Inventé en 2014 par deux chercheurs aux États-Unis, le microscope Foldscope, simple d’usage et à seulement 1 dollar, permet notamment de détecter le paludisme.

Un technicien de laboratoire effectuant un test contre le paludisme, à l'Institut de santé Ifakara au nord de la capitale tanzanienne Dar es Salaam le 30 octobre 2009 (Photo de TONY KARUMBA / AFP)
Un technicien de laboratoire effectuant un test contre le paludisme, à l'Institut de santé Ifakara au nord de la capitale tanzanienne Dar es Salaam le 30 octobre 2009 (Photo de TONY KARUMBA / AFP)

Le progrès ne vient pas toujours de nouvelles technologies complexes. Il est parfois issu d’objets très simples, à l’image du Foldscope, un curieux microscope inventé en 2014, déjà écoulé à plus d’un million d’exemplaires dans 150 pays. Un objet qui cumule les particularités : constitué en majorité de papier, il s’assemble en quelques minutes à la façon d’un origami, tient dans une poche, et, surtout, coûte moins d’un dollar.

 

Foldscope, un espoir dans la lutte contre le paludisme

Développé par Manu Prakash et Jim Cybulski dans un laboratoire de biologie de l’université de Stanford, aux États-Unis, cet appareil imprimable sur une simple feuille de papier, à la fois portable et abordable, a été distingué par la Technology Review du MIT comme l’une des dix récentes inventions low-tech qui ont changé le monde. Et pour cause : avec ses 8 grammes, sa cinquantaine d’heures d’autonomie et son zoom x 2 000 lui permettant d’atteindre une résolution de 2 microns, le Foldscope rivalise aujourd’hui avec les microscopes habituellement utilisés dans la recherche scientifique.

Ses caractéristiques permettent à ses utilisateurs d’observer des tissus organiques, des bactéries, des cellules sanguines ou des organismes unicellulaires. Et donc de détecter, par exemple, les parasites responsables du paludisme, mais aussi d’autres maladies comme la leishmaniose, la trypanosomiase africaine ou la tuberculose. Selon la couleur de la lampe led utilisée, il peut même repérer certaines protéines ou molécules fluorescentes.

 

 

Grâce au Foldscope, la science et la médecine s’invitent ainsi plus facilement dans les zones les plus reculées d’Inde, d’Irak, de Syrie ou des Philippines. Avec l’espoir de réduire les épidémies, comme celle du paludisme qui a touché en 2019 près de 229 millions de personnes à travers la planète, causant la mort de 409 000 personnes.

 

Le Foldscope, microscope optique fabriqué à partir de pliage en papier permet de grossir jusqu'à plus de 2 000 fois. (Photo Nick Normal/ Foldscope Instruments / Flickr Cc)
Le Foldscope, microscope optique fabriqué à partir de pliage en papier permet de grossir jusqu’à plus de 2 000 fois. (Photo Nick Normal/ Foldscope Instruments / Flickr Cc)

Le simple dépistage de la maladie permet de la traiter à temps et d’en limiter les effets et la diffusion. En revanche, le coût élevé des analyses d’échantillon de sang est encore un obstacle de taille à l’endiguement de la maladie dans les pays pauvres.

 

Un microscope à destination des soignants… et des enfants

Le premier prototype du Foldscope remonte à 2010. L’objectif des deux chercheurs était alors de créer un microscope peu volumineux, robuste et low-cost pour le rendre accessible à la fois aux soignants et scientifiques des régions les plus pauvres de la planète, mais aussi aux enfants. Il s’agit notamment de leur permettre de vérifier par eux-mêmes si l’eau qu’ils boivent est suffisamment propre.

Un instrument au concept révolutionnaire en a résulté, constitué d’une structure en papier à assembler, d’une minuscule lentille, d’une pile bouton et d’une led, le tout pour un coût de 0,97 dollar (0,80 euro). Son utilisation n’est guère plus complexe : il suffit de placer son œil suffisamment près de la lentille pour que le sourcil touche le papier, puis de faire la mise au point en manipulant le réglage de l’outil avec ses pouces.

Grâce au soutien de la Fondation Moore, un programme de distribution de 60 000 de ces microscopes low-tech dans plus de 135 pays a vu le jour en 2014. Une seule chose était alors demandée aux bénéficiaires : publier leurs découvertes sur la plateforme en ligne Microcosmos, qui rassemble les utilisateurs de Foldscope du monde entier – elle est d’ailleurs devenue la plus grande communauté d’amateurs de microscopie.

 

Le Foldscope : un outil d’éducation à la science

C’est ainsi que les deux fondateurs ont appris que leur invention avait servi à identifier des œufs d’animaux ravageurs dans des exploitations agricoles en Inde, à inventorier la biodiversité d’arthropodes en Amazonie, à détecter des bactéries dans des échantillons d’eau et à établir une carte de la diversité des pollens en ville. Mais aussi, plus surprenant, à repérer de fausses monnaies et de faux médicaments. En bref, à populariser l’analyse microscopique.

Au-delà de ces applications, le Foldscope s’est en effet révélé comme un formidable outil d’éducation des populations à la science, et notamment les jeunes. « À travers notre production d’outils low-cost, nous souhaitons briser la barrière des prix entre les gens et la curiosité et l’excitation de l’exploration scientifique », indique l’entreprise Foldscope Instruments Inc. La mission n’est certes pas encore accomplie partout où les besoins se font sentir, mais elle en prend la bonne voie.

 

 

Les opinions exprimées sur ce site sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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