Trois quarts des aliments de la planète proviennent de 12 espèces végétales et 5 espèces animales. Moins médiatisée que la biodiversité animale, la biodiversité végétale n’en est pas moins menacée par les industriels, notamment par les monopoles des graines.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 75 % de la diversité génétique des plantes cultivées a été perdue depuis le début du xxe siècle. En cause ? L’abandon progressif par les agriculteurs des variétés locales et des cultivars traditionnels (espèces sélectionnées pour la culture) au profit de variétés à haut rendement, hybrides, stériles et uniformes.

Sur 7 000 espèces végétales cultivées dans l’histoire de l’humanité, seules trois d’entre elles – le riz, le maïs et le blé – fournissent près de 60 % des calories d’origine végétale du monde. En Europe, l’uniformisation des cultures a été encouragée par la loi de 1981 qui interdisait jusqu’à récemment la commercialisation de semences non répertoriées dans un catalogue officiel.

 

 

Le podium du Monopoly des graines

Cette situation profite particulièrement aux trois groupes qui possèdent près de 60 % du marché mondial de la semence : Monsanto-Bayer, Dupont-Dow et Syngenta-ChemChina. À force de fusions, d’acquisitions et de brevets sur les graines, ces trois géants ont fini par constituer aujourd’hui un monopole mondial des semences. Le tout sans respecter les communautés paysannes, comme l’attestent la catastrophique révolution verte en Inde dans les années 1960 et sa version africaine plus récente. Sans respecter non plus les lois qui s’opposent à la biopiraterie : tentative de brevetage du riz Basmati par une entreprise américaine en 1997, mise au point de légumes génétiquement modifiés à partir de variétés indiennes par Monsanto en 2011…

Ces quelques exemples de pratiques des semenciers expliquent en partie la méfiance vis-à-vis de la Svalbard Global Seed Vault, réserve mondiale où 6 000 espèces de graines sont préservées en Norvège. Supposée résister aux pires catastrophes et permettre de reverdir la planète en cas de désastre mondial, elle est largement financée par les géants des graines.

 

Sécurité alimentaire en péril

Déposer des brevets sur le vivant est un des volets de la stratégie de privatisation de l’alimentaire des grands groupes, qui menace la sécurité alimentaire mondiale. Selon eux, de leurs semences optimisées adviendra la fin de la faim dans le monde, promesse grâce à la laquelle ils imposent leurs graines dans les pays en développement, appuyés entre autres par la Fondation Bill et Melinda Gates.

Après avoir mis à mal la filière du coton au Burkina Faso, la firme américaine Monsanto a révélé son ambition de prendre en main l’alimentation en Afrique de l’Ouest grâce à ses propres souches de sorgho et de haricots. L’ONG africaine INADES redoute désormais une « mainmise des biotechnologies sur les cultures alimentaires de base de millions de personnes ».

La perte en biodiversité engendrée par ces privatisations affecte aussi la santé des populations. En 2011, la FAO rappelait les effets dévastateurs de l’uniformisation des régimes alimentaires induits par les monopoles des semenciers : « À mesure que la mondialisation standardise les modes de vie, [les] aliments indigènes disparaissent à grande vitesse – et par là même, les régimes alimentaires qui garantissaient une bonne santé. »

 

 

On récolte ce que l’on sème autrement

Les promesses de fin de la faim grâce aux graines modifiées sont aujourd’hui démenties par les faits : le salut agricole et alimentaire des pays en développement ne viendra pas des OGM. En 2014, l’agriculture familiale produisait 80 % de la nourriture mondiale : elle est bien plus efficace que la production industrielle pour nourrir la planète. De plus, la variété des plants au sein d’une même culture forme une barrière naturelle contre la propagation des maladies et la productivité des modèles agroécologiques libres d’OGM le prouve chaque jour un peu plus.

De nombreuses voix s’élèvent contre les industriels qui hybrident, stérilisent, brevettent et privatisent les graines. Activisme contre les OGM, distributions de graines libres de droits aux paysans indiens et procès pour biopiraterie rythment la vie de l’écologiste indienne Vandana Shiva, dédiée à la protection de l’agrobiodiversité de son pays.

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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