A la veille de l’ouverture de la COP21, le Fonds Vert pour le climat a approuvé le financement de huit projets – une première pour cette instance dont la création remonte pourtant à 2010 à Cancun. Il faut dire que la mise en place du Fonds Vert a été laborieuse, faute d’argent, et la route est encore longue pour en faire le principal canal de distribution des financements climat internationaux.

Joel Villamon, fisherman at Tablocan, front of his house, rebuilt after the Hayan typhoon that hit the Philippines in November 2013. © Eleanor Farmer / Oxfam
Joel Villamon, fisherman at Tablocan, front of his house, rebuilt after the Hayan typhoon that hit the Philippines in November 2013. © Eleanor Farmer / Oxfam
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En 2009, à l’issue de la conférence de Copenhague, les pays développés s’étaient engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 afin d’aider les pays en développement à faire face au changement climatique en finançant l’atténuation et l’adaptation. Le Fonds vert avait lui été créé afin d’héberger une partie de ces financements – et non pas la totalité malgré la confusion qui persiste parfois. Lors de la COP21, les pays développés ont décidé d’étendre cet objectif de 100 milliards jusqu’en 2025, après quoi un nouveau chiffre collectif sera défini.

 À l’heure actuelle, le Fonds vert n’est capitalisé qu’à hauteur de 10 milliards de dollars pour la période 2015-2018[1], soit 2,5 milliards par an en moyenne. Il ne peut donc en l’état répondre à lui seul aux engagements pris à Paris. Mais à terme il doit devenir le principal canal de distribution des financements climat qui circulent pour l’instant à travers une multitude de bailleurs, tels que les Agences nationales de développement – comme l’AFD – ou encore les fonds multilatéraux dédiés, environ une vingtaine à l’heure actuelle. Cette nouvelle architecture simplifiée doit permettre un accès plus direct, stratégique et moins coûteux pour les pays destinataires.

Mais à l’heure où des voix s’élèvent chez certains bailleurs  pour critiquer les faiblesses actuelles du Fonds, notamment son manque d’orientation stratégique, beaucoup reste à faire pour en faire un outil efficace et reconnu par la communauté internationale.

 

Un plan stratégique décevant

Lors de son dernier Conseil d’administration début mars, le Fonds vert a adopté son plan stratégique qui doit guider son action et aider à mettre en place un système de transparence et de redevabilité. Ce document, qui sera revu lors de la prochaine phase de contributions financières (2018), est un pas dans la bonne direction mais il aurait pu être beaucoup plus ambitieux.

Un des principes fondateurs du Fonds vert est l’appropriation par les pays (country ownership), qui passe notamment par le renforcement des capacités des pays en développement récipiendaires, notamment des institutions nationales chargées de mettre en œuvre les actions climatiques. Sans en faire sa pierre angulaire, ce qui aurait été souhaitable, le plan stratégique l’a néanmoins inclus et la société civile aura un rôle clé à jouer dans le futur pour améliorer son opérationnalisation, en particulier dans le cadre de la stratégie d’accréditation du Fonds.

Le Fonds devrait éviter d’être trop prescriptif dans la définition de ses priorités. Une des valeurs ajoutées de ce Fond est justement de permettre aux pays récipiendaires de financer leurs propres priorités, et non uniquement celles des bailleurs. Pour prendre un exemple concret : les besoins liés à l’adaptation sont très variables selon les pays (lutte contre la montée des eaux, aide aux agriculteurs familiaux). Il serait donc contre-productif de vouloir identifier des indicateurs communs à tous. A ce titre, le conseil d’administration a tenté de trouver un équilibre délicat entre demandes des bailleurs et aspirations des pays bénéficiaires. Mais les tensions sont vives et les entités accréditées sont pour l’instant en majorité les bailleurs internationaux traditionnels. L’enjeu est donc de faciliter l’accréditation d’entités nationales afin qu’elles aient plus de pouvoir pour influencer les choix stratégiques du Fonds.

Enfin, le Fonds ne s’est toujours pas saisi d’une question pourtant fondamentale : comment éviter le financement de projets néfastes pour le climat ? Il aurait  tout intérêt à se doter d’une liste d’exclusion afin d’éviter un tel risque. Certains pays comme le Japon estiment que construire des centrales à charbon dites « nouvelle génération », et donc moins polluantes, revient à lutter contre le changement climatique. Exclure le financement de tout projet reposant sur les énergies fossiles enverrait un signal fort à l’ensemble de la communauté internationale, y compris au secteur privé

 

Répondre au déficit de financement de l’adaptation

En octobre 2015, un rapport de l’OCDE, commandité par la présidence française de la COP21, a confirmé les craintes exprimées par Oxfam depuis plusieurs années : l’adaptation est le parent pauvre des financements climat internationaux. Seulement 16% des fonds mobilisés en 2013-2014 étaient destinés à l’adaptation. Selon les estimations d’Oxfam, les dons en faveur de l’adaptation devraient représenter entre 5 et 8 milliards de dollars par an d’ici à 2020, et ce malgré les annonces récentes de certains pays donateurs comme les Etats-Unis, l’Allemagne et la France.

Au total, le financement public de l’adaptation n’équivaut qu’à trois dollars par an et par agriculteur : une misère par rapport aux besoins sur le terrain pour se protéger des inondations, des fortes sécheresses et autres phénomènes extrêmes. En effet, même dans l’hypothèse d’un réchauffement de la planète contenu en-dessous de 2°C, les pays en développement devront débourser plus de 500 milliards de dollars par an d’ici 2050. Or nous sommes actuellement sur une trajectoire de 3°C.

En prévoyant de consacrer la moitié de ses ressources à des projets d’adaptation au changement climatique, le Fonds vert a pris acte, dès sa création, du déficit de financement des activités visant à protéger les populations les plus vulnérables des conséquences du changement climatique. Il est essentiel que le Fonds débourse rapidement les fonds pour des projets d’adaptation. Qu’il s’agisse de projets de recherche et développement pour trouver de nouvelles semences résistant à la salinisation de l’eau , ou de la mise en place de systèmes d’alerte précoce pour informer les populations de l’imminence d’un événement climatique extrême (un des projets approuvés en novembre dernier concerne d’ailleurs l’installation de stations météo au Malawi pour répondre à ce besoin) , ou encore de la construction d’une digue pour faire face à la montée des eaux au Sénégal.

En débloquant rapidement ces financements, le Fonds vert pourrait créer un effet d’entrainement auprès de nombreux bailleurs en démontrant que ces projets existent et sont réalisables. Par exemple auprès de la France qui ne consacre que 16% de ses financements climat à l’adaptation.

Le Fonds doit aussi avoir les moyens de ses ambitions. Dès 2017, les pays donateurs devront commencer à réfléchir à leurs nouvelles contributions financières pour la période post-2018. La France devra y apporter sa part, majoritairement en dons – nécessaires au financement de l’adaptation – et sans que cela se fasse au détriment de son aide bilatérale. La politique des vases communicants ne serait pas acceptable.

 

Refuser les alliances douteuses qui ternissent le mandat du Fonds vert

Si le Fonds vert veut devenir un organe incontournable et respecté, il doit être irréprochable. Or, après avoir accrédité la Deutsche Bank – 10ème banque à financer le charbon dans le monde, il vient d’accréditer HSBC et Crédit Agricole, deux banques parmi celles qui investissent le plus dans les énergies fossiles. Le Crédit Agricole a par exemple investi 7 fois plus dans les énergies fossiles que dans les renouvelables entre 2009 et 2014 (35 milliards d’euros contre 5 milliards). C’est bien la crédibilité du Fonds vert qui est en jeu ici. Même si le Fonds a demandé aux banques accréditées d’aligner leurs activités financières sur une économie sobre en carbone, il démontre son soutien à une logique de communication des banques: celle de se racheter une image tout en diversifiant leurs activités.

Il ne s’agit pas de fermer la porte au secteur privé qui a un rôle clé à jouer dans la transition énergétique, mais de strictement encadrer la collaboration avec les entreprises. Toute institution accréditée devrait démontrer qu’elle partage les objectifs du Fonds : cela revient notamment à exiger de leur part une stratégie de sortie des énergies fossiles. Sinon, le Fonds court le risque de faire rentrer le loup dans la bergerie. L’adoption d’une stratégie d’accréditation, au menu du prochain conseil d’administration en juin pourrait marquer un tournant.

 Le Fonds vert, qui se choisira un nouveau directeur ou une nouvelle directrice d’ici l’été, doit débourser cette année 2,5 milliards de dollars, un objectif ambitieux. Saura-t-il répondre aux inquiétudes naissantes et faire les bons choix ?

 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD

[1]  La France a contribué 1 milliard de dollars mais est le seul pays a avoir assorti sa contribution d’une part de prêts, à hauteur de 35% du total. A titre de comparaison, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont contribué respectivement 1,2 et 1 milliard de dollars et les Etats-Unis 3 milliards de dollars.

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