets menés par Handicap International pour favoriser l’inclusion professionnelle.

D’autres initiatives mettent l’accent sur l’accès des personnes en situation de handicap à la protection sociale ou aux services de santé et aux soins. En Afrique du Sud, une aide spécifique de l’État couvre les besoins essentiels des individus concernés, un moyen de rompre le cercle vicieux de la pauvreté. Au Sénégal, entre 2013 et 2016, le projet ACCESS visait à améliorer la prise en compte du handicap dans le cadre de la lutte contre le VIH/sida et ce, afin de favoriser l’inclusion dans les programmes de prévention et donner accès aux soins à tous et toutes.

Prévenir les risques sanitaires est une autre manière de répondre à la question du handicap. Une meilleure gestion de la santé offre la possibilité aux personnes handicapées de vivre dans de bonnes conditions, et évite la survenue d’autres handicaps. Enfin, dans les pays aux ressources limitées, les stratégies de réadaptation à base communautaire facilitent la réadaptation physique, l’égalité des chances, et en définitive l’intégration sociale des personnes handicapées.

 

Je m'inscris à la newsletter ID4D

Une fois par mois, je suis informé(e) des nouvelles parutions sur ID4D.

Agenda