La croissance de la RDC est forte et stable depuis 2010. Comment ? Quels mécanismes rendent possibles cette dynamique positive ? L’ancien premier ministre Ponyo nous explique ce qu’il a mis en place entre 2012 et 2016.

© Global Partnership for Education - GPE
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Après des années de guerre et de mauvaise gouvernance, la République démocratique du Congo (RDC), 75 millions d’habitants, a renoué avec la croissance économique – à hauteur de 7 % en moyenne depuis 2010. L’inflation a été maîtrisée, le taux de change de la devise nationale stabilisé et les indicateurs macroéconomiques sont passés au vert. Ancien ministre des Finances (2010-2012) et premier ministre de la RDC entre avril 2012 et novembre 2016, Augustin Matata Ponyo Mapon explique comment son pays est parvenu à ces résultats.

Par où commencer, quand on doit gérer un pays cumulant autant de problèmes que la RDC ?

En fait, mon credo est simple : pas de politique politicienne mais un engagement de tous les instants pour l’intérêt général et un pilotage sans faille des politiques publiques. Il s’agit d’appliquer les principes classiques de politique monétaire et budgétaire ! Lors de ma nomination au ministère des Finances en février 2010, nos partenaires au développement se montraient dubitatifs sur mon projet de stabiliser la monnaie et l’inflation, ainsi que de parvenir rapidement au point d’achèvement de l’initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE).

En juin 2010, nous avons tenu le pari et effacé 10 milliards de dollars de dette extérieure. L’inflation est passée de 55 % en 2009 à moins de 15 % dès 2010, et à 2 % en moyenne depuis. Nous avons ainsi rompu avec des années d’hyperinflation (1300 % par an entre 1990 et 2001) et de financement des déficits publics par la planche à billets.

Depuis décembre 2010, le taux de change s’est par ailleurs stabilisé à 923 francs congolais contre un dollar.

En trois ans, les recettes fiscales ont doublé en termes réels. On m’a traité de tous les noms au Parlement parce que je m’applique à collecter l’impôt. Mais le budget de l’État congolais est passé de 300 millions de dollars en 2001 à 8 milliards en 2015, avant même l’impact de l’actuelle chute des cours des matières premières sur nos revenus.

Avec des finances publiques excédentaires, nous avons pu commencer à élaborer des projets de construction de routes, de barrages, d’écoles, d’hôpitaux. Nous avons par exemple relancé la société de transport public Transco, qui a acquis 500 bus à Kinshasa. Une nouvelle compagnie aérienne nationale, Congo Airways, a commencé à opérer des vols intérieurs en octobre 2015 à partir de l’aéroport de N’Djili qui a été entièrement rénové et modernisé.

Vos résultats doivent-ils beaucoup au fait que la RDC dispose d’un fort potentiel ?

Non, je ne le pense pas. Nos atouts sont certes indéniables et considérables. La RDC est le deuxième pays en Afrique en termes de superficie. Nous disposons des quatrièmes réserves mondiales de cuivre et des premières réserves de cobalt. Notre massif forestier est le premier en Afrique, le deuxième au monde après l’Amazonie. Nous concentrons 50 % du potentiel mondial hydroélectrique, soit près de 110 000 mégawatts.

Avec plus de 70 millions d’habitants, dont plus de la moitié sont des jeunes de moins de 20 ans, nous avons un vrai marché intérieur. Mais ces potentialités ne valent rien si elles sont pas exploitées et mieux mises en valeur.

Rappelons que l’activité économique s’est arrêtée entre 1988 et 2001, période durant laquelle le pays a connu un recul, en raison de la crise profonde de gouvernance qui a marqué la fin du régime de Mobutu (1965-1997). La baisse du PIB réel a atteint jusqu’à -7 % par an entre 1989 et 1994. Nous sommes en train de rattraper les retards accumulés. J’en profite pour souligner que les performances des six dernières années n’ont jamais été réalisées auparavant, alors que nous ne sommes plus sous programme avec le Fonds monétaire international (FMI).

Comment votre gouvernement a-t-il obtenu ces résultats ?

Je crois au leadership et à la gouvernance. Le projet est clair : hisser dans un délai raisonnable la RDC au rang des pays à revenus intermédiaires et préparer les conditions de notre émergence économique. Par ailleurs, le chef du gouvernement se doit de donner l’exemple. Moi-même, je commence ma journée à 5 heures du matin, pour la terminer vers 20 heures. La vie d’une nation est trop précieuse pour la laisser entre les mains de personnes sans autre ambition que l’enrichissement personnel ou la gloriole. La sanction doit être exemplaire et le mérite reconnu comme une valeur. Tel est le mode de gestion en vigueur à la Primature, du policier devant la porte à mes collaborateurs – sept personnes, au lieu des cent que ces mêmes bureaux abritaient précédemment.

Pourquoi avez-vous ouvert des comptes bancaires aux fonctionnaires et cessé de les payer en espèces ?

Parce que l’administration est la clé de voûte du redressement. Le million d’agents de l’État de notre pays représentent une masse salariale de 140 millions de dollars par mois – un apport important au système financier et à l’épargne nationale. La bancarisation engagée en 2011 a permis d’en finir avec de longues années de salaires non payés, et de disposer d’un fichier des agents au service de l’État unique et fiable, expurgé des fonctionnaires fictifs (des personnes qui n’existent pas mais permettaient à certains, sous de fausses identités, de toucher des salaires).

C’est un pas important dans la lutte contre la corruption. Auparavant, le système reposait sur des opérations en espèces entre les comptables publics et les salariés, avec pour conséquence une évaporation des fonds publics. Des cas de détournements de fonds et de commissions touchées par des supérieurs sur les salaires de leurs subordonnés étaient régulièrement dénoncés. Depuis la bancarisation, l’Etat économise 10 millions de dollars par mois !

Quels sont les grands chantiers qui attendent la RDC ?

Nous devons progresser sur la voie de la diversification économique pour être moins dépendant du secteur extractif et structurer une économie plus inclusive, créatrice d’emplois et de richesses. Dans cette optique, nous avons lancé le premier parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo : plus de 70 000 hectares dédiés à la culture du maïs et du manioc dans la province du Bandundu, afin de réduire la facture des importations alimentaires. D’autres parcs vont suivre, une vingtaine au total à travers le pays, afin de mettre en valeur les terres arables. Les secteurs des services, du BTP, de l’industrie et de la grande consommation doivent aussi être développés.

Quid des enjeux climatiques ?

Le monde chemine lentement mais sûrement vers l’économie verte. La forêt de la RDC est une grande richesse ! La surface forestière du pays, environ 160 millions d’hectares et 67 % du territoire représente un potentiel que nous pouvons exploiter durablement et dans le respect de nos écosystèmes. Or, ce jour, seules 9 % de nos forêts sont sous concession pour une production de grumes largement inférieure à celle de nos voisins. L’appel de certaines ONG à mettre notre forêt « sous cloche » n’a donc aucun sens. La RDC peut être à la fois une puissance économique et contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique en valorisant son « pactole » forestier. Notre réserve foncière nous permet d’articuler cette stratégie.

Qu’attendez-vous des bailleurs de fonds ?

Une coopération renforcée dans les domaines des sciences et des technologies, de l’éducation, des PME, de la gestion durable de l’environnement, de l’agriculture, de la démocratie et de la bonne gouvernance. Les pays développés peuvent nous assister dans l’acquisition des nouvelles technologies qui demandent un investissement massif. Un appui des institutions engagées dans les nouvelles technologies et les innovations permettrait de soutenir l’essor d’un entrepreneuriat véritablement africain.

Que pensez-vous de cette opinion répandue en RDC selon laquelle les pays du Nord n’auraient pas intérêt à voir le pays se développer ?

Je ne partage pas cet avis qui nous renvoie à un syndrome colonial. C’est à nous de travailler avec les autres pour gagner la bataille du développement. Nos efforts sont d’ailleurs reconnus. La RDC figure parmi les 10 pays les plus réformateurs dans le rapport Doing Business 2015 de la Banque mondiale. Elle a gagné 10 places entre 2014 et 2015 dans le classement par indice de développement humain (IDH). N’oublions pas non plus que l’Europe n’a aucun intérêt à laisser à ses frontières un continent misérable, instable et dangereux.

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